GENAPPE

«Pauvres de nous!»: des gilets jaunes, avant la lettre

«Pauvres de nous!»: des gilets jaunes, avant la lettre

Dans «Pauvres de nous!», Manuel Verlange manie l’humour acide. ÉdA

Après «Vue sur Mère», la jolie plume de Manuel Verlange s’est trempée dans la satire sociale pour donner «Pauvres de nous!»

D’origine française (Nantes), Manuel Verlange a épousé une Belge après avoir bourlingué de par le monde, et décidé de s’installer dans notre riante contrée il y a 20 ans. À Bousval (Genappe), plus précisément.

On se souvient de Vue sur Mère (2017), son premier roman, très réussi, qui explorait la thématique de la maternité et des relations mère-fils.

Dans ce nouvel opus, écrit en deux mois, Manuel Verlange témoigne d’une nouvelle facette de son talent, l’humour, qu’il manie avec intelligence, et au service d’un propos engagé. Rencontre.

Vous aviez annoncé une suite à votre premier roman, qui était plutôt littéraire. Pourtant, c’est avec un tout autre style d’écrit que vous revenez…

J’ai écrit ce texte en juillet et août 2018. Il m’est venu sans que je ne m’aperçoive que cela allait coller à l’actualité quelques mois plus tard. En novembre 2018, les gilets jaunes ont commencé à faire parler d’eux. Et moi aussi, c’est de ça que je parlais… Mon éditeur a immédiatement été séduit par mon texte et il a souhaité publier celui-là avant de poursuivre le cycle «De Brume et de sable».

Ce nouvel ouvrage ne compte «que» 140 pages…

On va dire que j’ai le respect du lecteur… Plus sérieusement, c’est un opus qui se lit en deux heures. Les gens qui m’ont fait des retours et l’ont aimé, l’ont lu d’une traite. Comme je l’ai écrit d’ailleurs.

Vous dites que, par un concours de circonstances, le sujet de «Pauvres de nous!» rejoignait l’actualité quelques mois plus tard, avec l’apparition des gilets jaunes un peu partout en France et en Belgique.

Je ne crois pas au hasard et je ne me considère pas du tout comme un visionnaire, mais c’est un fait que mon propos rejoint totalement cette actualité. Dans notre société, la précarité est devenue la norme, et les riches sont presque «pariatisés». Faire étalage de ses biens n’est pas, aujourd’hui, considéré comme quelque chose de très acceptable. Les choses se sont inversées… C’est la base de mon récit.

Vous considérez cet ouvrage comme une «farce sociale». Vous pouvez expliquer ce terme?

Ce n’est pas du journalisme, ni un récit. C’est une farce car c’est de l’humour qui force un peu le trait. Un peu à la manière de Charlie Chaplin. Je fais là référence aux personnages miséreux de Chaplin et de son petit garçon, dans LeKid. Le film se situe dans un contexte de pauvreté extrême mais Chaplin parvient à nous faire sourire.

C’est votre genre d’humour? Vous avez généralement l’humour grinçant?

Oui, je suis comme ça. Ça plaît beaucoup ou pas du tout. Même chose pour ce que j’ai écrit ici. C’est un livre tranchant et tranché. Mais attention, derrière la rigolade, il y a des expériences vécues… Des choses traversées et qui laissent des traces.

Votre prochain roman est déjà sur les rails?

Il est écrit et sortira en février. Toujours dans le style grinçant et inspiré de l’actualité, il est intitulé La Haine a de beaux jours devant elle. Cela traite de la montée en puissance, – toujours aussi sournoise mais de moins en moins discrète – du populisme.

– «Pauvres de nous» de Manuel Verlange, Encre Rouge Éditions (groupe Hachette), 140 pages, 18€. - Une rencontre littéraire et séance de dédicaces autour de «Pauvres de nous!» est organisée à la librairie CLUB, aux Papeteries de Genval, le samedi 21 septembre à 14 h 30.