LITTÉRATURE

Nobel de littérature: deux lauréat(e)s ce jeudi

Le Nobel de littérature sera attribué jeudi. Et comme il n’a pas été attribué l’an dernier, il y aura deux lauréat(e)s. Les rumeurs vont bon train.

Le temple des lettres détruit par une affaire d’agression sexuelle en plein cataclysme #MeToo, l’Académie suédoise avait dû réserver le Nobel de littérature 2018: il y aura donc jeudi deux lauréats, dont au moins une lauréate à en croire les oracles.

Les noms des lauréats du Nobel de littérature doivent être dévoilés jeudi à 13 h (11 h 00 GMT). Les critiques interrogés par l’AFP prédisent des choix consensuels, dont celui d’au moins une femme, peut-être la Chinoise Can Xue, la Russe Lioudmila Oulitskaïa, l’Américaine Joyce Carol Oates, ou encore la Polonaise Olga Tokarczuk.

Le prix de littérature a honoré 14 femmes seulement pour 100 hommes depuis la création des Nobel en 1901.

Chez les hommes, sont avancés les noms du poète et romancier roumain Mircea Cartarescu, du Japonais Haruki Murakami, du Français Milan Kundera.

Pour Svante Weyler, écrivain et ancien éditeur, l’Académie et le prix peuvent retrouver leurs lettres de noblesse «mais seulement par un choix judicieux des lauréats.»

Selon lui, la Svenska Akademien optera pour des auteurs d’un certain classicisme, jouissant pour l’un d’une grande considération dans les milieux littéraires, et pour l’autre des faveurs du public. Et «absolument pas quelqu’un pouvant provoquer une controverse politique», prédit-il.

Le journaliste et écrivain français Olivier Truc, auteur de L’Affaire Nobel (Grasset), note que l’Académie avait déjà suscité la polémique, notamment «lorsque le prix a été décerné à deux de ses membres en exercice.» Le prix 1974 était allé à Harry Martinsson et Eyvind Johnson.

En 2016, le choix du chanteur-compositeur américain Bob Dylan avait aussi provoqué de vives réactions dans le monde des lettres.

Autre cas de figure: que les lauréats n’acceptent pas le prix dévalorisé à leurs yeux, comme l’a fait en 1964 Jean-Paul Sartre, avertit la critique suédoise.

Cinq experts extérieurs

Quoi qu’il en soit, les nobélisés de cette année peuvent s’attendre à ce que leur travail et leur vie privée soient passés au peigne fin. Surtout s’il s’agit d’hommes, pour repérer tout comportement ou écrit misogyne, jugent les experts.

Le comité du prix Nobel, d’ordinaire composé de cinq membres qui recommandent un lauréat au reste de l’Académie, a eu recours en 2019 et aura encore recours en 2020 à cinq experts extérieurs, notamment des critiques, des éditeurs et des auteurs âgés de 27 à 73 ans.

Ces nominations ont été imposées par la Fondation Nobel, qui finance le prix, après le scandale de l’an dernier. Mais pour beaucoup le mal est fait. «Après avoir été associé à une littérature de premier ordre, le prix Nobel est aujourd’hui pour beaucoup associé à #MeToo… et à une organisation dysfonctionnelle», déplore Madelaine Levy, critique au quotidien Svenska Dagbladet.