ARCHIVES | Il y a 20 ans, José Bové démontait le McDo

Il y a 20 ans, des centaines d’agriculteurs, emmenés par José Bové, entreprenaient le «démontage» d’un McDo, en France. Objectif: dénoncer la malbouffe.

«On peut dire qu’il y a eu une prise de conscience de la société, mais la logique du modèle capitaliste est toujours là», déclarait José Bové, ex-eurodéputé écologiste et héraut de la lutte contre la malbouffe en France, à nos confrères de l’AFP. «Le McDo a été le début du mouvement altermondialiste.»

Pour saisir l’enjeu de ce «démontage» de fast-food, il faut retourner vingt ans en arrière. À l’été 1999, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise les États-Unis à prendre des sanctions économiques contre l’Union européenne, qui refusait d’importer du bœuf «dopé» aux hormones.

Fin juillet, une poignée d’irréductibles paysans français du Larzac (sud de la France) ou néoruraux, membres du syndicat agricole de la Confédération paysanne ou du Syndicat des producteurs de lait de brebis, entendent mener une action forte pour protester contre la décision de Washington de surtaxer le Roquefort, fromage emblématique de leur région.

Le Mc Do est le symbole de ces multinationales qui veulent faire crever les paysans.

«Dans la discussion, très vite, le McDo arrive sur la table, se remémore aujourd’hui José Bové. D’un côté, on a le roquefort, l’une des premières Appellations d’origine contrôlée (AOP) et, de l’autre, on a la bouffe industrielle, le bœuf aux hormones. »

Invention de la «malbouffe»

Ce qui n’était, au départ, qu’une boutade s’est muée en action concrète. Le 12 août 1999, en matinée, 300 personnes – des éleveurs, paysans, militants de la Confédération paysanne ou syndicalistes – se retrouvent sur le chantier de construction d’un restaurant McDonald’s à Millau.

Sur une estrade improvisée, le porte-parole de la Confédération paysanne, José Bové, prononce un discours qui va inventer le combat contre «la malbouffe», un terme emprunté au scientifique français Joël de Rosnay. «McDo est le symbole de ces multinationales qui veulent nous faire bouffer de la merde et qui veulent faire crever les paysans», lance-t-il

Le McDo subit des dégradations lors de cette action et quatre militants sont interpellés, inculpés et écroués quelques jours plus tard.

ARCHIVES | Il y a 20 ans, José Bové démontait le McDo
José Bové (droite), Alain Soulie (centre) et Jean-Paul Delaitte (gauche), au début du procès. AFP

«On a gagné 10 ans»

José Bové, parti en vacances, échappe au coup de filet. Il organise son retour, convoque la presse, et se présente devant la juge d’instruction. Lorsqu’elle lui annonce son placement en détention provisoire, le militant bravache lui rétorque: «Merci Madame, vous venez de nous faire gagner 10 ans.»

Les chèques arrivent du monde entier. José Bové, touché par ces dons, finit par consentir à retrouver la liberté en réglant sa caution de 105 000 francs (environ 16 000 euros).

En France, les audiences devant les juges, les procès, l’incarcération de Bové sont à chaque fois de véritables happenings. Le 30 juin 2000, José Bové et ses co-prévenus sont condamnés en première instance par un tribunal à Millau. Un grand concert est alors organisé avec de nombreux artistes renommés et des dizaines de milliers de personnes se pressent dans la ville.

Quand José Bové se rend en novembre 1999 au sommet de l’OMC à Seattle, le Frenchy n’est plus un inconnu et peut faire passer son message. « La réflexion sur l’OMC passe par l’assiette. Le roquefort est devenu le symbole de cette résistance»