ENSEIGNEMENT

Accord en Wallonie: victoires et déceptions pour les universités, qui restent vigilantes

Accord en Wallonie: victoires et déceptions pour les universités, qui restent vigilantes

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Les universités semblaient plutôt mitigées quant au contenu de l’accord de gouvernement pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont l’enseignement représente la plus grande compétence.

Si elles saluent quelques avancées, elles pointent aussi des déceptions et attendent surtout de voir comment les intentions de la coalition PS-MR-Écolo seront réalisées.

Si du côté de l’Université libre de Bruxelles, on estime qu’il est encore «trop tôt pour se prononcer» sur les résolutions affichées du futur gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à Liège, on reconnaît déjà quelques avancées.

«La déclaration comprend des choses très intéressantes, certains messages ont été entendus», se réjouit Pierre Wolper, recteur de l’Université de Liège. «La mise en œuvre sera cruciale», prévient-il.

S’il se réjouit de l’annonce d’un refinancement de l’enseignement supérieur, il s’interroge toutefois sur les modalités. «Le refinancement sera-t-il annuel ou étalé sur plusieurs années?», se demande-t-il. Vincent Blondel, recteur de l’Université catholique de Louvain (UCLouvain), regrette, lui, «le faible niveau annoncé» du refinancement, un montant de 50 millions d’euros ayant été évoqué. «Le Conseil des recteurs était demandeur d’un refinancement de 300 millions d’euros, à répartir sur deux législatures, pour revenir au niveau de financement par étudiant de 2009», rappelle-t-il.

Le recteur de l’UCLouvain applaudit cependant l’évaluation annoncée du décret paysage, qui a redessiné l’enseignement supérieur en 2013. «Il faut le faire évoluer de manière significative», plaide-t-il, alors qu’il estime que «les contraintes du décret font peser une lourde charge sur le personnel» et restreignent l’autonomie des universités.

Autre élément de satisfaction: le report d’un an de la formation des enseignants. «Cette décision est bienvenue car c’était très difficile» à mettre en place, souligne Pierre Wolper, qui attend toutefois de voir comment elle va se concrétiser. «Le report est une sage décision», renchérit Vincent Blondel, qui souligne que des équipes ont travaillé «d’arrache-pied» pendant les vacances pour tenter de mettre en place cette réforme dans les temps.

Le recteur de l’ULiège salue également la volonté affichée d’alléger les contraintes administratives qui pèsent sur les universités, mais celui de l’UCLouvain a «le sentiment que beaucoup de mesures vont au contraire amener des contraintes et obligations supplémentaires». Il attend du gouvernement qu’il accorde plus de confiance et d’autonomie aux institutions académiques.

Pierre Wolper considère par ailleurs que l’instauration d’évaluations non contraignantes pour les étudiants qui entament leur parcours peut être bénéfique, même si leur effet reste à évaluer. «Si l’objectif est d’informer l’étudiant sur ses capacités, ses forces et ses faiblesses, c’est un bon message. C’est important de se connaître, d’être conscient de ce qu’on l’a acquis et de ce qu’il reste à acquérir», estime-t-il, alors que la Fédération des étudiants francophones (Fef) dénonce de telles évaluations, destinées à réduire le taux d’échec des étudiants, particulièrement élevé. Selon une étude de l’OCDE, moins de 30% des étudiants en Fédération Wallonie-Bruxelles terminent leur bachelier dans le temps imparti (trois ans). L’OCDE pointe toutefois que cet indicateur n’est pas nécessairement négatif, pouvant démontrer la flexibilité de l’enseignement supérieur, qui permet à l’étudiant de changer de voie.

La déclaration de politique communautaire évoque également la question du genre, pour «accroître la présence de femmes dans la fonction de professeure et aux postes à responsabilités». Le gouvernement entend introduire l’obligation d’une participation équilibrée, avec au minimum un tiers du même genre, dans les organes de gestion des établissements d’enseignement supérieur. Une disposition qui laisse sceptique M. Wolper.

«L’essentiel est l’égalité des possibilités, qu’il n’existe pas de freins, quels qu’ils soient», souligne-t-il. Il craint qu’il ne s’agisse d’une mauvaise solution pour résoudre un réel problème. «On risque d’avoir des femmes surchargées car elles devront être de toutes les commissions, ce qui ne leur sera pas forcément bénéfique.»

Enfin, pour Vincent Blondel, un enjeu majeur de l’enseignement n’a pas obtenu la place attendue: le sort des étudiants en médecine. «La déclaration devrait s’emparer de ce sujet qui est une source de tensions vives entre la Communauté et le fédéral. Or, elle reste très modérée», déplore-t-il. «Il est inadmissible que ces tensions se reflètent directement sur les étudiants et je demande que cela fasse l’objet d’un examen très rapide entre la Communauté et le fédéral», plaide M. Blondel.

Seul un paragraphe de la déclaration est consacré à ce sujet, le gouvernement affirmant son soutien aux étudiants en médecine et en dentisterie «en plaidant auprès du gouvernement fédéral pour qu’ils disposent d’un numéro Inami». La coalition annonce également qu’elle va revoir les sous-quotas en médecine «afin de lutter contre la pénurie».