BELGIQUE

Tshisekedi est arrivé au son des youyous

Tshisekedi est arrivé au son des youyous

Tshisekedi a été accueilli par certains partisans. Belga

Le nouveau président congolais Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est arrivé lundi soir à Bruxelles pour une visite officielle et de travail de cinq jours aux multiples facettes, sur fond de normalisation des relations, souvent en dents de scie, entre la République démocratique du Congo (RDC) et la Belgique, l’ancienne puissance coloniale.

L’avion transportant Tshisekedi, la «première dame» Denise Nyakeru et leur suite s’est posé vers 19h00 à l’aéroport militaire de Melsbroek, où Tshisekedi a été accueilli par le vice-Premier ministre démissionnaire et ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders, alors que des membres de la diaspora ont bruyamment salué cette arrivée, notamment avec des youyou féminins.

Des sympathisants du président issus de la diaspora, dont des responsables de son parti l’Union pour la Démocratie et le Progrès social, avaient pris possession de la cafétaria de l’aéroport et de la terrasse qui surplombe le tarmac.

À l’extérieur, quelques dizaines d’autres sympathisants se sont vus refuser l’accès au site, bloqués le long de la chaussée de Haecht.

Il s’agit de la première visite officielle en Belgique – et même en Europe – du président congolais depuis son entrée en fonction le 24 janvier. Il a toutefois beaucoup voyagé entre-temps, notamment pour se concilier les bonnes grâces des pays africains et pour promouvoir les investissements en RDC dans l’espoir d’une pacification du pays, encore en proie à des troubles.

Fils de

Tshisekedi, un ancien opposant et fils d’opposant – son père, Étienne, est décédé à Bruxelles le 1er février 2017 à l’âge de 84 ans et lui-même a longtemps vécu en Belgique – a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle contestée du 30 décembre 2018. Il a succédé le 24 janvier dernier au président Joseph Kabila Kabange, qui était au pouvoir depuis dix-huit ans mais qui a conservé un large contrôle sur la politique congolaise à l’issue d’autres scrutins (législatif, provinciaux et sénatoriaux).

La Belgique a fait le choix, au nom de la realpolitik – alias «neutralité bienveillante» – et comme la plupart des acteurs internationaux, de «tourner la page des élections» en RDC et de «regarder comment soutenir le changement», après la première alternance du pouvoir pacifique intervenue dans l’ex-Congo belge depuis l’indépendance, le 30 juin 1960.

La partie officielle de la visite se déroulera mardi, avec d’abord une rencontre au Palais d’Egmont avec les principaux membres du gouvernement fédéral, dont MM. Michel et Reynders, ainsi que le vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement Alexander De Croo.

Cette «réunion gouvernementale» se conclura par la signature de quatre Memorandum d’entente (MoU) et lettres d’intention. Ces documents portent notamment sur la réouverture des consulats belge à Lubumbashi (sud-est de la RDC) et congolais à Anvers, fermés par Kinshasa au plus fort d’une crise diplomatique causée par les critiques belges sur le report, à plusieurs reprises, des élections qui se sont finalement tenues fin de l’an dernier.

D’autres concernent la définition d’un programme «transitoire» de coopération au développement – après la suspension des activités de l’agence belge Enabel en RDC -, l’établissement d’un «dialogue politique à haut niveau» entre Bruxelles et Kinshasa et une possible reprise de la coopération militaire entre les deux pays, interrompue abruptement par le régime Kabila en avril 2017.

Anvers, Gembloux, Heysel

Le roi Philippe recevra ensuite Tshisekedi en audience au Palais royal, avant une photo officielle avec les épouses, la reine Mathilde et la «première dame» Denise Nyakeru.

Dans l’après-midi, le président congolais est attendu au siège bruxellois de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) – avec en filigrane la signature d’accords avec le secteur privé – avant un dîner offert par la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture Belgique-Luxembourg-Afrique-Caraïbes-Pacifique (CBL-ACP) en soirée au Cercle gaulois, face au parlement.

La journée de mercredi, dans le cadre d’une visite devenue «de travail», mènera Tshisekedi à Anvers. La soirée sera consacrée à une rencontre avec la diaspora congolaise vivant en Belgique et en Europe, dans le palais 12 du Heysel à Brussels Expo.

Jeudi, Tshisekedi se rendra à Gembloux pour visiter le centre de recherche TERRA de la Faculté de Gembloux Agro-Bio Tech dépendant de l’Université de Liège et dédié à l’agriculture de demain.

Tshisekedi dit, dans une interview publiée par le journal Le Soir, attendre de cette visite une reprise de la coopération militaire belgo-congolaise et la promesse d’aides pour «renforcer» les systèmes de santé et d’éducation en RDC.

La dernière visite d’un président congolais en Belgique remonte à septembre 2007 quand M. Kabila avait effectué un bref séjour à Bruxelles avant de se rendre à New York pour participer à l’Assemblée générale de l’ONU.

 

Des centaines de personnes réunies pour l’accueillir

Des centaines de sympathisants du président congolais Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo venus de plusieurs pays européens ont exprimé lundi soir leur joie lors de son arrivée à l’aéroport militaire de Melsbroek pour sa première visite en Belgique depuis son entrée en fonction, bloquant même momentanément la chaussée de Haecht.

Ces membres de la diaspora affichaient tous leur soutien au nouveau chef de l’État congolais, qui a succédé le 24 janvier à son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange – au pouvoir depuis 2001 – au terme de l’élection présidentielle contestée du 30 décembre 2018.

Seuls quelques dizaines de sympatisants du président, dont des responsables de son parti l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), et des proches de Tshisekedi avaient eu accès à l’aéroport. Certains ont pris possession de la cafétaria de l’aéroport et de la terrasse qui surplombe le tarmac pour assister à l’arrivée de Tshisekedi.

A l’extérieur, des centaines d’autres sympathisants se sont vu refuser l’accès au site par les militaires et la police, restant bloqués de l’autre côté des grilles du terminal militaire, le long de la chaussée de Haecht.

Ils ont un moment occupé cette chaussée à quatre voies, provoquant des embouteillages dans les deux sens en brandissant des banderoles pro-Tshisekedi sous l’oeil étonné des policiers.

Des journalistes de l’agence Belga qui ont réussi à sortir du site ont constaté que des dizaines de voitures – immatriculées en Belgique mais aussi en France, en Allemagne, en Suisse et au Royaume-Uni – s’étaient garées le long de la chaussée. Certains sympathisants portaient qui des drapaux congolais, qui des T-shirts ou des boubous à l’effigie de l’ancien opposant devenu président.