FRANCE

IMAGES | La pêche à l’aimant, loisir en vogue qui «dépollue» les rivières

Munis d’aimants «super-puissants», ils fouillent les rivières de France pour exhumer ferraille, vélos ou scooters, mais remontent parfois un obus, une grenade.

Loisir «écolo», la pêche à l’aimant est surtout illégale sans les autorisations ad hoc et «risquée» dans les départements marqués par la guerre, rappellent les autorités.

Près d’un pont enjambant l’Oise dans le département éponyme au nord de la région parisienne, Owen Gressier, 20 ans, et trois autres pêcheurs lancent leurs aimants «en néodyme», considérés comme les plus puissants au monde, au bout d’une corde tenue en main.

Après plusieurs essais, un objet est détecté… Quelques minutes plus tard, avec l’aide d’un grappin, un tuyau en fonte, rouillé, est remonté: «belle prise!». Ce sera la seule significative de l’après-midi. «Nous pêchons ici depuis plusieurs années, le fond est assez propre», affirme Owen.

Animé par sa «passion pour la Seconde guerre mondiale» et le désir de dénicher «des objets historiques», médailles ou matériel militaire, Owen s’est «vite aperçu qu’il était possible de dépolluer les eaux». Il a donc créé en 2017 une page Facebook, comptant aujourd’hui 500 abonnés, pour «partager des photos, donner des conseils et organiser des sorties».

«C’est fou tout ce qu’on trouve dans l’eau!» s’exclame le jeune homme. Scooters rouillés, trottinettes, panneaux de signalisation, micro-ondes: «en s’y mettant à une dizaine, on sort parfois 50 kilogrammes de ferraille en quelques heures».

Dans le département voisin, la Somme, Christophe Devarenne a commencé à pêcher voici trois mois «grâce à des vidéos Youtube», notamment celles du «renommé» ChrisDetek. Il apprécie «de ne pas savoir ce qu’il y aura au bout de l’aimant».

Si «certains s’attendent à trouver des trésors, il n’y en a pas beaucoup», dit en souriant ce conducteur d’engins de 52 ans. «Le plus intéressant, c’était un fusil de 14-18, mais carrément pourri après cent ans dans l’eau! Même l’Historial de la Grande guerre n’en voulait pas», plaisante-t-il, assurant «tout stocker» puis «revendre ou donner aux ferrailleurs».

«Braver l’interdit»

Dans certaines zones comme les Hauts-de-France, terrain de batailles sanglantes au cours des deux conflits mondiaux dans le nord du pays, de nombreux obus, munitions et grenades demeurent dans les cours d’eau.

N’ayant parfois pas explosé, ils peuvent être «encore actifs», s’inquiète la direction générale de la sécurité civile. Face au développement «exponentiel» du loisir depuis près de deux ans, jusque sous le pont des Arts à Paris, elle a adressé cet été une note à toutes les préfectures, rappelant sa «dangerosité».

En mai, dans le Nord, un homme a ainsi été grièvement blessé par du gaz moutarde échappé d’un obus. Deux jeunes ont également «remonté fin juillet une grenade au phosphore» dans la Somme et subi des «irritations» notamment aux yeux, selon la préfecture du département, première à interdire localement la pratique le 5 août.

Elle est «de toute façon illégale sans autorisation», délivrée par l’État pour les cours d’eau ou par les propriétaires pour les terrains privés, rappelle la préfecture de l’Oise.

«On n’avait pas conscience des risques… jusqu’à ce que mon fils trouve une grenade!», souligne Hélène Ledien, dans la Somme. Arthur, 14 ans, «pêchait régulièrement avec son copain, et son aimant acheté une trentaine d’euros sur Amazon, dans un but écologique». Quand il a trouvé l’arme, «il m’a heureusement appelée, j’ai vraiment eu très peur», raconte-t-elle, encore émue.

«On a déjà repêché un obus actif, des armes et 600 munitions, entièrement rouillées», reconnaît Owen Gressier. Mais «on sait comment réagir: on établit un périmètre de sécurité et on prévient les démineurs», jure-t-il, affirmant faire de la pédagogie sur sa page.

«C’est une passion, bonne pour la planète, on n’arrêtera pas du jour au lendemain!», renchérit Nicolas, 26 ans. «C’est comme interdire la conduite à cause des accidents», juge aussi Jérémy Fouillat, 22 ans, qui envisage à Ham (Somme) de «braver l’interdit».

«Les gens vont jouer au chat et à la souris», ironise Christophe Devarenne, mais «personne n’a vraiment peur, car les gendarmes ont autre chose à faire que courir après des aimants».