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Rencontre bouleversante pour une Grecque de 92 ans, qui découvre la famille qu’elle a sauvée de la Shoah

Poussée dans un fauteuil roulant, ses cheveux blancs en chignon et les yeux emplis de larmes, Melpomeni, une Grecque de 92 ans, a rencontré pour la première fois les descendants d’une famille qu’elle a sauvée du nazisme il y a 75 ans.

«Je suis tellement émue, je ne trouve pas mes mots», affirme, larme à l’œil, Sarah Yanai, 86 ans, tenant la main de Melpomeni Dina Gianopoulou, qui l’avait protégée des griffes des nazis avec sa famille, en Grèce, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Melpomeni et ses deux grandes sœurs avaient caché la famille de Sarah, six personnes en tout, à Véria, une petite ville près de Thessalonique.

Pendant presque deux ans, la famille avait trouvé refuge chez les sœurs Gianopoulou puis chez une autre famille grecque, les Axiopoulos.

«C’est comme une sœur pour moi, on faisait tout ensemble», confie Mme Yanai à l’AFP en marge d’une cérémonie, ce dimanche, à Yad Vachev, mémorial érigé à la mémoire des victimes juives de la Shoah, à Jérusalem. «Je suis très émue, jusqu’au plus profond de mon âme, elle m’a sauvé la vie», ajoute-t-elle.

Rencontre bouleversante pour une Grecque de 92 ans, qui découvre la famille qu’elle a sauvée de la Shoah
Sans Melpomeni Dina Gianopoulou, cette famille n’aurait sans doute jamais existé. AFP

En 1994, les sœurs grecques ont reçu le titre de «Justes parmi les Nations», la plus haute distinction civile décernée par l’État hébreu à des personnes non-juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi.

Et une vingtaine de descendants de Sarah et de son frère Yossi Mor ont rencontré au mémorial celle à qui ils doivent en partie leur vie. Melpomeni, qui avait fait le voyage depuis la Grèce pour la cérémonie, est apparue, poussée dans un fauteuil roulant pour les rejoindre.

Le frère et la sœur, qui vivent en Israël, ont présenté leurs descendants, jusqu’aux petits-enfants en short sport, qui ont à tour de rôle serré dans leurs bras la vieille dame, émue.

Yossi Mor avait deux mois et Sarah neuf ans quand ils ont été cachés avec leur mère, deux autres frères et une sœur.

Juif, chrétiens, mosquée

Leur famille, les Mordechaï, était à un moment cachée dans une mosquée construite par les Ottomans qui dominaient jadis la Grèce, par la famille chrétienne de Melpomeni.

«Quand nous étions à la mosquée, notre situation se détériorait, surtout celle de mon frère Shmouël. Melpomeni et sa sœur ont pris mon frère sur leurs épaules et l’ont emmené à l’hôpital au milieu de la nuit», raconte-t-il avec émotion. «Mais elle l’a retrouvé plus tard avec un drap blanc sur son lit d’hôpital. Il était mort».

Youval Dagan, 28 ans, un des petits-fils de Yossi, raconte avoir grandi avec cette histoire. «Depuis que je suis petit, ces trois sœurs (grecques) sont pour moi le symbole de l’héroïsme, un modèle de vie», dit-il.

Il a lui-même déjà été en Grèce mais n’avait jamais rencontré celle qui a sauvé son grand-père.

«J’aurai voulu en sauver plus», affirme Melpomeni en grec, qui embrasse à tour de rôle tous les enfants et petits-enfants de Sarah et Yossi, dans la Salle des noms de Yad Vachem, où sont réunis les noms des millions de juifs assassinés pendant la Shoah.

Au total, 27.362 personnes ont été reconnues «Justes parmi les nations» pour avoir sauvé des Juifs de la Shoah.

Mais ces anges gardiens sont désormais morts ou très âgés, rendant les réunions comme celles de dimanche impossibles ou uniques, a souligné sur place Stanlee Stahl, vice-président de la Fondation juive pour les Justes (JFR), affirmant que «ce sera sans doute la dernière réunion que nous organisons».