Où dire sa peine quand on est un enfant?

Où dire sa peine  quand on est un enfant?

Dans ces espaces Papillon, on réalise notamment des activités de création. -

À Charleroi, Liège et Namur, il existe des «espaces Papillon», des endroits où des enfants peuvent parler de la mort d’une personne qui leur était proche.

Amélie Javaux est psychologue, c’est-à-dire une personne avec qui enfants et adultes peuvent exprimer leurs difficultés et leurs émotions par la parole, le jeu, le dessin... pour trouver leurs propres ressources. Elle travaille dans les espaces Papillon. «Ce sont des groupes d’expression pour des enfants dont un proche est mort. On réunit des enfants à partir de 4 ans jusque 11 ou 12 ans. Il existe aussi des groupes pour les adolescents.»

Que fait-on dans un espace Papillon?

On se réunit une fois par mois durant 5 ou 6 mois pour réaliser des activités de création et exprimer ce que l’on ressent. Lors de la première rencontre, on fait connaissance. Les enfants se présentent et racontent l’histoire du décès s’ils sont prêts à le faire. On n’est jamais obligé de parler! Chaque enfant va transformer une boîte à chaussures en boîte à souvenirs (ou à émotions) en la décorant à sa manière. Il pourra y déposer la photo et les souvenirs liés à la personne décédée ainsi que tous les dessins et bricolages réalisés aux séances suivantes. Petit à petit, on parlera des émotions de chacun, du deuil, des ressources et de l’au revoir.

Pourquoi faire cela en dehors de la famille?

Je pense que, dans les familles, les enfants et les parents se protègent, évitent parfois d’en parler, croyant que cela va rendre l’autre triste. Le groupe réunit des enfants qui ont parfois l’impression d’être les seuls à vivre le décès d’un proche. Ils comprennent que ce n’est pas le cas.

Quand vous parlez du décès d’un proche, ça peut être qui?

Peu importe le lien de parenté avec l’enfant. Cela peut être un parent, un frère ou une sœur, c’est le lien d’attachement qui compte.

Et si le décès date d’il y a longtemps?

La première étape, quand on apprend qu’une personne qu’on aime est décédée, c’est d’être surpris. Mais tellement surpris que l’on n’arrive plus à penser. On est sous le choc. Ce sont des moments à vivre avec la famille, en étant entouré par elle. On attend quatre ou cinq mois après un décès pour accueillir un enfant dans un espace-papillon. Si le décès est plus ancien, on peut également accueillir l’enfant.

C’est quoi, le deuil?

Deuil vient du mot douleur. Donc le chemin du deuil, c’est le chemin à parcourir lorsque l’on a perdu quelque chose ou quelqu’un. Le deuil, c’est la perte, ce n’est pas seulement la mort. Un adulte qui perd son travail ou un enfant qui déménage et quitte sa maison et des amis, traverse un deuil. C’est un chemin rempli d’émotions!

Face au chagrin, peut-on avoir des réactions différentes?

Oui, l’enfant peut ressentir le chagrin mais aussi la colère, la peur, la honte, la culpabilité... Certains enfants se renferment et n’expriment pas grand-chose, d’autres pleurent et s’expriment plus facilement.

Combien de temps dure un deuil?

En théorie, on dit que le deuil dure un an, car on doit vivre toutes les premières fois sans la personne: anniversaires, fêtes, vacances... Mais tout dépend du lien à la personne, si c’est une maman ou une personne plus éloignée. Cela peut être différent aussi si c’est une mort brutale (un suicide par exemple) ou si la mort survient après une longue maladie.

Peut-on vraiment se consoler?

Il y a sans doute une part de chagrin qui restera présente pendant toute la vie. Mais l’enjeu, c’est de redevenir heureux malgré la mort de l’autre. On a fini le deuil quand le chagrin est devenu plus doux, plus vivable. Il restera toujours une trace de ce chagrin mais on est apaisé, soulagé, consolé.

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