FRANCE

4 jours après l’incendie d’une usine chimique, les autorités peinent à rassurer à Rouen

L’usine Lubrizol, où travaillent 420 personnes, fabrique et commercialise des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industriels. Elle a été classée Seveso seuil haut ce qui signale sa dangerosité et implique qu’elle bénéficie d’une surveillance particulière.AFP

Maux de tête et vomissements, inquiétudes sur l’eau potable, récoltes interdites dans une centaine de communes: quatre jours après l’incendie d’une usine chimique à Rouen, dans le nord-ouest de la France, les autorités peinaient lundi à rassurer la population.

Pour répondre à cette inquiétude, le Premier ministre Édouard Philippe, qui a réaffirmé sa volonté d’«absolue transparence» sur les causes et conséquences de l’incendie, s’est rendu lundi soir sur le site de l’usine Lubrizol.

«Les odeurs que nous sentons […] sont effectivement très dérangeantes, très pénibles à supporter, elles peuvent entraîner en effet un certain nombre de réactions mais elles ne sont pas nocives», a-t-il assuré.

4 jours après l’incendie d’une usine chimique, les autorités peinent à rassurer à Rouen
Le Premier ministre Édouard Philippe a reconnu lundi soir à Rouen que les odeurs provoquées par l’incendie de l’usine Lubrizol étaient «gênantes» mais assuré qu’elles n’étaient «pas nocives». AFP
«C’est ce que me disent les scientifiques, c’est ce que me disent les techniciens et j’ai tendance à écouter ce que me disent les scientifiques et les techniciens lorsqu’il s’agit et de sécurité et de gestion des risques», a-t-il ajouté devant la presse.

L’incendie spectaculaire n’a pas fait de victimes, mais il a produit un panache de fumée noire de 22 km de long, et des traces de suie ont été retrouvées dans 40 établissements scolaires, qui ont été nettoyés pendant le week-end.

L’origine du feu extérieure à l’entreprise

Le groupe Lubrizol a porté plainte pour «destruction involontaire par explosion ou incendie» et a estimé lundi que l’origine du feu qui a ravagé une partie de son usine chimique était «extérieure» au site.

«La vidéosurveillance et des témoins oculaires indiquent que le feu a tout d’abord été observé et signalé à l’extérieur du site […] ce qui suggère que l’origine du feu est extérieure à Lubrizol et que le feu s’est malheureusement propagé sur notre site», a affirmé le groupe dans un communiqué.

Le parquet de Rouen a ouvert une enquête pour «destructions involontaires» et «mise en danger d’autrui».

Les cours devaient reprendre lundi dans les 237 établissements scolaires de la zone touchée par les fumées, fermés après la catastrophe survenue jeudi.

«Trop incommodés et trop inquiets des odeurs persistantes et des vomissements», des enseignants ont cependant fait usage de leur «droit de retrait» dans trois collèges de Rouen.

Au collège Georges Braque de Rouen, les cours sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Vingt-six professeurs ont fait état dans une lettre d’«un danger grave et imminent pour eux et les élèves».

«Quand nous sommes arrivés, il y avait une très forte odeur persistante, désastreuse sur les hauts de Rouen mais surtout, à l’intérieur de l’établissement, certains d’entre nous ont eu des symptômes: nausées, céphalées, vertiges», a déclaré une professeure sur France Bleu Normandie-Seine maritime.

«Aucune trace de contamination»

Le conservatoire de musique de Rouen a annoncé aussi avoir décidé de fermer en raison de nausées et vomissements.

«Les suies ne sont pas toxiques mais nous souhaitons que nos élèves ne soient pas en contact», avait déclaré dimanche la rectrice Christine Gavini-Chevet.

Après la diffusion lundi matin sur Twitter d’une vidéo montrant de l’eau noire s’écoulant d’un robinet présumé être à Rouen, les autorités locales ont dû en outre rassurer la population sur la qualité de l’eau des 71 communes de l’agglomération.

«Aucune trace de contamination n’a été relevée», a assuré la collectivité de communes, affirmant que les réservoirs d’eau potable avaient tous été vérifiés.

«On prend des précautions maximum», a déclaré la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne, assurant qu’il n’y avait «pas de problème sanitaire».

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume devait rencontrer les organisations agricoles, alors que la récolte des cultures et des denrées alimentaires d’origine animale est interdite dans une centaine de communes en raison des retombées de suie.

L’usine Lubrizol, où travaillent environ 400 personnes, fabrique et commercialise des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industriels. Elle a été classée particulièrement dangereuse.

Le groupe de chimie américain Lubrizol Corporation est lui-même contrôlé par Berkshire Hathaway, holding du milliardaire et célèbre investisseur américain Warren Buffett.

En janvier 2013, une fuite de gaz sur le site de Rouen avait provoqué un nuage nauséabond qui s’était répandu jusqu’en région parisienne et en Angleterre, incommodant des millions de personnes.

4 jours après l’incendie d’une usine chimique, les autorités peinent à rassurer à Rouen
Le spectaculaire incendie de l’usine chimique Lubrizol de Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi a provoqué de nombreuses craintes dans la population qui s’inquiète d’une pollution de l’air et des suies retombées au sol. AFP