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Crise politique en Italie: Matteo Salvini n’a pas dit son dernier mot et appelle à manifester à Rome le 19 octobre

Crise politique en Italie: Matteo Salvini n’a pas dit son dernier mot et appelle à manifester à Rome le 19 octobre

Matteo Salvini Photo News

La fin de l’expérience inédite pour l’Italie d’un gouvernement incluant des souverainistes constitue un revers cinglant pour le chef de la Ligue Matteo Salvini, qui pourrait cependant transformer son retour à l’opposition en bain de jouvence.

Le ministre de l’Intérieur sortant a eu beau railler un «gouvernement riquiqui», bâti sur l’appétit pour les fauteuils ministériels, il a perdu son pari de provoquer un scrutin anticipé dès l’automne. «Il a commis une erreur politique plutôt que de timing», analyse pour l’AFP Lorenzo Castellani, professeur de sciences politiques à l’université Luiss de Rome.

Matteo Salvini pensait jouer sur la surprise en dynamitant le 8 août, en plein été, l’alliance formée avec le Mouvement 5 Étoiles (M5S), mais il a sous-estimé la capacité de réaction du système italien basé sur le parlementarisme, et des partenaires européens de l’Italie.

Il n’a pas vu que s’était mise en place «via des contacts entre les capitales européennes et le président» Sergio Mattarella «une ‘conventio ad excludendum’, un accord pour l’empêcher de faire le plein des voix et gouverner le pays pendant cinq ans», selon M. Castellani.

Un pari raté… à cause d’une victoire

Le jour de son éclatante rupture, la Ligue de Matteo Salvini était créditée de 38% des intentions de vote, quatre points de plus que son record aux Européennes de mai. Il était tombé à 31%/33% ces derniers jours.

L’un de ses bras droits, Gian Carlo Giorgetti, interviewé jeudi par le quotidien Corriere della Sera, estime aussi que «l’erreur fondamentale de Salvini a été de remporter les Européennes. Il est devenu l’ennemi numéro un en Italie et pas seulement».

De l’extrême-droite?

L’expert Castellani a réfuté le qualificatif d’extrême droite pour la Ligue et Matteo Salvini, malgré ses diatribes contre les «clandestins» ou «les Roms». «Il est dans la continuité de tous les gouvernements de droite y compris le tout premier de Silvio Berlusconi en 1994 dont faisait partie l’Alliance nationale post-fasciste qui était bien plus à l’extrême droite que Salvini aujourd’hui», souligne-t-il.

Pour le politologue, La Ligue est «un parti de droite avec des pointes de nationalisme, pro-business et dur sur l’immigration comme tout le monde en Europe, y compris en Espagne» en tant que pays bordant la Méditerranée. «Il n’est pas xénophobe, si on l’écrème de la communication sans scrupules de Salvini sur les réseaux sociaux, mais eurosceptique», a-t-il estimé.

«Vous ne vous libérerez pas de moi»

«Le 19 octobre, je pense à une grande journée de la fierté italienne», a pour sa part déclaré Matteo Salvini, dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux.

Dans la foulée du feu vert officiel donné au Premier ministre sortant, Giuseppe Conte, pour former un nouveau gouvernement né de l’entente entre le Parti démocrate (PD, centre gauche) et le Mouvement cinq étoiles (M5S, anti-système), il a lancé à ses détracteurs: «vous ne vous libérerez pas de moi avec un petit jeu de palais, je ne lâche pas le morceau».

Le ministre de l’Intérieur encore en poste a promis un retour de son parti sur le devant de la scène, «plus déterminé que jamais», fustigeant «un gouvernement qui naît à Bruxelles» et affirmant que «l’Italie ne sera le serf de personne».

«Ils ne dureront pas longtemps, nous nous préparons déjà. Ils ne peuvent pas refuser aux Italiens le droit au vote», a déclaré Matteo Salvini, en parlant d’une «folle envie de reconstruire».

Un avertissement

Matteo Salvini a aussi lancé un avertissement contre ceux qui seraient tentés d’abolir son «décret sécurité», son texte phare destiné à juguler l’immigration clandestine, estimant qu’ils «feront du tort aux Italiens». «Quelqu’un veut-il faire repartir le business de l’immigration clandestine?», s’est-il interrogé.

D’ici à la mi-octobre, Matteo Salvini promet l’organisation de «stands dans toute l’Italie les 21 et 22 septembre, pour réclamer la démocratie, le respect du vote et des règles». Et il espère aussi une large participation à un meeting politique de son parti, le 15 septembre à Bergame, dans sa région de Lombardie