BELGIQUE

Stéphane Moreau: «C’est terminé, nous n’allons pas nous battre contre des moulins à vent»

Invité sur le plateau de «C’est pas tous les jours dimanche» sur RTL, le désormais ex-administrateur-délégué de Nethys, Stéphane Moreau, est sorti de son silence médiatique.

Ses interventions devant les médias sont plutôt rares. Mais face à ce qu’il estime être un «bashing médiatique», l’ancien CEO de Nethys, Stéphane Moreau, a décidé de réagir sur le plateau de «C’est pas tous les jours dimanche», l’émission dominicale de RTL.

 

 

Comme ce fut déjà le cas lors de son audition devant la «commission parlementaire Publifin», l’ancien homme fort d’Ans et du PS liégeois s’est présenté en qualité de manager d’entreprise et rien d’autre: «J’ai quitté la politique en 2017 et je ne fais plus de commentaires de cet ordre», a-t-il répété à plusieurs reprises, balayant systématiquement les allusions à l’éthique politique qui l’aurait pris en défaut.

«Liège, une particularité unique»

«Je pense qu’il y a une très grande incompréhension sur l’initiative industrielle publique entre Liège et le reste de la Wallonie. […] Il faut d’ailleurs souligner que le traitement infligé à Nethys est différent de celui opéré pour les autres entreprises à capitaux 100% publics», a ainsi estimé l’ex-CEO de Nethys, citant notamment la Sonaca et la FN d’Herstal.

«En 2006, la province de Liège s’est dotée d’une particularité unique en Wallonie lorsqu’elle est restée maître de son l’électricité (ex-ALE): au moment où le reste de la Wallonie vendait son électricité, Liège a racheté la sienne afin de créer un opérateur de télécommunications (ex-Tectéo, devenu Nethys).»

Stéphane Moreau en a profité pour rappeler que cette décision avait été prise à l’époque par les ténors de la politique liégeoise tous partis confondus: l’idée était ainsi «d’affecter une partie des revenus de cette activité pour investir dans des capitaux privés» et développer ainsi «une activité économique, pilotée par les pouvoirs locaux».

 

Respect des normes

 

Seulement, voilà: suite au scandale des rémunérations du comité de secteurs de Publifin – dans lequel Stéphane Moreau a tenu à rappeler sa totale innocence -, Nethys s’est retrouvée dans l’obligation de démanteler une partie de son entreprise.

«La commission parlementaire a réclamé que l’activité de Nethys se limite à la province de Liège», a poursuivi Monsieur Moreau, rappelant encore que les conclusions de cette commission «n’ont pas de valeur juridique, mais bien une valeur politique. Or, le gouvernement régional de Willy Borsus a fait traduire [ces conclusions] à travers deux normes: la première sur le réseau de distribution de gaz, l’autre sur la bonne gouvernance.»

Pour la première, «nous avons fait sortir RESA de Nethys en temps et en heure». Quant à la seconde, «elle a amené une série de contraintes administratives extrêmement lourdes et qui rendent impossibles la vie d’une entreprise en milieu concurrentiel.» D’où, selon Stéphane Moreau, les complexités apparues ces derniers mois dans les dossiers de ventes de VOO, Win et Élicio.

 

«Un plan stratégique»

 

«Il ne s’agit pas d’un plan de vente, mais d’un plan stratégique qui a été élaboré en partenariat avec le bureau d’experts international McKinsey», a encore précisé Stéphane Moreau pour évoquer les trois dossiers brûlants Voo, Win et Élicio.

«En décembre 2018, Enodia (NDLR: ex-Publifin) a décidé de faire passer ses activités concurrentielles d’une société industrielle (NDLR: Nethys) à une holding à participation minoritaire, tel que l’a réclamé la commission parlementaire. Enodia a dès lors donné un mandat au CA de Nethys afin de mettre tout ceci en œuvre.»

Concernant la vente de VOO, le choix du CA d’opter pour l’offre remise par le fonds d’investissement américain Providence n’a pas été, selon les explications de Monsieur Moreau, dicté par un quelconque intérêt personnel: «Sur les différentes offres qui ont été reçues, il s’agissait de la plus intéressante d’un point de vue financier, mais aussi celles qui apportaient les meilleures garanties pour l’emploi à Liège.»

De même, la vente de Win (à Ardentia Tech) et Élicio (à Ardentia Holding) aux sociétés détenues par François Fornieri, par ailleurs administrateur de Nethys, aurait été dictée par ce souci de respecter les directives du rapport de la commission parlementaire réclamant vouloir maintenir l’activité à Liège.

Malheureux si le modèle s’effondre

Stéphane Moreau a par ailleur dit espérer que le modèle économique qu’il a mis en place ne s’effondre pas.

«Je serais extrêmement malheureux de voir ce modèle s’effondrer. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est qu’il y ait une incompréhension et qu’il n’ait pas été possible de dialoguer avec le gouvernement wallon (...) Je pense que, si on avait pu avoir une discussion préalable, on aurait pu atterrir différemment et trouver des solutions».

L’ex-mandataire socialiste -démissionné/exclu de son parti- dit ne pas ressentir d’amertume ou de rancune. «C’est à la fois une page qui se tourne et un grand soulagement. Une telle traversée d’événements violents ne laisse pas physiquement indemne. Surtout quand, à l’analyse, il ne reste pas grand chose des reproches initiaux», a-t-il ajouté dans les collones de SudPresse. (BELGA)

 

 

Et la suite?

 

Chassés par la porte, Stéphane Moreau et ses collègues du CA de Nethys reviendront-ils par la fenêtre? «Nous avons démissionné, c’est terminé. Nous n’allons pas nous battre contre des moulins à vent, c’est le choix d’une entreprise de changer de management», a répondu Monsieur Moreau.

«Je vais prendre du recul. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer, mais moralement et physiquement c’est extremement pénible de vivre [ce bashing politico-médiatique]. Ma plus grande erreur dans tout ceci? De ne pas avoir communiqué…»