TOURNAI

Le Tournai d’avant: quand Tournai se construisait, avec ses ponts

Au fil des siècles, le pont des Trous est devenu l’un des trois pôles majeurs du patrimoine tournaisien. Pourtant, il n’était pas au programme des Consaux.

1250, Tournai, française, vit l’un des plus beaux de ses siècles d’or mais étouffe sous la poussée démographique qu’engendre sa richesse.

La première enceinte communale – tours du Cygne, fort rouge, jardins du séminaire – et le bourg Saint-Brice - Arche, Glategnies, Aubegny – ne suffisent plus.

Les Consaux qui la dirigent, projettent donc la construction d’une nouvelle enceinte.

Une Noeve forteroche

L’ouvrage est d’envergure, même cantonné à la cité, soit en rive gauche, le profil des boulevards le rappelle à peu près. Plusieurs étapes sont nécessaires, on y travaille en 1241, en 1255 avec une accélération dès 1277, de la porte Kokeriel (de Lille) à l’Escaut.

Le coût pèse très lourd dans les finances, les rois de France Philippe le Hardi et Philippe-Auguste autorisent les bourgeois «à prélever divers impôts à condition d’en appliquer le revenu à l’enceinte fortifiée».

Là où elle butte contre l’Escaut, la muraille s’appuie sur une tour, le Bourdiel ou «du bord de l’eau» construite selon contrat par «Simon le Rikes et Simon de Cherc qui doivent faire une tour, boine et suffisante, de IX piès de haut». Tour défensive, massive, nantie vers de postes de tir installés au creux de ses murailles de trois mètres d’épaisseur vers l’extérieur, elle s’ouvre vers la ville par de larges baies en plein cintre, offrant ainsi aux défenseurs un quotidien plus confortable. En 1281, elle est achevée.

Mais en face, le Bruille, est domaine privé. L’enceinte suit donc la rive gauche, sur le quai des Salines actuel. Les fouilles entreprises lors de travaux de 1947-48 ont découvert les bases de tours sur 50m environ.

Mais voilà que la châtelaine Marie de Mortagne accepte de vendre le Bruille (le marais), ou «quartier du château». En 1288, la seigneurie est achetée par Henri Pourrès et Guillaume Castagne, par bail d’abord, Tournai en devenant propriétaire en 1295, avec tous les droits y attachés pour la somme de 8 600 livres.

Les plans sont modifiés, la porte d’eau, dite «Pont des arches» ou «pont du Bourdiel» est construite. S’élève en 1302 la Thieulerie - tuilerie – plus légère en son aspect ouvert sur la ville et solidement bâtie avec ses salles couvertes de voûtes de pierre. En 1329, la courtine s’achève, l’ensemble sera couvert, par contrat de 1329 d’un toit avec tuiles ou ardoises. Pas de toiture prévue aux tours, ce qu’illustrent des documents du XVIIe. Faute d’entretien, elle disparaîtra.

Tournai s’agrandit encore en août 1289 avec l’acquisition des Chaufours (Saint-Jean), Allain et Warchin pour 4 400 livres tournois que reçoit Huet de Châtillon, sire d’Avesnes.

Ainsi, jusqu’en 1863, Tournai demeure immuable dans sa «noeve forteroche», entre l’arc des Chaufours et le pont des trous dont l’image médiévale, malgré bien des avatars restera dans la mémoire collective.