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Un accord trouvé sur le Brexit: «Équilibré et juste pour le Royaume-Uni et l’UE»

Un accord trouvé sur le Brexit: «Équilibré et juste pour le Royaume-Uni et l’UE»

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, annonce un accord. AFP

Un accord révisé sur le Brexit a été trouvé entre les négociateurs européens et britanniques, a indiqué le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

«Là où il y a de la volonté, il y a un accord – nous en tenons un! C’est un accord équilibré et juste pour le Royaume-Uni et l’UE. Il démontre notre engagement à trouver des solutions. Je recommande au Conseil européen de l’approuver», a tweeté M. Juncker.

Le texte agréé par les deux parties devrait rapidement être transmis aux dirigeants de l’UE, afin qu’ils puissent l’étudier et éventuellement l’approuver dès ce jeudi après-midi lors de leur sommet à Bruxelles.

Si cet accord passe la rampe du Conseil européen, il devra ensuite être ratifié par les parlements britannique et européen.

Les députés britanniques approuvent la tenue d’une séance sur l’accord de Brexit

Les députés britanniques ont approuvé jeudi la tenue d’une séance exceptionnelle samedi sur le nouvel accord de Brexit obtenu entre Londres et Bruxelles, dont la validation reste suspendue au vote très incertain du Parlement britannique.

Selon le compte Twitter de la Chambre des Communes, la motion pour cette séance a été approuvée à 287 voix contre 275 voix, ce qui signifie que la Chambre siègera pour la première fois un samedi depuis la guerre des Malouines en 1982.

Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, qui a salué la conclusion du ‘deal’ a d’ores et déjà appelé la Chambre des communes à le soutenir.

«Le parlement doit réaliser le Brexit ce samedi de façon à ce que nous puissions nous consacrer à d’autres priorités telles que le coût de la vie, les soins de santé, la criminalité grave et notre environnement», a-t-il lancé sur Twitter.

L’incertitude règne par contre toujours quant à l’attitude que compte adopter le parti unioniste nord-irlandais DUP, qui fait partie de la coalition parlementaire du gouvernement Johnson. En matinée, cette formation avait affirmé qu’elle s’opposerait aux propositions de compromis en l’état. Depuis lors, elle n’a plus communiqué.

En cas de feu vert du Conseil et du parlement britannique, l’hémicycle européen pourrait lui se prononcer dès la semaine prochaine sur l’accord, ouvrant alors la voie à la sortie du Royaume-Uni de l’UE le 31 octobre.

RÉACTIONS

Les unionistes nord-irlandais toujours opposés à l’accord

Le parti unioniste nord-irlandais DUP, allié au Parlement britannique des conservateurs de Boris Johnson, a réaffirmé jeudi son opposition à l’accord négocié entre Londres et l’Union européenne, rendant très incertaine son adoption par les députés.

Un communiqué publié plus tôt dans la matinée et faisant état de l’opposition de cette formation au compromis en préparation «reste notre position», a indiqué à l’AFP une source au sein du DUP.

«Encore pire» que celui de May

Le principal parti d’opposition, le Labour, a lui aussi laissé entendre dès jeudi midi qu’il ne soutiendrait pas le texte dégagé in extremis, à quelques heures d’un Sommet européen crucial.

Le chef des travaillistes Jeremy Corbyn a d’emblée annoncé qu’il ne voyait pas le «deal» d’un bon œil, le qualifiant d’ «encore pire» que celui qui avait été négocié par Theresa May et avait par trois fois été rejeté par les députés de la Chambre des Communes.

Selon le leader du Labour, accepter ce texte n’amènerait rien de bon pour la population britannique. Il mettrait en péril «les droits et protections» des citoyens britanniques, menaçant «la sécurité alimentaire, les standards environnementaux et les droits des travailleurs, tout en ouvrant le NHS (service national de soins de santé, NDLR) à une reprise par des acteurs américains privés», a-t-il réagi.

Jeremy Corbyn, qui appelle finalement dans son communiqué à rejeter le deal, reste d’ailleurs partisan d’un passage par un nouveau vote populaire pour recueillir l’assentiment de la population sur tout accord définissant les modalités de la sortie du Royaume-Uni de l’Union.

Le Royaume-Uni et l’Union européenne en quinze dates

Intégration européenne

– 9 août 1961: première candidature d’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne (CEE), l’ancêtre de l’UE, déposée par le Premier ministre conservateur Harold Macmillan.

– 14 janvier 1963: premier veto du général de Gaulle à l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, suivi d’un deuxième le 27 novembre 1967.

– 1er janvier 1973: le Royaume-Uni intègre la CEE, en même temps que l’Irlande et le Danemark.

– 5 juin 1975: lors d’un référendum sur le maintien de leur pays à la CEE, les Britanniques votent «oui» à plus de 67%.

Virage Thatcher

– 30 novembre 1979: la Première ministre conservatrice Margaret Thatcher demande un rabais de la participation britannique au budget européen, via la fameuse expression «I want my money back» («Rendez-moi mon argent»), ce qu’elle obtient en 1984.

– 20 septembre 1988: discours de Bruges dans lequel elle s’oppose à toute évolution fédérale de la construction européenne.

Clause d’exemption

– 7 février 1992: signature du traité de Maastricht, deuxième acte fondamental de la construction européenne après le Traité de Rome de 1957. Le Royaume-Uni bénéficie d’une clause d’exemption («opt-out») lui permettant de ne pas rejoindre la monnaie unique.

– 23 juillet 1993: le Premier ministre conservateur John Major arrache au Parlement la ratification du traité de Maastricht après avoir menacé de démissionner.

Victoire du «leave»

– 23 juin 2016: lors d’un référendum organisé après la victoire des conservateurs aux législatives de 2015, les Britanniques votent à 51,9% pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Le Premier ministre conservateur David Cameron, partisan du maintien dans l’Union, démissionne.

– 29 mars 2017: le président du Conseil européen Donald Tusk reçoit la lettre de la Première ministre britannique Theresa May activant l’article 50 du traité de Lisbonne: le processus du Brexit est officiellement enclenché. Il doit durer deux ans et aboutir le 29 mars 2019.

– 22 novembre 2018: l’UE et le Royaume-Uni trouvent un accord provisoire sur leur relation post-Brexit, une semaine après s’être entendus sur le «traité de retrait» du Royaume-Uni. Le projet d’accord est approuvé le 25 lors d’un sommet européen extraordinaire à Bruxelles.

Blocage à Londres

– 15 janvier 2019: les députés britanniques votent contre l’accord de Brexit, le premier d’une série de trois rejets, malgré la promesse de Theresa May de démissionner si son accord de divorce est adopté.

– En mars, puis en avril, l’Union européenne accepte de reporter le Brexit, désormais fixé au 31 octobre.

– 24 juillet: le conservateur Boris Johnson, partisan d’un Brexit au 31 octobre avec ou sans accord, remplace Theresa May, démissionnaire.

Nouvel accord

– 17 octobre: Boris Johnson et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, annoncent avoir trouvé un nouvel accord, juste avant un sommet européen et à l’issue de longues tractations épineuses.

Le texte doit encore recevoir le feu vert des dirigeants des 27 autres membres de l’UE, puis être ratifié par les députés britanniques et européens.

Son adoption par le parlement britannique, que Boris Johnson a appelé à se prononcer le 19 octobre et où il ne dispose pas de majorité, semble cependant improbable, son allié du DUP (unionistes nord-irlandais) ayant rejeté le texte, tout comme le leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn.