SYRIE

«Quelque chose d’énorme vient de se passer»: Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’EI, est-il mort après un raid américain en Syrie?

«Quelque chose d’énorme vient de se passer»: Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’EI, est-il mort après un raid américain en Syrie?

La dernière apparition de Abou Bakr al-Baghdadi remonte à une vidéo diffusée en avril 2019 mais dont la date de tournage n’avait pu être déterminée. AFP

Le chef du groupe État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a été visé par une opération militaire en Syrie. Il aurait été tué. C’est ce qu’affirment les médias américains. Trump, de son côté, prévoit «une annonce très importante».

Le chef du groupe État islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, a été visé par une opération militaire en Syrie et aurait été tué, ont affirmé samedi plusieurs médias américains à quelques heures d’une annonce «très importante» de Donald Trump dimanche matin.

Selon CNN et ABC, qui citent des hauts responsables, al-Baghdadi a trouvé la mort lors d’une opération de l’armée américaine dans le nord-est de la Syrie.

Selon CNN, des tests sont en cours afin de pouvoir confirmer formellement la mort du chef du groupe jihadiste responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde. Selon un responsable cité par ABC, il aurait fait exploser sa veste chargée d’explosifs pour se suicider.

Interrogé par l’AFP, le Pentagone s’est refusé à tout commentaire.

«Le président des États-Unis fera une annonce très importante demain matin à 9H00 (13H00 GMT) depuis la Maison Blanche», a déclaré Hogan Gidley, porte-parole de l’exécutif américain, sans autres précisions.

Peu avant cette annonce, Donald Trump avait publié un message sibyllin sur Twitter. «Quelque chose d’énorme vient de se passer!», avait-il écrit.

«On ne peut pas confirmer ou nier la présence de Baghdadi»

Des tirs d’hélicoptères dans le nord-ouest de la Syrie ont en tout cas visé dans la nuit des jihadistes proches du groupe État islamique (EI) dans la province d’Idleb, faisant neuf morts, a rapporté tôt dimanche matin l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les tirs de huit hélicoptères ont visé après minuit une maison et une voiture aux abords du village de Baricha, une zone où se trouvaient des «groupes proches de l’EI», selon l’OSDH.

«Les tirs visaient une maison et une voiture aux abords du village de Baricha où se trouvaient des groupes proches de l’EI», a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

«Quelque chose d’énorme vient de se passer»: Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’EI, est-il mort après un raid américain en Syrie?
«Les avions volaient à une altitude très basse, provoquant une grande panique parmi les gens», a indiqué un déplacé installé dans un des camps informels près de Baricha. AFP

«On ne peut pas confirmer ou nier la présence de Baghdadi» dans le secteur, a-t-il dit.

Selon lui, l’attaque a été «probablement» menée par des hélicoptères de la coalition internationale antijihadistes mise sur pied par Washington ces dernières années pour lutter contre l’EI en Irak et en Syrie.

De son côté, un habitant contacté par l’AFP dans la zone de Baricha a rapporté des raids menés par des avions peu après minuit.

«Les avions volaient à une altitude très basse, provoquant une grande panique parmi les gens», a indiqué à l’AFP Ahmed al-Hassaoui, un déplacé installé dans un des camps informels près de Baricha.

«L’opération a duré au moins jusqu’à 3h30 du matin», a-t-il précisé.

Il n’avait plus donné signe de vie

Si l’opération militaire américaine a effectivement été couronnée de succès, elle serait la plus importante visant un haut responsable jihadiste depuis la mort, le 2 mai 2011, d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaïda tué par les forces spéciales américaines à Abbottabad au Pakistan.

Ce développement intervient dans une période d’intense activité militaire dans le nord de la Syrie.

Le régime syrien et son allié russe ont accéléré le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, tandis que les Américains annonçaient l’envoi de renforts militaires dans une zone pétrolière plus à l’est sous contrôle kurde.

Apparition publique en 2014

Abou Bakr al-Baghdadi n’a plus donné signe de vie depuis un enregistrement audio diffusé en novembre 2016, après le début de l’offensive irakienne pour reprendre Mossoul dans lequel il exhortait ses hommes à lutter jusqu’au martyre. Ensuite, il est apparu en 2019 dans une vidéo dont la date d’enregistrement n’a pu être confirmée.

C’est à Mossoul que le chef de l’EI a fait sa seule apparition publique connue, en juillet 2014, à la mosquée al-Nouri.

En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait alors appelé tous les musulmans à lui prêter allégeance après avoir été désigné à la tête du califat proclamé par son groupe sur les vastes territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.

+ LIRE AUSSI | Le chef de l’EI apparaît pour la 1re fois en 5 ans dans une vidéo de propagande: il y parle d’un Belge

De son vrai nom Ibrahim Awad al-Badri, le chef de l’EI serait né en 1971 dans une famille pauvre de la région de Bagdad. Passionné de football, il a échoué à devenir avocat puis militaire avant d’étudier la théologie.

C’est lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003 qu’il crée un groupuscule jihadiste sans grand rayonnement avant d’être arrêté et emprisonné dans la gigantesque prison de Bucca.

Libéré faute de preuves, il rejoint un groupe de guérilla sunnite sous tutelle d’Al-Qaïda et en prend la tête quelques années plus tard. Profitant du chaos de la guerre civile, ses combattants s’installent en Syrie en 2013 avant une offensive fulgurante en Irak.

Le groupe, rebaptisé État islamique, supplante Al-Qaïda, tandis que ses succès militaires initiaux et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.