TOURNAI

Le Tournai d’avant: reverrons-nous une vraie porte d’eau?

Le fait est là, indubitable, arches et courtine du Pont des trous ne sont plus. Ce n’est qu’une répétition du passé, ce qui fait croire que Tournai n’a aucune considération pour son patrimoine.

Ainsi, durant le XIXe siècle, ont subi le sort fatal l’arc des chaufours (1874), l’Arche de Saint-Jean (1832), l’ancien hôtel de ville (1820), l’église Saint-Pierre (1821). Ce ne sont pourtant là que les principaux monuments.

Halte, on ne passe pas!

Ces derniers temps, il a été beaucoup glosé sur la perte de ce patrimoine médiéval. L’image reflétée était assurément superbe, tours et courtines formaient, malgré les travaux de restauration de 1844-1847 et de 1946-1948, un ensemble des plus harmonieux. Et cela, on le doit aux voies hydrauliques et en particulier au courtraisien C. de Raedt qui en était l’ingénieur en chef, responsable du chantier. Car une porte d’eau a une mission essentielle: défendre l’entrée de la ville.

Or, ces défenses spécifiques avaient été rétablies et elles ont démontré leur efficacité..

Lors de la plupart des sièges de Tournai, les assaillants se sont souvent acharnés sur une tour, une muraille qui leur paraissait plus faible. Mais en 1340, c’est devant le pont des trous que les 15 000 Anglais d’Édouard III et les 60 000 Flamands de Jacques Van Artevelde s’acharnèrent durant deux mois, mettant en action béliers, balistes, nefs armées, tours mobiles pour réduire la résistance des 14 000 Français de la garnison et des 15 000 bourgeois accourant au son de la Bancloque et du Vigneron. Un haut fait d’armes, passé dans l’Histoire et la légende.

L’ensemble était remarquablement pensé pour l’époque. Ainsi, les piles soutenant les arches se terminent avec des éperons côté amont, ce qui minimisait les chocs frontaux de bateaux, arbres ou autres obstacles qui descendaient le courant sans contrôle; côté aval, les piles offrent un front plat, le danger d’une péniche à la dérive n’existant pas.

La courtine est percée de nombreuses et grandes fenêtres. De simple surveillance côté amont. Par contre, vers la campagne, chaque baie, entre lesquelles s’inscrit un poste de tir, est nantie de corbeaux qui, lors des combats, recevront des madriers de bois percés d’une meurtrière afin de protéger le défenseur.

Ont été rétablies également les glissières qui ouvraient les arcs afin de laisser place aux grilles de fer barrant le fleuve; elles servirent bien longtemps après l’époque des guerres d’antan car, descendues, elles fermaient l’accès de la cité aux bateliers qui n’avaient pas payé la taxe due, ce qui se disait l’octroi – perçu également aux portes –, cette taxe que Tournai fut la dernière ville belge autorisée à percevoir.

Verrons-nous renaître, même métamorphosé tout en gardant l’empreinte de son temps, cet antique monument? L’avenir nous le dira.