POLITIQUE

Commissaire européen: Michel ne voulait pas que la Belgique provoque une crise mais la justification ne passe pas…

Commissaire européen: Michel ne voulait pas que la Belgique provoque une crise mais la justification ne passe pas…

Devant les députés, Michel a rappelé le temps qui était imparti au gouvernement pour désigner un candidat. Photo News

Charles Michel a défendu en commission la procédure suivie par son gouvernement pour choisir Didier Reynders comme candidat belge à la Commission européenne. «Vous avez court-circuité le parlement», a lâché François De Smet (DéFI) au Premier ministre.

Le Premier ministre démissionnaire Charles Michel a défendu vendredi devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre la procédure suivie par son gouvernement pour choisir Didier Reynders comme candidat belge à la Commission européenne. Attendre encore et organiser un débat parlementaire risquait, à ses yeux, de provoquer une crise des institutions européennes en menaçant le processus de constitution de toute l’équipe d’Ursula von der Leyen.

Devant les députés, M. Michel a rappelé le temps qui était imparti au gouvernement pour désigner un candidat. C’est le 19 juillet que la future présidente de la Commission européenne a adressé une lettre aux États membres pour leur demander de soumettre un candidat. L’échéance de la réponse était fixée au lundi 26 août et, le 24, quand le gouvernement a choisi M. Reynders, il ne manquait plus que la Belgique, l’Italie et la France.

Le Premier ministre a assuré qu’il avait suivi la procédure habituelle, en usage depuis 30 ans, et la jurisprudence du Conseil d’État sur les affaires courantes. «C’est une question de crédibilité que de répondre dans le temps imparti aux demandes européennes», a renchéri, pour le MR, Michel De Maegd.

Vous avez court-circuité le parlement

Plusieurs partis ont regretté qu’aucun débat n’ait eu lieu à la Chambre, que ce soit sur le nom du candidat ou les priorités de la Belgique pour la Commission européenne. À entendre M. Michel, les seules «consultations» qui ont eu lieu, alors que le gouvernement est en affaires courantes et ne dispose plus de majorité, ont été informelles et ont concerné les présidents des partis démocratiques qui constituent un groupe parlementaire. Une version des faits contestée par les Verts francophones et néerlandophones qui disent ne pas avoir été contactés. Le PTB n’a pas non plus été consulté.

«Je suis un peu estomaqué d’entendre dire qu’il n’y a pas de problème parce que vous avez passé quelques coups de fil», a souligné François De Smet (DéFI) qui reproche au gouvernement d’avoir «provoqué» l’urgence en n’organisant aucun débat avant le 26 août. «Il est difficile d’invoquer l’urgence quand on a soi-même créé les conditions de l’urgence. Si on vous suit, n’importe quel dossier devient urgent. Vous avez court-circuité le parlement: la Chambre aurait dû être convoquée pour demander un vote de confiance», a-t-il dit.

Aux yeux du Premier ministre, un débat parlementaire n’aurait pas permis de déboucher sur un consensus autour d’un nom et aurait dès lors paralysé le processus. «On sait bien, s’il y avait eu un débat, comment cela aurait tourné», a fait remarquer le chef du gouvernement.

Pas d’autres alternatives

Or, si la Belgique ne communiquait pas le nom d’un candidat, la désignation de l’ensemble de la Commission européenne risquait d’en être affectée, avec de lourdes conséquences. «Je ne voulais pas que la Belgique soit la cause d’une crise des institutions européennes», a ajouté M. Michel.

«Il fallait répondre à temps», a également jugé Georges Dallemagne (cdH) selon qui «il n’y avait pas d’autres alternatives» vu la situation politique actuelle.

Le PTB s’est montré le plus sévère à l’égard du choix de M. Reynders comme candidat à la Commission. «La population a voté contre votre politique d’austérité et qu’apportez-vous comme réponse? Circulez, y a rien à voir. On va continuer comme avant et on envoie M. Reynders, incarnation de cette politique libérale», a dénoncé Nabil Boukili.

Écolo et le PS auraient voulu un débat sur la politique que la Belgique veut mener au niveau européen. «En quoi estimez-vous que la candidature de Didier Reynders est la meilleure pour répondre aux différents enjeux qui attendent l’Europe», a demandé Georges Gilkinet (Écolo). «C’est clair que ce n’est pas le candidat que nous soutenons. Nous estimons qu’un débat de fond sur la politique européenne est plus qu’important. Que va faire, par exemple, Didier Reynders pour mettre en place un vrai pilier social européen?», a dit pour sa part Hugues Bayet (PS).

Le PTB a proposé en début de séance qu’un vote ait lieu sur le choix de M. Reynders mais aucun autre parti ne l’a suivi.