TOURNAI

Le Tournai d’avant: un palais pour les édiles

En cette seconde moitié du XVIIIe siècle, Tournai, sous obédience autrichienne, envisage calmement son avenir, aidée par quelques industries majeures. Ce n’est qu’accalmie avant une révolution qui affectera durablement tout un site de la cité.

Au midi de la ville, de la grande enceinte communale jusqu’à baigner ses jardins aux pieds de la halle des Consaux, l’abbaye St-Martin (1092) vit quasi une autarcie sur ses 9 ha, 86a, 14ca. Heurs et malheurs l’ont laissée florissante tant sur le plan matériel que religieux.

Cependant, lorsque Robert Délezenne est appelé, le 8 juin 1759, à gouverner la maison, il se plaint d’habiter un vieil immeuble qui fait bien pâle figue près de la somptueuse église dont Louis XIV posa la première pierre en 1701.

Il ne fera pas dans la demi-mesure. Son palais, il le veut grand, beau, moderne et c’est à Laurent Benoît Dewez (1731-1812) architecte renommé, qu’il en confie l’exécution. Cent trente mètres de long, ouvrage d’un néo-classique omniprésent en façade ou dans le décor intérieur, il est un mélange d’orgueil et d’ostentation achevé en 1767.

Bonnet phrygien

R. Délezenne meurt le 15 janvier 1784 et ne verra pas la ruine de l’abbaye, D. Michel Marchant, confirmé le 03.01.1792, affronte la tourmente.

La tempête frappe en deux vagues, le 8 novembre 1892 et, après un bref retour autrichien, le 3 juillet 1794, pour vingt ans.

Tournai va vivre une période troublée entre rares partisans des idées révolutionnaires et une majorité qui les rejette. La déesse «Raison», dans l’église de l’abbaye, règne en maîtresse. Ainsi est bouleversée la vie publique et religieuse. Telle, en vertu d’un décret de l’Assemblée de Paris (15.12.1792) toutes les autorités, institutions, corporations, coutumes, servitudes, impositions laïques et religieuses sont supprimées. Scellés sont placés partout..

L’abbaye, comme les autres établissements religieux, considérée comme «Bien national» sera livrée au pillage systématique puis à la vente. Les moines sont expulsés le 18 novembre 1796. Tournai devient française (loi d’annexion du 01.10.1795, Le diocèse se circonscrit dans le département de Jemappes (Concordat de 1801).

Mais le maire et tes trente conseillers sont toujours logés dans le vieil hôtel de ville. Lequel est requis en 1809 pour y recevoir les malades de l’hôpital Notre-Dame. Les édiles déménagent, s’établissent dans le palais abbatial en le louant puis l’acquièrent le 1er mai 1830 pour 59.062 florins des Pays-Bas. Avec un meilleur confort pour eux tout en sauvant l’édifice de la ruine.

La ville entreprend alors un vaste plan d’aménagement; destruction du vieil hôtel de ville (1818), de la tour des six (1820), construction de la salle des concerts (1824), aménagement d’une vaste place avec suppression du jardin botanique et création de la rue d’Espinoy (1837). Ainsi se créa un autre quartier, une autre façon de vivre avec les grands immeubles voulus par Bruno Renard, l’architecte du style Empire.