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Une coopérative qui réinvente l’espoir aux Éditions de l’Avenir

Une coopérative qui réinvente l’espoir aux Éditions de l’Avenir

Presque une année de réflexions, de débats, de prises de conseils, avant d’aboutir. © ÉdA – Jacques Duchateau

Une coopérative est née, pour réunir travailleurs, lecteurs, investisseurs. Le but: préserver l’essence de «L’Avenir».

En sortir… S’extirper de ces mâchoires qui broient corps et âmes. Faire lâcher prise au prédateur bien décidé à déchirer sa proie. Une mécanique destructrice et sans scrupule nous écrase. C’est la lutte ou c’est la mort.

Lavenir résiste. Le nom d’un groupe WhatsApp qui s’est créé. On y échange, on partage les aubes comme les crépuscules, les clartés et les doutes. On se soulage des tensions quand la pression devient insoutenable. L’humour sauve qui veut.

L’idée a été lancée un matin, au coin d’une table, à l’issue d’une de ces réunions de rédaction où l’on débat autant de nos combats internes que des guerres du monde. Et si on reprenait notre avenir en mains? Et si on s’octroyait le pouvoir d’être informés, de décider. Et si on créait une coopérative? Elle rachèterait des parts dans l’entreprise, assurerait notre présence au conseil d’administration, au cœur des stratégies.

Se réinventer

Il faut y aller, maintenant. Qui s’y colle? Qui peut nous aider? La fenêtre de tir est là. Le projet semble un peu fou, mais d’autres ont déjà eu la même idée. On se rassemble, on crée des groupes pour réfléchir. D’abord définir nos objectifs: défendre notre liberté d’expression qui est aussi celle de la presse, préserver l’ADN de notre quotidien qui semble étranger à ceux débarqués là pour nous réformer, réinventer des relations de travail humaines quand on ne nous impose plus que le stress comme carburant de fonctionnement.

Redéploiement. Dans les discours, le terme remplace le mot cruel de restructuration sans l’effacer. Bien sûr qu’il faut bouger les lignes, suivre l’évolution d’un temps numérique. Mais pas sans nous, sans notre expertise. La coopérative doit aussi être le moteur de relations sociales repensées, et d’une confiance retrouvée avec l’actionnaire, quel qu’il soit.

L’idée se concrétise, en parallèle des âpres négociations menées entre direction et représentants du personnel. Il faut rester discrets. Au réfectoire du quatrième étage, les assemblées sont houleuses. Inquiétudes et perplexité s’expriment. Certains savent qu’ils risquent leur tête en s’affichant au front. Trois d’entre eux le paieront cher, d’ailleurs. Quelques-uns manœuvrent déjà pour sauver leur peau. On prend le pouls au sein des différents services, des rédactions locales. On engrange les remarques. L’engagement financier doit être à la hauteur de notre ambition.

Lors d’une assemblée constitutive, le 4 juin, une centaine de travailleurs de L’Avenir s’engagent à devenir coopérateurs. La légitimité est suffisante pour ne pas baisser les bras, malgré les vacances, malgré les doutes, parfois. Les rumeurs sur la vente à bref délai du journal nous poussent à accélérer la mise en place du projet. Ce n’est plus qu’une question de jours. Travailleurs, mais aussi investisseurs, lecteurs, pourront s’investir dans cette coopérative, Notre avenir. Et concrétiser ce soutien moral qui nous a été si précieux durant plus d’une année de conflit.

Ce mardi, pratiquement un an, jour pour jour après l’annonce du plan de restructuration, la coopérative a lancé sa page Facebook. Venez nous y rejoindre. Un site web suivra.

Et ce mercredi 23 octobre, une édition spéciale fera le point sur une année de restructuration, de bouleversements, de tensions, de questionnements…