Séisme à Washington: les démocrates lancent une procédure de destitution contre Trump

Séisme à Washington: les démocrates lancent une procédure de destitution contre Trump

Nancy Pelosi a lancé la charge contre Donald Trump. AFP

Les démocrates ont lancé mardi à Washington la première étape d’une mise en accusation solennelle de Donald Trump, une procédure rare et explosive qui a toutefois peu de chances d’aboutir à la destitution du président américain. Ce dernier est soupçonné d’avoir demandé au président ukrainien d’enquêter sur son rival politique Joe Biden.

 

 

En dépit des nombreuses affaires qui ont secoué les premières années de la présidence de Donald Trump, ce coup de tonnerre politique représente l’attaque la plus frontale contre le milliardaire républicain.

«Une chasse aux sorcières de caniveau», a immédiatement dénoncé le président, recevant la nouvelle à New York où il s’était rendu pour l’Assemblée générale de l’ONU.

Ironie du calendrier, Donald Trump se trouvait lors de l’annonce chez lui à la «Trump Tower», le gratte-ciel qu’il avait choisi pour annoncer en 2015 sa candidature à la Maison Blanche.

Pari risqué

«Aujourd’hui, j’annonce que la Chambre des représentants ouvre une enquête officielle en vue d’une procédure de destitution» de Donald Trump, a annoncé la présidente démocrate de la chambre basse, Nancy Pelosi.

«Les actes du président jusqu’à ce jour ont violé la Constitution», a-t-elle accusé lors d’une allocution au Congrès.

 

 

A quelque 400 jours de l’élection présidentielle de novembre 2020, déclencher cette procédure, impopulaire dans les sondages et à l’issue très incertaine, représente un pari risqué.

La Chambre, à majorité démocrate, sera chargée de mener la procédure de mise en accusation («impeachment» en anglais). Si celle-ci aboutit, le Sénat, contrôlé par les républicains qui restent en majorité fidèles à Donald Trump, devra conduire le «procès» du président, conclu par un verdict.

Il semble peu probable, dans l’état actuel des choses, que suffisamment de sénateurs républicains se retournent contre Donald Trump.

Seuls deux présidents américains ont été mis en accusation dans l’Histoire: les démocrates Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton, poursuivi pour «parjure» en 1998 après sa liaison avec la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky.

Jamais un président n’a été destitué aux Etats-Unis.

Espérant briguer un second mandat en novembre 2020, le républicain de 73 ans a jugé «ridicule» l’idée d’être destitué, affirmant que cette procédure lui serait au contraire bénéfique dans les urnes.

Cette éventualité a justement longtemps freiné Nancy Pelosi. L’habile stratège de 79 ans craignait que les électeurs ne sanctionnent en 2020 un parti qui passerait trop de temps à cibler le républicain, plutôt qu’à parler des sujets qui les préoccupent profondément, comme l’économie et la santé.

Affaire ukrainienne

Sous pression, Donald Trump a finalement accepté de publier le contenu de sa conversation avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, au coeur de l’affaire.

Séisme à Washington: les démocrates lancent une procédure de destitution contre Trump
Joe Biden. AFP
Directement concerné par ce dossier, le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden, 76 ans, s’est mardi rallié aux partisans de l’ouverture d’une procédure de destitution contre Donald Trump.

Pour l’ancien vice-président de Barack Obama et favori de la primaire démocrate, l’affaire ukrainienne est personnelle: les démocrates soupçonnent M. Trump d’avoir poussé, en mettant dans la balance une aide militaire destinée à l’Ukraine, son homologue ukrainien à enquêter sur Joe Biden et son fils, Hunter.

Ce dernier a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, lorsque son père était vice-président.

Donald Trump a admis publiquement avoir mentionné Joe et Hunter Biden lors de la conversation controversée, mais dément fermement avoir fait pression sur l’Ukraine.

En pleine tourmente, le président tente de retourner les soupçons contre Joe Biden, l’accusant avec son fils, sans avancer de preuve, d’être «corrompus».

Toute cette affaire a éclaté lorsqu’un mystérieux lanceur d’alerte, membre des services de renseignement américains, a fait en août un signalement à sa hiérarchie concernant une conversation téléphonique de Donald Trump avec M. Zelensky.

Selon plusieurs médias américains, la Maison Blanche pourrait autoriser la transmission de son signalement aux élus américains, et étudie, avec des responsables du renseignement, la possibilité que le lanceur d’alerte soit entendu par des membres du Congrès.

Ce lanceur d’alerte est prêt à témoigner devant une commission du Congrès si les conditions de sécurité sont réunies, a déclaré mardi son avocat, qui a également dit «applaudir la décision de publier le signalement», sans donner plus de précision. «Nous attendons la publication du signalement dans son intégralité», a ajouté l’avocat dans un communiqué consulté par l’AFP.

