LIÈGE

Stefan Asenov accusé de l’assassinat d’une prostituée: «J’ai pris peur car son regard était étrange»

Stefan Asenov accusé de l’assassinat d’une prostituée: «J’ai pris peur car son regard était étrange»

Lors de l’ouverture du procès, le parquet a fait état de menaces de mort récemment proférées par l’accusé à l’égard de son épouse. Selon le planning établi avant l’ouverture du procès, 48 témoins doivent être entendus au cours des débats. BELGA

La seconde victime de Stefan Asenov a confirmé mardi après-midi devant la cour d’assises de Liège les circonstances de l’agression qu’elle avait subie. Cette prostituée avait été embarquée la même nuit par l’accusé mais elle était parvenue à prendre la fuite après avoir été frappée.

Stefan Asenov est accusé d’avoir commis les agressions de deux prostituées la nuit du 15 au 16 mars 2017 à Liège. Limia Karimallah (56 ans), la principale victime, avait été tuée après avoir été rouée de coups. Chantal M., la seconde victime, avait aussi été rouée de coups mais elle avait pu s’échapper de la camionnette de l’accusé, où elle avait aussi été embarquée.

La deuxième victime présumée de Stefan Asenov a été entendue à l’audience. Chantal M., qui se prostituait, a raconté qu’elle avait été abordée par l’accusé qui conduisait une camionnette. Stefan Asenov a demandé les tarifs de la prestation et a embarqué cette dame.

«Il a roulé en direction de Coronmeuse, alors que nous ne nous étions pas mis d’accord sur le lieu de la prestation. Il roulait vite et regardait devant lui. Il m’a insultée. J’ai pris peur car son regard était étrange et il ne disait rien d’autre. J’ai essayé de m’enfuir une première fois mais il m’a frappé très fort et m’a obligée à remonter dans la camionnette. C’est en arrivant dans un rond-point que j’ai pu sauter du véhicule en mouvement et prendre la fuite», a indiqué Chantal M.

La victime a encore précisé qu’elle a gardé une cicatrice des blessures infligées et qu’elle a perdu des dents depuis les faits.

«La dame respirait toujours»

Les jurés ont pu entendre la déposition du témoin direct des faits commis sur Limia Karimallah. Ce chauffeur routier s’était immobilisé à proximité du parking de la patinoire de Coronmeuse avant de prendre son service. Il avait eu l’attention attirée par l’éclairage intérieur de la camionnette conduite par l’accusé.

«J’ai ensuite aperçu le conducteur qui sortait des objets qui ressemblaient à des détritus de sa camionnette. Il a ensuite pris la fuite, feux éteints. Interpellé par ce qu’il avait déchargé, j’ai ensuite constaté que ce qui avait été déchargé était un corps. Je me suis approché et j’ai appelé les secours après avoir constaté que la dame respirait toujours», a indiqué ce témoin.

Le témoin a expliqué que la victime était toujours vivante au moment de sa découverte. Elle faisait encore de mouvements avec sa bouche assimilés à des convulsions et elle était partiellement dénudée.

Un couple d’habitants de Herstal a confirmé que, la nuit des faits, l’accusé avait encastré la camionnette qu’il conduisait dans leur véhicule. Stefan Asenov avait tenté de se dégager. «Il semblait totalement sous influence. Il tentait d’accélérer sans passer de vitesse. Il est finalement parti en courant», a indiqué le propriétaire de la voiture percutée.

Parmi les témoins de moralité entendus, les proches de Limia Karimallah ont rapporté qu’elle avait connu des problèmes de toxicomanie et qu’elle s’était prostituée. Mais, à l’époque des faits, elle soignait ses addictions. «Elle avait pour projet de quitter Liège pour se rendre dans un centre de Bruxelles. Elle n’était pas une mauvaise personne. C’était une bonne vivante qui avait de l’amour à donner à ses proches», a précisé sa fille.

Le réquisitoire et les plaidoiries des différentes parties auront lieu mercredi.

Une dimension psychopathique affirmée

Stefan Asenov présente une dimension psychopathique affirmée, a indiqué mardi un expert psychologue devant la cour d’assises de Liège. L’accusé ne suit que son propre mode de fonctionnement dans une logique égocentrique.

Selon le psychiatre Anthony Schena, l’accusé ne présentait aucune forme de trouble psychiatrique le rendant incapable du contrôle de ses actes au moment des faits. Cet expert n’a pas relevé d’indice de trouble mental altérant ses capacités décisionnelles et d’action. Stefan Asenov ne présente pas de retard mental aliénant mais différents traits antisociaux se dégagent de sa biographie.

Le psychologue Serge Garcet a pour sa part épinglé, lors de son examen, que Stefan Asenov présente un manque complet d’authenticité dans son discours. Il ne démontre pas d’aliénation ou de trouble psychotique. L’accusé a vécu une scolarité pauvre. Dès l’âge de 13 ans, il a connu ses premiers passages par des institutions spécialisées en raison de premiers faits violents. Selon l’expert, l’accusé montre une dimension antisociale évidente.

Sur le plan intellectuel, Stefan Asenov se situe en dessous de la moyenne de la population. Il se situe dans la tranche limite entre le retard mental léger et la moyenne faible. Son QI se situe entre 70 et 80. Sur le plan de la personnalité, l’accusé présente un ensemble de comportements envahissants et durables. Il fonctionne selon un mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui.

Pour l’expert psychologue, Stefan Asenov relève d’une dimension psychopathique affirmée. Différentes caractéristiques typiques le démontrent. Il présente une absence d’émotion. Il est froid, calculateur et manipulateur. Stefan Asenov abrite aussi une dimension éthique solitaire. «Son fonctionnement est basé sur ses choix et ses besoins, sans prendre en compte l’autre. Il ne suit que son propre fonctionnement dans une logique égocentrique. L’accusé montre un manque de limites et un sentiment de droit personnel exagéré», a indiqué l’expert.

Selon le psychologue, l’accusé présente une structure de personnalité qui se caractérise par un trouble de fonctionnement manipulateur et une propension à la violence. Avec son trouble de personnalité antisocial et psychopathique, il pourrait s’être inscrit dans une logique prédatrice à l’égard des prostituées.