TOURNAI

Le Tournai d’avant: le 1er septembre 1944, des G.I.s en Belgique

La libération, c’est ce bonheur partagé en fleurs, chansons et embrassades avec les libérateurs, la certitude d’un devenir serein, l’espoir de voir revenir des geôles allemandes, les prisonniers et déportés. Revivre.

À côté du déferlement allié se situent des épisodes méconnus; telle l’arrivée des premiers Américains sur le sol belge.

Perdus au bois de Flines

La 79e division US, basée à Noailles entreprend le 30 août une chevauchée de 290 km parcourus en 72 heures dans un pays encore occupé, jusqu’à Saint-Amand. 15 000 hommes dont le 313e régiment commandé par le colonel Sterling Wood et qui se protège par des Combats-Teams, petits groupes rapides qui explorent le pays et rendent compte des forces ennemies éventuellement rencontrées. L’un d’eux s’égare en Belgique.

On le sait, les Alliés sont proches. Plus que pensé comme le situe le témoignage du jeune Gilbert Deneubourg: «Le 1er septembre, je suis chez Lucien et Rachel Warlop-Hespel, à la ferme de la Loge d’où nous avons assisté à une intense activité dans le ciel. On dort mal et, vers 23 h 30, nous sommes tous réveillés par un bruit de gros moteurs; prudemment, on regarde, ce sont des engins militaires.

Le lendemain 2, à cinq heures, surprise: ce sont des Américains qui ont stationné véhicules à roues et chenilles à l’étoile blanche et croix de Lorraine à l’orée du bois. Des monstres stupéfiants que ces deux tanks Sherman, montés par des militaires gentils et avec qui, grâce à Jo, d’origine canadienne, expliquent que le principe de l’armée US est de foncer le plus vite possible, de bousculer l’ennemi quitte à laisser des poches de résistance derrière, ce que nous avons fait si rapidement que nous sommes à court de carburant

La journée se passe en bavardages, en photos, en regardant ces G.I.'s bivouaquer en leur apportant quelques douceurs car, poursuit Jo «c’est la première fois depuis trois mois que je me lave correctement, je n’ai que cet uniforme et une paire de chaussettes, quelques rations».

En fait, sur l’itinéraire vers Lille, la patrouille a pris un chemin de traverse et atterri en Belgique.

Dans la soirée du 2, environ 80 Allemands passent tout près, coupant le champ de Lucie Warlop, longeant la propriété du docteur Poco pour s’enfoncer dans les bois. Nous les retrouverons.

Après cinq ou six jours, ravitaillés, les G.I.'s repartent avec la 79e vers Valenciennes.

Retrouver la Patrie

Le recul des forces allemandes s’illustre de diverses manières. Ces soldats, seuls ou en groupes plus ou moins disciplinés, tentent de regagner leur pays. En armes et matériels puis, au fur et à mesure du temps, à pied, en carrioles, en vélos.

Ceux rencontrés au bois de Flines sont à pied, empruntent les voies détournées, rurales, se rassemblent enfin au bois d’Ere. Prévenus, le bataillon des Tank Destroyer du Lt-Col Stanley Dettner ainsi que des résistants devront livrer le 3 septembre un combat très dur: 7 Allemands tués.

La libération est là. î