FRANCE

Notre-Dame de Paris: les dons des grands mécènes se concrétisent

Notre-Dame de Paris: les dons des grands mécènes se concrétisent

Ça fait six mois que la toiture de Notre-Dame de Paris a pris feu. AFP

Après l’annonce trop optimiste d’un milliard d’euros, on a craint en juin que seule une partie des promesses pour reconstruire Notre-Dame serait effective. À six mois, les grands dons du mécénat d’entreprise se concrétisent: on pourrait atteindre quelque 800 millions d’euros.

Un certain nombre de donateurs finalisent leurs conventions et d’autres attendent la mise en place en novembre de l’établissement public.

Du côté des collecteurs

Les trois fondations – Fondation Notre-Dame, Fondation du patrimoine, Fondation de France – et le Centre des monuments nationaux (CMN), qui ont été chargés de recueillir les fonds dans le cadre de la souscription nationale, ont récolté 616,6 millions d’euros ou de promesses de dons, souvent concrétisées dans le cadre de conventions ou en voie de l’être.

La Fondation Notre-Dame, dont le président est l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, peut se targuer d’avoir reçu 380 millions d’euros de 46.600 particuliers, 168 entreprises et 29 collectivités publiques françaises et étrangères.

La Fondation du Patrimoine est à environ 222 M d’euros de collecte, provenant de 230.000 donateurs de 152 pays.

La Fondation de France a recueilli beaucoup moins d’argent, 9 millions, dont 7 proviennent d’entreprises.

Le CMN a encaissé 5,6 millions au profit de la reconstruction de la cathédrale.

Du côté des grands donateurs

Outre LVMH (Bernard Arnault) et Kering (Famille Pinault) qui ont déjà signé des conventions portant sur 200 et 100 millions d’euros, la concrétisation de nombreux dons promis par le secteur privé devrait se faire d’ici la fin de l’année.

Total, qui s’était engagé à verser 100 millions d’euros via la Fondation du Patrimoine, a indiqué à l’AFP que sa convention «est quasiment finalisée et devrait être signée courant octobre».

Le groupe l’Oréal affirme que les engagements «pris en soutien à Notre-Dame sont fermes et confirmés». La famille Bettencourt Meyers, au travers sa holding familiale Tethys et la Fondation Bettencourt Schueller confirme son engagement de 150 millions d’euros, qui viendra en complément de 50 millions d’euros à laquelle l’Oréal a décidé de contribuer.

JCDecaux a assuré qu’il concrétiserait sa promesse de 20 millions d’euros.

BNP Paribas, qui s’était engagé à hauteur de 20 millions, précise que «cette contribution sera versée dès la création de l’établissement», en novembre.

La promesse des frères Martin et Olivier Bouygues de verser 10 millions d’euros via leur holding familiale SCDM, est également en cours de concrétisation avec la Fondation Notre Dame.

Une autre flèche en chantier

De l’autre côté du périphérique parisien, à quelques kilomètres de Notre-Dame, une flèche est aussi en reconstruction: celle de la basilique de Saint-Denis, dont le chantier pourrait faire office de «laboratoire» pour la cathédrale parisienne.

«Ce sont deux sœurs», rappelle Luc Fauchois, vice-président de l’association Suivez la flèche, qui pilote le projet. «Deux joyaux de l’art gothique», qui ont chacune «joué un grand rôle dans l’histoire de France».

Située au centre de Saint-Denis, ville populaire de Seine-Saint-Denis à cinq kilomètres de Paris, la basilique accueille les tombeaux des rois de France.

Les deux édifices ont même été en concurrence, raconte Luc Fauchois: «Au Moyen Âge, c’était à qui aurait la flèche la plus haute». Erigée en 1219, celle de Saint-Denis culminait à 86 mètres.

Mais en 1845, une tornade fragilise la basilique. La flèche et la tour nord doivent être démontées pierre par pierre.

Notre-Dame aura tout à gagner à s’inspirer des conditions de réalisation du chantier de Saint-Denis.

L’idée d’une restauration, plusieurs fois envisagée, n’aboutit pas. En 2013, le projet est relancé par la mairie communiste et la communauté d’agglomération. L’État donne son feu vert en 2017.

Le public peut découvrir depuis cet été les préfigurations des travaux qui prendront la forme d’un «chantier pédagogique», avec visites des ateliers des artisans au travail.

La reconstruction en tant que telle doit commencer à la fin de l’été 2021, après des travaux de consolidation et des fouilles archéologiques.

«Notre-Dame aura tout à gagner à s’inspirer des conditions de réalisation du chantier de Saint-Denis», détaille Luc Fauchois, y voyant un «laboratoire» pour l’édifice parisien.

«Ce qui était au départ une expérience limitée à Saint-Denis s’est peu à peu transformée en un chantier de formation des tailleurs de pierre restaurateurs, en forte diminution en France», ajoute Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques, en charge de la basilique.

Une dimension du projet qui a été «complètement métamorphosée» par l’incendie de Notre-Dame. «Le chantier de Saint-Denis devient une urgence technique pour Notre-Dame de Paris», souligne l’architecte, rappelant que la restauration de l’édifice parisien nécessitera également des «travaux de pierre».

Pour son don de 10 millions, le groupe BPCE est «en phase de finalisation de la convention avec la Fondation du Patrimoine».

Les 5 millions promis par Crédit Agricole seront versés «d’ici la fin de l’année par la fondation Crédit Agricole Pays de France».

Le mécène Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac, n’a pas encore pris de décision sur les modalités de versement de 10 millions d’euros.

Le groupe d’assurances Axa s’est engagé à verser 10 millions d’euros répartis pour moitié entre la Fondation du patrimoine et la Fondation Notre-Dame.

La Région Ile-de-France signera une convention fin octobre portant sur 10 millions d’euros.

La milliardaire brésilienne Lily Safra, avec sa Fondation Edmond J. Safra, avait fait un don de 10 millions d’euros dès le lendemain matin de l’incendie à la Fondation du patrimoine.