TOURNAI

Le Tournai d’avant: la foire? une vraie source de richesses

Entre quête d’adrénaline et délices des «boul’s à l’graisse», c’est la foire d’aujourd’hui, loin, dans le fond et la forme, de ce qu’elle était au Moyen Âge, un caravansérail commercial dont Tournai bénéficia…

Besoins quotidiens? Un marché se tient sur le forum devant Saint-Quentin, depuis au moins 998 chaque samedi.

En 1013, les commerçants tournaisiens recourent au compagnonnage pour aller, aux foires de Gand et Thorout, vendre toiles et autres produits manufacturés.

Les routes sont peu sûres, les marchands se fédèrent via les «Hommes de Sainte-Marie» inféodés à l’église, exonérés de divers droits et taxes – et mieux encore avec la «Charité Saint-Christophe», présente dès le XIIe dans le redressement commercial. En bandes armées, ils vont là où ils espèrent faire fortune.

Tournai fait, en ce Moyen Âge, partie de la Hanse de Londres qui privilégie les échanges avec l’Angleterre, au XIIIe, elle est affiliée à la «Hanse des XVII villes» et envoie ses convois de textiles par la route, de pierre et de chaux par eau vers le centre névralgique du commerce de ce temps, la Champagne. Lagny, Bar-sur-Aube, Provins, Troyes, leurs foires durent 48 jours, toute l’Europe s’y rencontre en quête de produits méconnus,

Tournai déploie elle aussi ses atouts pour sa «franche fieste». Elle s’ouvre à tous, en ces XIIe et XIIIe, aux commerçants certes, aussi aux bannis «sans arme», aux débiteurs récalcitrants et petits malfaiteurs.

Deux foires existent; en mai, dite la «ducasse» référence à la dédicace de la cathédrale le 9 mai 1171, se tient à la Pentecôte, dix jours avant, autant après. L’autre en septembre, s’identifie avec la grande procession du 14; celle-ci, officialisée en 1284 par Philippe Le Hardi est de loin antérieure.

Les monnaies sont multiples, changeurs et peseurs, Lombards, s’installent à la Halle aux draps qui en devient le Bourse. La ville tire un maximum de profits des foires. Sa population est doublée, la multitude de marchands riches et pourvus de serviteurs, la foule avide de nouveautés achète, consomme, tout bénéfice pour la cité qui engrange taxes, tonlieux et autres impôts. C’est alors que la ville se dote de monuments, églises et autres lieux prestigieux construits en ces «siècles d’or de Tournai».

Mas avec le temps, la société se transforme. La «Charité Saint-Christophe» qui s’était approprié les rênes de la ville se heurte aux Consaux, ces consistoires d’une commune de plus en plus présent et forte qui s’est affiliée à la «Cie française des marchands de Paris» en 1477 pour s’ouvrir d’autres marchés, notamment italiens.

La «Charité» s’éteint doucement en cette fin XIIIe mais en 1412, la foire de mai attire encore 20 villes flamandes, 5 Brabançonnes, 3 artésiennes auprès de groupements hanséatiques.

Tournai se tourne vers l’art et notamment la tapisserie historiée, les foires peu à peu se muent en lieux de plaisirs où, nous disent les chroniques, «il y a plus de dissipation que de dévotion»…