BRUXELLES

Son destin trompa même les Allemands: qui est Andrée de Jongh, dont le nom baptise une nouvelle rue à Laeken?

Son destin trompa même les Allemands: qui est Andrée de Jongh, dont le nom baptise une nouvelle rue à Laeken?

D’employée en dessin publicitaire à fondatrice du réseau d’exfiltration Comète, la Bruxelloise Andrée de Jongh a eu un destin absolument hors du commun. À tel point que les Allemands ne l’ont pas crue lorsqu’ils l’ont arrêtée. Domaine public / Collections of the Imperial War Museums

Une rue du nouvel écoquartier Tivoli, à Laeken, a été baptisée du nom d’Andrée de Jongh. Cette ambulancière bruxelloise surnommée «petit cyclone» a joué un rôle héroïque pendant la 2e Guerre Mondiale. Retour sur un destin hors du commun qui trompa même les Allemands.

Ce dimanche, la rue Andrée de Jongh a été inaugurée dans le nouveau quartier Tivoli, à Laeken. pour commémorer cette résistante, c’est un déjeuner qui a réuni les riverains, des membres de la «Ligne Comète - Remembrance» et l’échevin de l’égalité des chances à la Ville de Bruxelles Khalid Zian (PS). Ce dernier a qualifié la vie d’Andrée de Jonghe de «destinée hors du commun». Jugez plutôt...

Andrée de Jongh est née à Schaerbeek en 1916. Ambulancière de formation, elle travaille d’abord dans... le dessin publicitaire. Son premier emploi se trouve à Malmedy.

Elle revient à Bruxelles pour travailler à la Croix Rouge. Mais c’est à Bruges, durant la Seconde Guerre Mondiale, qu’elle soigne les soldats alliés hospitalisés. De cet engagement, elle décide d’apporter son aide aux aviateurs britanniques pris au piège dans le pays occupé. Dans cette mission folle, elle est aidée par son père et les services secrets britanniques.

 

 

Elle crée ainsi avec Arnold Deppé une filière d’évasion, premièrement appelée la «Ligne Dédée», qui deviendra ensuite «Le réseau comète»: il permet aux aviateurs alliés «descendus» par la DCA allemande de rentrer chez eux. Il ne s’agit pas de traverser la Manche, mais de rapatrier les Britanniques via Gibraltar. Il faut donc passer par la France, puis l’Espagne, via les Pyrénées. Au plus fort de son fonctionnement, le réseau Comète comptera 3.000 membres. Ce qui fait d’Andrée de Jongh l’une des très rares femmes à piloter un réseau résistant d’envergure.

«Dédée» dénoncée

Son destin trompa même les Allemands: qui est Andrée de Jongh, dont le nom baptise une nouvelle rue à Laeken?
de Jongh en 1972 à l’ambassade belge en Éthiopie. BELGA
Au total, la filière créée par celle que son papa surnomme «petit cyclone» exfiltrera plus de 700 soldats, dont 118 seront personnellement accompagnés dans leur périple par de Jongh. Mais «Dédée» est dénoncée par un valet de ferme en 1943. Miracle: la Gestapo ne croit pas ses aveux selon lesquels elle est fondatrice du réseau Comète. Ça lui sauve la vie! Après un détour à la prison de Saint-Gilles, les Allemands la déportent dans des camps de concentration. Elle est libérée de Mauthausen en 1945.

Après la guerre, Dédée reprend ses études d’infirmière puis part exercer au Congo où elle soigne les lépreux. Elle travaille aussi au Cameroun, en Éthiopie et enfin au Sénégal. Elle revient en Belgique en 81 et décède à Woluwe en 2007. Cette grande figure belge de la résistance repose dans la parcelle familiale au cimetière de Schaerbeek.

Des crèches

Ce n’est pas la première résistante honorée dans le nouvel écoquartier Tivoli puisque le nom de Régine Orfinger-Karlin y a dernièrement été attribué à une crèche, au même titre que celui de la biologiste kényane Wangari Muta Maathai. «Cela contribue aux efforts que la Ville de Bruxelles déploie afin d’améliorer la représentation des femmes dans l’espace public», plaide Zian.

Face à la sous-représentation des femmes dans l’espace public, la Ville a en effet intégré dans son Plan d’action pour l’Égalité entre les femmes et les hommes l’objectif de la féminisation des rues, places et bâtiments publics. «Il s’agit de parvenir à une représentation plus égalitaire des femmes dans notre espace public», souligne Zian. «Afin qu’il soit le reflet du rôle qu’elles ont joué dans notre Histoire».