SAINT-GILLES

Le chauffeur de tram klaxonne le cycliste qui roule devant lui: «Avec une voiture, jamais il ne klaxonne!»

Le chauffeur de tram klaxonne le cycliste qui roule devant lui: «Avec une voiture, jamais il ne klaxonne!»

Le cycliste circule entre les rails du tram. «Il n’a nulle part ailleurs où aller», remarquent certains internautes sur Twitter. Image Twitter

D’énormes coups de klaxons exaspérés d’un chauffeur de tram envers un cycliste roulant devant lui ont enflammé Twitter. La vidéo a été filmée chaussée de Charleroi à Saint-Gilles. Le Gracq, la STIB et la Ministre Elke Van den Brandt s’en sont mêlés.

C’est une vidéo effrayante pour qui a déjà eu la chance (ou le malheur) de remonter la chaussée de Charleroi à vélo. On y voit un tram suivre de près un cycliste. Ou plutôt on l’entend: le tram klaxonne à toute blinde, corne de brume dans le trafic saint-gillois.

Sans se démonter, le cycliste garde sa ligne. Ce qui lui est d’ailleurs autorisé par les sigles peints sur le bitume. Et ce n’est qu’en arrivant à l’arrêt Janson, où une encoche dans le trottoir permet au tram de stationner au feu côte à côte avec le reste du trafic, que le pédaleur se «range». Soit à peine à... 15m plus loin.

À la publication des images, une polémique s’est immédiatement enclenchée sur Twitter. Certains conseillent aux cyclistes «inconscients» de ne plus passer chaussée de Charleroi au nom du «bon sens», d’autres accusent le conducteur de tram de «manque de civisme». Enfin, il y a ceux qui mettent en cause l’aménagement urbain, rendant impossible pour un vélo de longer la file de voitures parquées au risque de voir une portière s’ouvrir devant lui (l’accident le plus fréquent impliquant les cyclistes). La solution pour ceux-là: supprimer une bande de stationnement pour y créer une piste cyclable séparée du trafic.

Ce point de vue rappelle celui d’Écolo avant les élections régionales de mai 2019. Lors d’une action, les verts ont pris la chaussée de Charleroi comme témoin de « la suroccupation de l’espace public par la voiture ». Ils réclamaient alors la mise en place sur la Région du principe STOP déjà largement répandu en Flandre pour l’aménagement des voiries: soit une hiérarchisation de la priorité démarrant aux piétons vers le vélo puis le transport en commun pour finir aux véhicules motorisés individuels.

Pour revenir à la polémique survenue ce 10 septembre, la STIB s’est défendue en rappelant la «priorité» du tram.

Un argument qui passe très mal auprès du Gracq de Saint-Gilles.

Ce à quoi un internaute légaliste a apporté son soutien, rappelant que la jurisprudence n’accordait pas la priorité absolue au tram.

Il semble enfin que l’affaire n’en restera pas là, la nouvelle Ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt promettant d’en référer à la STIB et à la Commune (de Saint-Gilles et pas d’Ixelles, comme tweeté erronément).

Au final, hors les insultes et imprécations, les plus modérés des observateurs ont souligné deux éléments. D’abord, le conducteur de tram était sans doute à bout de patience, lui qui suivait peut-être le même cycliste depuis le rond-point Louise ou qui avait vécu ce type de situation à d’autres reprises, au même endroit ou ailleurs. D’où découle forcément la seconde observation: s’il y a nervosité, c’est que le tram n’a pu doubler le cycliste en amont. C’est donc que l’aménagement urbain conçu à force de compromis, en dépit de tout bon sens, en favorisant surtout la voiture, ne le permet pas.