TOURNAI

Le Tournai d’avant: une balle ou un obus?

La libération de Tournai s’est faite au cœur d’une fameuse pagaille, entre armées britannique et américaine qui s’y rencontrent à quelques heures d’intervalle et aussi, des tas de fuyards des vaincus; ceux-ci sont plus qu’une seule obsession, légitime humainement, rentrer au pays.

L’épisode ici raconté aurait pu faire sourire s’il ne s’était achevé en tragédie mortelle.

Nous voici le dimanche 3 septembre. Dans la ville en fête, un bruit puissant de chenilles met en alerte les heureux Tournaisiens. En effet, quittant au Bavaro Saint-Martin leur colonne en repli qui se dirige vers le boulevard Albert, un half-track allemand dévale à toute allure la rue Saint-Martin, contourne la cathédrale, enfile rues de Courtrai et de la Madeleine et là, voyant les Anglais au rond-point, se dirige vers l’Escaut par la rue Péterinck.

Le semi-chenillé remonte le fleuve, cherchant une issue. Il va la trouver, hélas pour ses occupants. Car un groupe de résistants y a établi un poste de surveillance et l’un d’eux, l’agent de police Dereu qui est armé d’un fusil, n’hésite pas à tirer. Une seule balle et le half-track explose littéralement, dispersant les corps des cinq occupants sur la rive et dans les décombres.

C’est la version qui fait l’objet, ce jour-là et bien d’autres encore, de félicitations, de commentaires; même si certains parlent de «chance» et demeurent sceptiques.

Char en embuscade

Le journal de bord du régiment «Inns Of Court» éclaire ce fait d’armes d’une manière plus crédible. Le lieutenant Howdle y écrit: «Je suis entré à Tournai, le premier britannique, vers 19 h et stationné d’abord place Lille avant de stopper mes deux Daimler en bas du pont – le Delwart provisoire – que j’avais ordre de ne pas traverser. C’est alors que deux tanks du 23e Hussards qui prirent position sur le tablier même. J’ai alors entendu le bruit de chenilles, fait pivoter mon Bren vers ce danger potentiel mais cela se passait sur la rive. Justement, le tank de gauche avait son canon pointé vers l’aval, le tireur prend son temps avant d’envoyer son obus qui percute un semi-chenillé allemand qui est désintégré».

Les résistants auraient certainement été mis en grand danger si une balle, un obus n’avaient changé le cours du destin.