ROISIN

Meurtre de Jean-Claude Libiez à Roisin: «Pour moi, c’était du bla-bla»

Meurtre de Jean-Claude Libiez à Roisin: «Pour moi, c’était du bla-bla»

Thomas Audin est accusé d’avoir informé les malfrats qui ont braqué la famille Libiez. BELGA

L’interrogatoire des accusés du vol de la ferme Libiez ayant entraîné la mort de Jean-Claude se poursuit, au deuxième jour du procès devant la cour d’assises du Hainaut.

La cour d’assises du Hainaut a interrogé, mardi matin, Thomas Audin et Sylvie Cuelle, accusés d’avoir informé les malfrats qui ont braqué la ferme Libiez à Roisin, la nuit du 20 au 21 octobre 2016, pour voler le stock de cigarettes.

Thomas et Sylvie étaient les voisins de Jean-Claude Libiez, tué d’un coup de feu cette nuit-là. Thomas Audin dit qu’il se sent «moralement responsable» du décès de Jean-Claude Libiez mais il conteste avoir informé Franz Pottiez sur le stock de cigarettes qui se trouvait dans la ferme voisine.

«C’est possible que je lui ai dit qu’il fallait passer par l’arrière du bâtiment mais je ne sais plus quand… Pottiez disait souvent qu’il allait voler les cigarettes chez les voisins. Pour moi, c’était du bla-bla.»

Le démon Pottiez

Mécanicien, Thomas Audin avait une belle clientèle. Un jour, Franz Pottiez lui a demandé de travailler exclusivement pour lui, en lui montrant sa fortune. «J’ai refusé plusieurs fois car on m’avait dit que c’était un drôle de lascar. J’ai refusé plusieurs fois avant d’accepter. Pottiez venait tous les jours chez moi. Il arrivait à ensorceler les gens.»

Il ajoute: «j’ai été naïf, je me suis fait avoir comme un gamin. Pottiez, c’est le démon. On m’avait dit que c’était une saloperie mais c’est pire, c’est le démon».

Néanmoins, il a remis les télécommandes de son garage à Franz Pottiez. C’est dans ce garage que Pottiez a caché la camionnette qui a servi à voler les cigarettes. Thomas Audin déclare que les policiers lui ont mis «une pression énorme» lors de l’enquête, l’obligeant à déclarer des choses qu’il conteste aujourd’hui.

Meurtre de Jean-Claude Libiez à Roisin: «Pour moi, c’était du bla-bla»
Comme son mari, Sylvie Cuelle est accusée d’avoir fourni des informations aux voleurs sur ses voisins BELGA
Sylvie Cuelle est l’épouse de Thomas Audin. «Pottiez a dit à mon mari qu’il avait l’intention d’aller voler chez mes voisins. C’était en août, je pense. Thomas était certain qu’il n’allait pas aller voler chez les voisins.»

Après une tentative de vol le 11 octobre, elle a croisé Franz Pottiez dans le garage de son mari. «Il a dit qu’il était allé dans la ferme et m’a donné un tas de détails sur les voisins. Il a dit qu’il est resté jusque 2 h 00 du matin alors qu’ils regardaient la télé. Il a insisté sur la porte de garage qui ne s’ouvrait pas. Il m’a demandé s’il y avait une sécurité. Je ne passais jamais par là. Je lui ai dit que je passais par la véranda.»

Comme Pottiez était vantard, elle ne l’a pas cru d’autant que les fermiers avaient un jars agressif.

La nuit du 20 au 21 octobre 2016, une semaine après avoir tenté de commettre un vol dans la ferme, cinq malfrats masqués ont débarqué dans la ferme de Beaumont à Roisin, en passant par l’arrière du bâtiment. Réveillé par le bruit, Jean-Claude Libiez s’est levé et il a été mortellement atteint par une balle. Son frère, Bernard, également touché par un projectile, a été grièvement blessé.

«J’ai supposé que c’était un coup de Franz Pottiez et de Loïc Harvengt, accompagnés des gitans qui étaient venus voir une voiture avec lui», poursuit Sylvie qui dit avoir été menacée par Pottiez.

Loïc Harvengt avoue sa présence

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Loïc Harvengt a avoué sa présence sur les lieux du vol. BELGA
Hier, lors du premier jour du procès, la présidente Jackers a procédé à l’interrogatoire de trois accusés. Loïc Harvengt a déclaré qu’il était présent sur la scène de crime mais il n’a pas pu identifier ses complices.

Il a déclaré que c’est Franz Pottiez (absent pour maladie et dont le cas a été disjoint) qui lui a donné les noms de Josué Krier, Brandon Kempfer et Torino Dubois.

Loïc Harvengt a raconté qu’il ne voulait pas participer à ce vol avec violence du stock de cigarettes planqué dans la ferme de la famille Libiez.

Alors que Harvengt et Pottiez chargeaient une camionnette, des coups de feu ont éclaté dans la ferme. «Je suis désolé d’avoir dit que c’étaient eux. C’est Pottiez qui m’a donné les noms. Je ne les ai pas identifiés», a déclaré Harvengt, qui dit aussi avoir reçu des menaces de mort au sein de la prison de Nivelles. Il a été ensuite transféré à Dinant.

Un alibi: un autre vol…

Josué Krier et Torino Dubois contestent s’être rendus à Roisin cette nuit-là. Ils ont expliqué à la cour qu’ils sont allés à Soignies pour voler une remorque et de l’outillage, revendus à 1500 euros à un tiers. Selon Krier, Franz Pottiez était fâché car il était intéressé par le butin. Dubois conteste avoir eu un différend avec Pottiez.

L’absence de Franz Pottiez dans ce procès risque de peser sur les débats. Son cas a été disjoint car un médecin légiste a constaté qu’il était incapable de comparaître devant la cour en raison de son état de santé.

Loïc Harvengt a raconté qu’il devait tout à Franz Pottiez, qui était comme un père pour lui. «Il m’a fait la misère car je passais plus de temps avec ma copine qu’avec lui. J’ai refusé de participer à ce vol. Pottiez a abordé le sujet un mois avant. Il avait envie d’aller voler des cigarettes là-bas. Je ne pensais pas qu’il allait le faire. Il insistait pour que j’aille avec lui. Je ne suis pas un voleur, j’avais 30 000 euros sur mon compte».

La discothèque après le meurtre

Quelques heures après le meurtre de Jean-Claude Libiez, tout ce petit monde (sauf les voisins Thomas Audin et Sylvie Cuellle qui ont appelé les secours) s’est retrouvé dans une discothèque à Jemappes. Loïc Harvengt prétend qu’il n’a pas vu avec qui Franz Pottiez discutait et les deux autres contestent avoir bavardé avec lui.