Après la vaste enquête russe et de multiples investigations parlementaires, c’est finalement le dossier ukrainien qui a fait céder les digues chez les démocrates les plus réticents, Nancy Pelosi en tête. De plus en plus se sont ralliés à l’idée de lancer l’enquête solennelle.

Chez les candidats à la primaire démocrate, les plus progressistes, Elizabeth Warren en tête mais aussi Bernie Sanders ou Kamala Harris, tous sénateurs, appellent depuis déjà plusieurs mois à lancer une procédure de destitution.

 

Ce que l’on sait de l’affaire ukrainienne

Les parlementaires démocrates ont initié mardi une procédure de destitution de Donald Trump, qu’ils soupçonnent d’avoir abusé de ses pouvoirs pour nuire à son potentiel rival dans la présidentielle de 2020, Joe Biden.

Voici les principaux éléments de cette affaire nébuleuse qui implique un mystérieux lanceur d’alerte, le président ukrainien et des millions de dollars d’aide:

Un signalement

Le 9 septembre, l’inspecteur général des services de renseignement a informé le Congrès qu’il avait été saisi un mois plus tôt d’un problème «urgent» par un lanceur d’alerte «crédible», lui-même membre de la communauté du renseignement.

Mais l’administration de Donald Trump a refusé de transmettre aux parlementaires le contenu de ce signalement.

Les médias américains ont alors enquêté sur cet énigmatique lanceur d’alerte. Selon eux, il s’était inquiété, entre autres, du contenu d’une conversation téléphonique entre Donald Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, survenue le 25 juillet.

Acculé par de nombreuses fuites, le président américain a reconnu dimanche avoir évoqué lors de cet entretien le favori de la primaire démocrate pour la présidentielle de 2020, Joe Biden, et son fils Hunter.

Mais il a assuré que l’échange était «irréprochable» et s’est engagé à rendre son contenu intégralement public.

Une aide militaire gelée

Quelques jours avant cet échange, Donald Trump avait ordonné le gel de près de 400 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine finalement débloqués, sans plus d’explications, le 12 septembre.

Jugeant «la séquence» troublante, l’opposition démocrate le soupçonne d’avoir utilisé ces fonds pour pousser M. Zelensky à lancer une enquête pour corruption sur Joe Biden et son fils Hunter, qui a fait des affaires en Ukraine.

«Je n’ai mis aucune pression sur» l’Ukraine, a rétorqué Donald Trump, qui assure avoir bloqué cette aide pour inciter d’autres pays occidentaux à contribuer au budget militaire de l’Ukraine.

Destitution

Depuis des mois, les élus du Congrès les plus à gauche souhaitent ouvrir une procédure de destitution contre Donald Trump, notamment en raison des pressions exercées sur l’enquête sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle de 2016.

Les nouvelles accusations ont rallié de nombreux modérés à leur cause.

Longtemps réticente, la cheffe de la majorité démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi a pris acte de ce basculement et a annoncé mardi l’ouverture formelle d’une enquête en vue de destituer le président.

Compte-tenu de la majorité républicaine au sénat, celle-ci a peu de chances d’aboutir et ses répercussions politiques sont incertaines. Donald Trump a assuré mardi que la démarche allait servir sa campagne de réélection.

La contre-offensive

Désireux de retourner la situation, Donald Trump martèle que Joe Biden et son fils sont «corrompus», que leur conduite en Ukraine est «scandaleuse».

Le président accuse son rival d’avoir demandé le limogeage d’un procureur ukrainien, afin de protéger les affaires de son fils.

Avocat et investisseur, Hunter Biden a bien siégé de 2014 à 2019 au conseil de surveillance du producteur de gaz ukrainien Burisma. Cette entreprise a, un temps, été la cible d’une enquête pour corruption mais Hunter Biden n’a jamais été publiquement mis en cause.

Quant à son père, en tant que vice-président américain, il a effectivement plaidé en 2015 pour le limogeage du procureur général Viktor Chokine, et utilisé des menaces financières pour le faire tomber.

Mais ses appels s’inscrivaient dans le cadre d’efforts coordonnés avec l’Union européenne et le FMI, notamment, pour écarter ce procureur, accusé de couvrir la corruption dans son pays et de saboter les réformes du gouvernement mis en place après un soulèvement populaire en 2014.

Joe Biden assure ne jamais avoir été informé des affaires financières de son fils à l’étranger. Pour lui, Donald Trump a «abusé de son pouvoir» parce qu’»il se sent menacé».

 

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