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AVANT/APRÈS | Évregnies, le village des sabotiers

Évregnies n’est sans doute pas le village le plus renommé et touristique de l’entité estaimpuisienne… Mais ce bout de terre de 383 ha, à la limite du territoire mouscronnois, et accueillant un peu moins d’un millier d’habitants, regorge aussi d’éléments rappelant son patrimoine et son passé.

Alors qu’Estaimbourg se prévaut de son château de Bourgogne, Leers-Nord de son canal, Évregnies n’est sans doute pas le village le plus renommé et touristique de l’entité estaimpuisienne… Mais ce bout de terre de 383 ha, à la limite du territoire mouscronnois, et accueillant un peu moins d’un millier d’habitants, regorge aussi d’éléments rappelant son patrimoine et son passé.

Philippe Michiels, passionné par l’histoire de son village, épingle ce qui a fait la renommée d’Évregnies, au-delà de la région et jusqu’après la Première Guerre Mondiale: la saboterie! Tradition, aujourd’hui, inscrite dans le nom du parc commercial, en bordure du village, «Mains et Sabots» qui reflète la transformation du village au fil du temps, en perdant peu à peu son caractère rural…

Avant 1914, il existait encore une douzaine de saboteries «permanentes» dans le village d’Évregnies. En photo, celle ayant appartenu à la famille Lahousse et située dans l’actuelle rue de la Couronne. En plus de ces commerces ouverts tout au long de l’année, durant l’hiver, de nombreux villageois (agriculteurs ou maçons) se lançaient dans la fabrication de sabots. Le village a compté jusqu’à 80 sabotiers. Grâce à la ligne de chemin de fer Herseaux-Avelgem, qui traversait le village, des sabots étaient exportés vers la Flandre ou la France.

L’église Saint-Vaast d’Evregnies est un monument classé, bâti principalement au XIe, XIIIe et au XVIe siècle. L’édifice gothique scaldien comporte également deux murs romans. Il a été incendié en 1693 par les Espagnols, dans le cadre de la Ligue d’Augsbourg et a ensuite été restauré tout en conservant son caractère hétéroclite. Saint-Vaast était (le premier) évêque d’Arras. Il est le patron de 69 églises du diocèse de Tournai et d’ailleurs. Aussi catéchiste de Clovis, il est prié pour les enfants qui ont peur de marcher.

À gauche, le presbytère a été construit au milieu des années 1800 alors que les bâtiments de l’ancienne cure tombaient en ruines. Aujourd’hui, il abrite la maison du Patrimoine et de la Mémoire. On y retrouve, entre autres, le moteur de l’avion américain P38 Lightning d’Harry Bisher qui s’est crashé à Évregnies, le 4 mars 1944 et fut déterré en juin 2007, par la commune et une équipe de passionnés. Plusieurs associations locales profitent également de ce bâtiment pour y organiser diverses activités (poterie, photographie, patchwork, etc.)

La place du Marché, aujourd’hui nommée place des Sabotiers, abritait de nombreux commerces à l’ombre de l’église. On y retrouvait également, sur la gauche, l’ancien couvent de la Sainte-Union qui servait d’école. La cloche, située en haut de la maison où logeait l’instituteur, permettait de rappeler à l’ordre ceux qui restaient un peu trop longtemps dans les cabarets. Elle sonnait le dimanche vers 12 h pour leur rappeler qu’il était l’heure de rentrer chez eux pour manger… Cette cloche a été récupérée par un promoteur immobilier qui l’a installée en haut d’un immeuble d’appartements à la rue Saint Roch. Un tilleul à petites feuilles a été planté sur cette place le 11 janvier 2000 pour sceller le passage de l’an 2000.

Au lendemain de la fusion des communes, en 1977, la rue Royale a dû être renommée. En effet, d’autres villages estaimpuisiens possédaient également une «rue Royale». À Évregnies, la rue a pris le nom de Saint-Roch, au regard du nom de la chapelle que l’on retrouve au coin de la rue. Sur la gauche de la carte postale, à hauteur de la famille photographiée, on retrouvait l’une des dernières habitations disposant d’un toit de chaume. Les pavés ont, au fil des décennies, laissé place à une voirie en béton.