EUROPE

Rejet d’un texte sur le sauvetage des migrants: une eurodéputée belge s’abstient et évoque un «souci technique»

L’eurodéputée francophone Frédérique Ries ne comprend pas son absention lors du vote d’une résolution sur le sauvetage des migrants en Méditerranée, rejeté à deux voix près par le Parlement Européen jeudi dernier.

Presque passé inaperçu, le rejet d’une résolution sur le renforcement des sauvetages de migrants en mer Méditerranée le 24 octobre dernier suscite un tollé auprès des défenseurs du texte.

À deux voix près (288 contre 290 et 36 abstentions), le texte soutenu par un camp composé de socialistes progressistes, libéraux-centristes et écologistes a été battu par une alliance entre conservateurs, eurosceptiques et élus d’extrême-droite.

Le texte plaidait pour ouvrir des voies sûres et légales de migration vers l’UE ainsi que des couloirs humanitaires pour éviter les décès en mer. Il demandait en outre de ne pas criminaliser les ONG qui viennent au secours des migrants et que la Libye ne soit pas considérée comme un pays sûr.

Aucune intention de faillir à la ligne solidaire et humaniste qui est celle de l’ensemble de mes votes sur cette résolution.

Présente lors du vote, l’eurodéputée belge Frédérique Ries a regretté que le Parlement européen ait «manqué à deux voix près d’adopter la résolution» et dénoncé cette «occasion manquée du Parlement européen».

Interpellée par un internaute sur son vote, comptabilisé comme une abstention, l’eurodéputée affiliée au MR s’est défendue en évoquant un problème technique. «Je découvre à l’instant cette information, possiblement un souci technique que je ne m’explique pas. Aucune intention de faillir à la ligne solidaire et humaniste qui est celle de l’ensemble de mes votes sur cette résolution», a déclaré sur Twitter l’ancienne présentatrice du JT de RTL-TVI.

Face à cette justification de la politicienne francophone, de nombreux internautes ont appelé à un nouveau vote du texte. Toutefois, ce n’est pas aussi simple que ça, comme l’explique VoteWatch.

Vote exprimé = vote définitif

Selon ce think tank qui fournit des études sur les votes au sein des institutions européennes, les eurodéputés qui se trompent ou subissent un défaut technique peuvent déclarer dans un procès-verbal qu’ils avaient l’intention de voter différemment. Mais une fois qu’un vote est exprimé, il ne peut être corrigé. «Cette déclaration formelle n’a pas pour effet de modifier leur vote individuel, pas plus qu’elle n’a d’incidence sur le résultat global. Une fois que le président a annoncé le résultat du vote, il est définitif», peut-on lire sur le site internet du think tank.

L’élue francophone n’en était pas à sa première polémique puisqu’elle avait déjà été épinglée avant même le début de la séance plénière du Parlement européen pour avoir effectué le trajet Bruxelles-Strasbourg en avion, à l’instar de la députée N-VA Assita Kanko.

137 eurodéputés n’ont même pas pris la peine de voter

Au-delà de ce vote manqué, ce qui interpelle, c’est également la faible portion d’eurodéputés présents lors du vote. Sur les 751 députés que compte le Parlement européen, seuls 614 ont participé au vote.

Ce sont donc 137 eurodéputes qui n’ont même pas pris la peine de venir voter alors qu’ils auraient pu grandement influencer ce vote serré.

Raphaël Glucksmann, membre du parti de gauche français Place publique, s’est indigné du rejet de ce texte «à deux voix près» et pour lequel il avait beaucoup d’espoir. «Aujourd’hui je suis triste, immensément triste, et j’ai honte, atrocement honte.»

Évoquant un texte qui «changeait la donne», le politicien français s’est dit non seulement «en colère contre tous ces élus qui assument fièrement de transformer la Méditerranée en charnier» mais surtout «contre les députés de gauche ou écolos qui ne sont pas venus voter alors que nous avions la possibilité de gagner contre la droite.»

«Atteré par cette Europe qui refuse d’assumer sa responsabilité»

«L’enterrement» de cette motion a également poussé Damien Carême, eurodéputé et ex-maire de Grande-Synthe, à prendre la parole lors de la séance plénière du Parlement européen.

«Je suis atterré par cette Europe qui refuse d’assumer sa responsabilité devant l’histoire. Je suis furieux contre les prétendus responsables politiques qui préfèrent laisser la Méditerranée devenir un cimetière à ciel ouvert plutôt que d’agir en lançant, dès maintenant, une mission européenne de sauvetage en mer», lance le membre d’Europe Écologie-Les Verts.