VIDÉO | Paris fête les 75 ans de sa Libération

AFP

«Paris outragé! Paris brisé! Paris martyrisé! mais Paris libéré!»: 75 ans jour pour jour après le célèbre discours du général de Gaulle, la capitale commémore à nouveau dimanche la fin de quatre ans d’occupation nazie.

La Ville de Paris a prévu plusieurs cérémonies symboliques et militaires pour célébrer ce «moment décisif et exaltant», selon la maire Anne Hidalgo, que fut l’expulsion en août 1944 des troupes allemandes, 1.500 jours après avoir hissé la croix gammée en haut de la Tour Eiffel.

C’est justement au pied du célèbre monument que les festivités vont débuter à 12h00 dimanche avec un hommage aux six sapeurs-pompiers de Paris qui avaient monté les escaliers de la dame de fer sous le feu ennemi pour remplacer l’étendard nazi par le drapeau tricolore.

Parmi eux, le capitaine Lucien Sarniguet, qui n’avait «jamais digéré l’humiliation» de voir la croix gammée flotter dans le ciel Paris, comme en témoigne sa fille, Jeanne-Marie Badoche, 92 ans, auprès de l’AFP.

Après les pompiers, ce sera au tour de la 2e division blindée d’être à l’honneur, à partir de 15h00 à la Porte d’Orléans, au sud de la capitale, là même où le général Leclerc et ses hommes sont entrés dans Paris le 25 août 1944. La cérémonie sera suivie d’un «défilé de la liberté» jusqu’à la place Denfert-Rochereau.

«Les gens étaient comme des fous»

Témoin de l’époque, Réné Gonin, 24 ans en août 1944, n’a rien oublié de l’arrivée des chars dans Paris. «Les gens étaient comme fous, il y a des jeunes filles qui ne sont pas rentrées chez elles le soir […] il y avait une ambiance extraordinaire», confie-t-il, ému.

De cette effervescence générale, René Gonin, aujourd’hui installé en Vendée, conserve aussi des souvenirs acerbes, comme cet attroupement Porte d’Orléans autour d’une «femme entièrement nue qui était plus ou moins passée au cirage, victime de crachats, d’injures… parce qu’elle avait couché avec des Allemands».

Dimanche, la mairie invite Parisiens et touristes à participer au défilé «habillés selon la mode vestimentaire de l’époque» et encourage les habitants et commerçants du quartier à décorer balcons et terrasses aux couleurs tricolores.

C’est également place Denfert-Rochereau, au-dessus du QG du colonel Rol-Tanguy, chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) d’Ile-de-France, qu’ouvrira officiellement dimanche un nouveau musée consacré aux quatre années d’occupation nazie et la semaine d’insurrection qui y mit fin.

«Avant, vous aviez le grand-père qui pouvait raconter. Il y a de moins en moins de témoins. Du coup, le musée trouve sa place, prend la relève du récit», souligne la directrice du musée, Sylvie Zaidman.

Mieux mis en valeur, le nouveau musée de la Libération devrait pouvoir contribuer davantage au travail de mémoire que celui ouvert de 1994 à 2018 sur la dalle de la gare Montparnasse et qui n’a jamais dépassé les 14.000 visiteurs annuels.

D’autres événements littéraires et musicaux rythmeront la journée de dimanche qui se terminera avec la projection dans les salons de l’Hôtel de Ville de «La Traversée de Paris», le film de Claude Autant-Lara avec Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès.

Paris a rendu hommage dès samedi soir aux combattants étrangers, notamment les Espagnols de la «Nueve», les premiers à avoir pénétré dans la capitale occupée, le 24 août 1944. La capitale s’est soulevée en août 1944, sans attendre l’arrivée des Alliés, après quatre années d’occupation allemande. Le 25, au terme d’une semaine de grèves, de barricades et de combats de rue sanglants, Paris a accueilli de Gaulle qui, arrivé de Rambouillet (Yvelines), pouvait enfin proclamer «Paris libéré».

Pour le discours du général, Charles Pegulu de Rovin, 18 ans, était aux premières loges: «C’était formidable. Cette prestance, cette facilité qu’il avait… Je me suis dit: maintenant, en France, on a un vrai chef, un patron», se rappelle aujourd’hui le nonagénaire.

Au total, la «bataille de Paris» aura coûté la vie à près de 1.000 FFI, 130 soldats de la 2e DB et environ 600 civils, ainsi qu’à plus de 3.000 soldats allemands.