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Patriotisme, fascination pour Internet, paranoïa: Edward Snowden se confie dans «Mémoires Vives»

Patriotisme, fascination pour Internet, paranoïa: Edward Snowden se confie dans «Mémoires Vives»

AFP

Dans son autobiographie, le lanceur d’alerte américain Edward Snowden raconte comment sa vie a basculé entre une jeunesse dédiée à la Nintendo et une courte carrière dans les services de renseignement américains.

Six ans après avoir commencé à rendre publique des informations classées top secret, Edward Snowden sort ses «Mémoires Vives» ce mardi. Le plus célèbre des lanceurs d’alerte y raconte ce qui l’a poussé à sacrifier sa vie personnelle pour révéler le système de surveillance de masse instauré par les services de renseignements américains.

L’ouvrage, auquel France Inter et The New Yorker ont eu accès en avant-première, est divisé en trois parties: la jeunesse de Snowden, sa courte carrière dans le monde du renseignement et sa vie de lanceur d’alerte et de fugitif international.

Malgré ses révélations fracassantes sur les États-Unis, Snowden tient d’emblée à affirmer son amour de la patrie. «J’adore mon pays […]. Toute la lignée dont je suis issu depuis des siècles, est composée d’hommes et de femmes qui ont consacré leur vie aux États-Unis», écrit-il dans sa préface.

À 7 ans, il trafiquait déjà les horloges de la maison

Enfant, Edward Snowden était déjà passionné par le piratage. Dès ses 7 ans, il trafiquait les horloges de sa maison pour retarder l’heure du coucher. Tombé amoureux du jeu «La Légende de Zelda», cet enfant solitaire se passionne pour la Nintendo, qui a constitué sa «véritable éducation».

Et à l’adolescence, le jeune Snowden découvre les ordinateurs et Internet, qui deviennent son refuge. «Le Web est devenu mon gymnase, ma cabane dans les arbres, ma salle de classe sans murs. On était libre d’imaginer quelque chose d’inédit, de tout recommencer à zéro.»

Quand on est ingénieur système, on n’a pas de pouvoir de décision mais en un clic on peut tout savoir de la vie de son employeur

Une fois projeté dans le monde adulte, ce jeune surdoué de l’informatique se retrouve rapidement avec les clés des secrets les mieux gardés des États-Unis. «Quand on est ingénieur système, on n’a pas de pouvoir de décision mais en un clic, on peut tout savoir de la vie de son employeur.»

Au fil des années et de ses différents jobs pour la CIA et la NSA, il se rend compte que les services de renseignements de son pays surveillent absolument tout et ce, à l’insu des citoyens. «Vous ouvrez votre navigateur, tapez une URL, et appuyez sur la touche ‘Enter’. Mais au cours de son voyage vers son serveur de destination, cette requête devra passer à travers TURBULENCE, l’une des armes les plus puissantes de la NSA.»

Des cartes SD cachées dans ses joues

Scandalisé par cette cybersurveillance massive, il décide alors de faire part de ses découvertes à des journalistes d’investigation, notamment du Guardian et du Washington Post, à qui il donne rendez-vous à Hongkong. «Je suis quelqu’un ordinaire. Si ce n’avait pas été moi, ça aurait été quelqu’un d’autre.»

Mails cryptés, cartes SD cachées dans ses chaussettes et dans ses joues pour les avaler au cas où: les méthodes de Snowden sont dignes de films d’espionnage et la paranoïa finit par le submerger. «Je voyais des ombres partout, j’entendais des pas venir des moindres recoins. À chaque fois que je partais, j’étais pétrifié.»

Je n’en revenais pas: mon propre gouvernement m’avait coincé en Russie

En 2013, le scandale éclate et il devient persona non grata sur le sol chinois. Alors qu’il tente de se rendre en Équateur via Moscou, il apprend que les autorités américaines ont révoqué son passeport. «Je n’en revenais pas: mon propre gouvernement m’avait coincé en Russie.»

Snowden est prêt à rentrer aux USA si son procès est «juste»

Figure controversée, Edward Snowden est considéré comme un lanceur d’alerte patriote par les uns et un traître à sa nation pour les autres. Poussé à l’exil depuis 6 ans, il a demandé l’asile à l’Allemagne et à la France sans succès. «J’aimerais rentrer aux États-Unis mais je ne vais pas passer le reste de ma vie en prison. Donc j’ai une revendication de base sur laquelle il faut qu’on se mette tous d’accord: c’est que je puisse avoir un procès juste», a-t-il confié dans une interview à CBS, la veille de la sortie de ses mémoires.

Écrit entièrement par Edward Snowden lui-même, l’ouvrage est publié aux États-Unis par Metropolitan Books (Macmillan) sous le titre «Permanent record». La version française intitulée «Mémoires vives» paraît aux éditions du Seuil ce mardi.

Et la date du 17 septembre n’est pas anodine puisqu’il s’agit du «Constitution Day», un jour qui célèbre la Constitution de l’État fédéral américain, le 17 septembre 1787.