JUDICIAIRE

Assassinat de Carmen Garcia Ortega: la cour d’assises descend sur les lieux du crime à Comines

La cour d’assises de Flandre occidentale a quitté, lundi soir, les murs du palais de justice de Bruges pour se rendre à Comines, à l’endroit où a été retrouvé le corps de Carmen Garcia Ortega, le 10 janvier 2017.

Les jurés veulent ainsi se faire une idée plus précise de la luminosité ambiante, lors des faits. Daniel Deriemacker, 38 ans, est accusé devant la cour du meurtre de sa compagne, âgée de 35 ans.

Une jeune femme avait découvert – peu après 22h00 le jour du meurtre – le corps de la victime gisant à proximité de son véhicule, rue du Commerce à Comines. Le témoin venait d’être ramené d’une sortie au restaurant par sa mère, qui n’avait elle rien vu en partant du même endroit un quart d’heure plus tôt, alors que son véhicule était stationné derrière celui de la Mme Garcia Ortega.

Ce témoignage, confirmé à la barre, n’arrange pas le ministère public, qui situe le décès à 21h29 sur la base d’une enquête de la téléphonie. Selon la défense, l’accusé ne peut être l’auteur du meurtre car il est avéré, notamment, qu’une vingtaine de minutes plus tard, il se trouvait chez lui en train d’envoyer des SMS.

De leur côté, les enquêteurs ont prétendu que le corps pouvait être difficile à apercevoir à cause de l’obscurité. Une hypothèse balayée par la défense, qui souligne que l’éclairage public est important dans cette rue, à tel point qu’«on peut y lire un journal». Me Vandemeulebroucke, conseil de l’accusé, a donc suggéré une visite sur les lieux pour clarifier les choses. Le président des assises, Antoon Boyen, a finalement accédé à cette demande.

Toute l’assemblée a donc été acheminée en bus vers Comines. La visite a débuté vers 21h30 sur le parking de l’institut où la victime avait assisté à un cours d’espagnol quelques minutes avant d’être tuée et s’est poursuivie à l’endroit où le corps a été découvert.

Enfin, la cour devait se déplacer à proximité de la gare de Comines, où un autre témoin-clé dit avoir été dépassé à pied par un homme marchant très rapidement qui est ensuite monté dans une Ford Fiesta semblable à celle de Daniel Deriemacker.

La défense tente de détricoter l’enquête, des élèves du cours d’espagnol s’expriment

La défense de Daniel Deriemacker, accusé d’avoir tué son épouse en janvier 2017 a placé lundi les juges d’instruction sur le grill, tentant notamment de comprendre pourquoi l’emploi du temps d’un autre suspect potentiel n’avait pas été décortiqué. Le médecin légiste a encore répété, quant à lui, que le couteau trouvé près du cadavre ne semblait pas, a priori, être l’arme du crime.

Le couteau trouvé est denté, et aurait dû laisser des blessures moins nettes que celles observées sur le corps sans vie de Carmen Garcia Ortega, découvert à côté de sa voiture par une passante dans la soirée du 10 janvier 2017. Il n’est cependant pas exclu que les vêtements de la victime aient en quelque sorte protégé les dents de la lame en pénétrant également la chair.

La juge d’instruction Jacqueline De Mol, descendue sur les lieux dans la nuit du 10 au 11 janvier 2017, a tenté d’expliquer les débuts de l’enquête.

Daniel Deriemacker avait d’abord été entendu en tant que témoin dans cette enquête, avant d’être suspecté. Des questions ont été posées à la juge d’instruction sur un potentiel autre suspect, le gérant de la cafétéria de l’école où la victime allait toutes les semaines suivre un cours d’espagnol.

C’est après un tel cours d’espagnol que la trentenaire avait été tuée, et son corps a été découvert non loin de l’école. Pour la défense, l’avocat Pol Vandemeulebroucke a affirmé devant la cour que cet individu a menti aux enquêteurs au sujet de son emploi du temps. Il aurait quitté l’école à 20h20, mais n’aurait quitté Comines en voiture que plus d’une heure et demie plus tard. Il affirme avoir entre-temps rendu visite à une amie à Wervik, mais cela n’a pas été contrôlé par les enquêteurs, qui ne le considéraient pas comme un suspect. «Rien n’indique qu’il ait menti intentionnellement, et aucun élément suspect ne le lie aux faits», a répondu Jacqueline De Mol.

La déclaration d’un témoin-clé de l’affaire, un homme qui a vu un individu quitter les lieux rapidement et monter dans une voiture dont la description correspond au véhicule de Daniel Deriemacker, est aussi mise en doute par la défense.

Les conseils de l’accusé ont ainsi rappelé que l’on n’a jamais montré à ce témoin une image de la Ford Fiesta de Daniel Deriemacker, ce qui a été confirmé par les juges d’instruction successifs en charge de l’enquête: «Non, nous ne voulions pas l’influencer. Nous pouvons encore le faire si c’est nécessaire».

L’oncle et la tante de la victime ont quant à eux partagé des anecdotes dérangeantes devant la cour, sur ce qu’ils ont pu voir de la relation entre les deux époux. La tante avait été, avec la mère de la victime, aider dans la nouvelle maison du couple à Houthem.

Elle raconte: «Daniel était fâché parce qu’elle (Carmen Garcia Ortega) ne faisait pas les choses bien». Quand l’épouse avait commencé à pleurer, son mari avait lâché qu’il allait devoir «la calmer». «Comme s’il s’agissait d’un chien. Je n’en pouvais plus, cela allait trop loin», a raconté la tante.

Daniel Deriemacker avait lui-même, en mars 2016, évoqué avec son médecin des problèmes relationnels durant depuis des années. Deux mois plus tard, on lui avait prescrit des antidépresseurs.

Luc Bourguignon, expert de l’Institut national de criminalistique et de criminologie, est revenu devant la cour lundi, pour évoquer les échantillons prélevés dans la voiture du suspect, dont il est apparu la semaine dernière qu’ils ne lui étaient jamais parvenus au moment de l’enquête. A la demande d’un membre du jury, l’expert a finalement quand même comparé les échantillons provenant de la Ford Fiesta de l’accusé avec un échantillon de terre et de végétation prélevé près du lieu du crime, à Comines-Warneton. Cette analyse n’a cependant rien donné: «l’échantillon (de la voiture) ne contenait que peu de particules de sol, et quelques particules de végétation. Rien ne correspond à l’échantillon de référence», a-t-il expliqué.

La journée a encore laissé la parole à d’autres élèves des cours du soir de langues. Ils ont confirmé ce que le professeur d’espagnol avait déjà dit: la leçon d’espagnol s’était terminée ce soir là quelques minutes plus tôt que d’habitude. Carmen Garcia Ortega avait quitté l’école en première. D’autres étudiants ont ensuite dû, en voiture, passer à côté de l’endroit des faits, à un moment où, selon le ministère public, la jeune femme était déjà morte. Mais ceux qui se sont exprimés lundi ont indiqué avoir été concentrés sur la route et les véhicules les précédant, sans porter attention aux abords de la rue (la rue du Commerce), qui étaient déjà sombres à cette heure de la soirée.

Des témoins de quelques heures avant les faits n’ont pas non plus rapporté de signalements suspects. Selon la vision du ministère public, l’accusé devait être sur place vers 19h15, pour crever un pneu de la voiture de la victime, mais personne ne l’a remarqué.

Les auditions de six témoins ont été remis à mardi, car la cour doit se déplacer lundi soir vers Comines, pour se rendre sur les lieux du drame.