ENVIRONNEMENT

Les réactions au rapport du Giec: agir maintenant, fin des agrocarburants et revoir les objectifs climatiques

Les réactions au rapport du Giec: agir maintenant, fin des agrocarburants et revoir les objectifs climatiques

Il va falloir revoir la façon dont sont utilisées et cultivées les terres dans le monde, prévient le Giec. Reporters/Design Pics

Plusieurs organisations ont réagi ce jeudi, dans la foulée de la sortie du rapport du Giec, pour demander d’agir plus et plus fort.

Il est indispensable de revoir la façon dont sont utilisées et cultivées les terres dans le monde et repenser nos habitudes de consommation afin d’assurer à la fois la sécurité alimentaire des Terriens et la lutte contre le réchauffement climatique, a averti jeudi le groupe d’experts de l’ONU pour le climat (Giec) dans un rapport.

Voici les principales réactions à la suite de la publication de ce rapport.

Des ONG demandent à la Belgique de cesser d’utiliser les agrocarburants

Les ONG Oxfam-en-Belgique, 11.11.11, Fian et CNCD-11.11.11 demandent au gouvernement belge d’ajuster ses objectifs nationaux concernant les biocarburants, ont-elles fait savoir jeudi dans un communiqué commun. Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), publié jeudi, confirme en effet que la production à grande échelle de biocarburants a un impact négatif sur la sécurité alimentaire mondiale et la pauvreté.

Le Plan National énergie-climat (PNEC) belge prévoit pourtant d’augmenter la part des biocarburants, soulignent les ONG qui demandent aux autorités de revoir leurs objectifs avant que le PNEC «ne soit finalisé à la fin de l’année».

Le nouveau rapport spécial du Giec, qui examine de nombreux aspects liés à l’utilisation des terres et au climat, affirme que la production à grande échelle des agrocarburants aggrave la faim dans le monde. «Miser sur une production massive de biocarburants entraînerait une compétition avec les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, et contribuerait à la dégradation des sols et à la désertification. Des risques qui constituent une menace pour la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau, surtout pour l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud», précisent les organisations.

La proposition de PNEC que la Belgique a soumise à la Commission européenne en décembre 2018 prévoit que la part des biocarburants dans les transports belges soit portée à 14% en 2030, alors qu’elle était de 5,5% en 2017. Parmi ces 14%, le PNEC prévoit d’atteindre un objectif de 7% d’agrocarburants produits à partir de cultures destinées traditionnellement à l’alimentation, bien que ce seuil ne soit pas une obligation européenne, selon les ONG.

«La Belgique agit en dépit des preuves scientifiques démontrant que les biocarburants non-durables constituent une fausse solution, ils émettent plus de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles, avec des conséquences sociales et environnementales bien pires encore», regrette le communiqué.

Il faut agir maintenant, estime Greenpeace

«Pour protéger notre climat et s’assurer suffisamment de nourriture à l’avenir, il faut agir maintenant», a réagi jeudi Greenpeace au rapport publié par le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (Giec). L’organisation appelle en outre le gouvernement belge à accroître son ambition climatique à la lumière de ce texte sans appel.

«En Belgique, les agriculteurs sont les premières victimes des vagues de chaleur et de la sécheresse», déclare Matteo De Vos, expert en agriculture et élevage au sein de Greenpeace.

«Le défi est de taille, mais les solutions sont nombreuses. Nous pouvons libérer et restaurer des terres dans le monde entier, actuellement utilisées pour l’élevage industriel, en optant pour une agriculture écologique. Cela signifie manger moins de viande, mais de meilleure qualité», explique-t-il encore.

«En Belgique, un nombre grandissant d’éleveurs ont fait le choix du bio ou de l’autonomie fourragère, ce qui est encourageant et doit être soutenu. Mais la dépendance forte au soja (un moteur de déforestation émettrice de gaz à effet de serre) des élevages de porcs et de volailles, reste un problème sérieux», selon Greenpeace.

Pour le Giec, outre les indispensables réductions de gaz à effet de serre, des solutions existent du côté du système alimentaire et des habitudes de consommation. Actuellement, de «25 à 30% de la production totale de nourriture est gaspillée», souligne le rapport, alors qu’environ 820 millions de personnes souffrent de la faim.

«Une évolution drastique vers moins de viande et de produits laitiers dans notre alimentation est la solution pour réduire l’impact du système alimentaire sur notre santé et celle de la planète», conclut Matteo De Vos.

CAN: l’UE doit revoir à la hausse ses objectifs climatiques pour 2030

«L’Union européenne doit revoir à la hausse d’urgence ses objectifs climatiques pour 2030», a insisté jeudi Climate Action Network (CAN) Europe dans un communiqué diffusé dans la foulée du nouveau rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (Giec) sur l’utilisation des terres agricoles.

«Le nouveau rapport du Giec publié aujourd’hui prouve sans l’ombre d’un doute que l’on ne pourra pas enrayer la crise climatique sans un changement radical de notre production et consommation alimentaires, ainsi qu’une bien meilleure protection des forêts», détaille la coupole qui rassemble des centaines d’associations et d’ONG actives dans la défense de l’environnement.

CAN Europe souligne que le rapport «fournit des preuves scientifiques solides des impacts catastrophiques de la gestion actuelle des terres sur le climat et du potentiel énorme du secteur en matière de réduction des émissions». Au-delà de pratiques agricoles plus respectueuses de la nature, il faut renoncer à l’agriculture industrielle à grande échelle, éliminer le gaspillage alimentaire, réduire la consommation de viande, arrêter la déforestation et restaurer les écosystèmes endommagés, martèle l’organisation.

«Pour mettre fin à la dégradation du climat, nous avons besoin d’un changement rapide et profond du secteur agricole au sein de l’UE, ainsi que de tous les autres secteurs économiques. L’Union doit augmenter rapidement le taux de réduction des émissions dans l’agriculture et investir dans la protection de la nature. Afin de susciter une action immédiate dans ce secteur, en ligne avec l’objectif de 1,5°C, l’UE doit porter son objectif climatique pour 2030 à minimum 65% de réduction des émissions. Le prochain sommet des Nations Unies sur le climat, en septembre, est l’occasion idéale de le faire», estime Wendel Trio, directeur de CAN Europe.

De nombreux agriculteurs européens perdent déjà leur production et leurs revenus en raison de sécheresses fréquentes, d’inondations, de vagues de chaleur et de feux de forêt, forçant déjà certains à abandonner leur pays et leur activité traditionnelle, conclut CAN Europe.

WWF: la Belgique doit proposer des mesures fortes pour un système agricole durable

Le Plan national Énergie Climat (PNEC), que la Belgique présentera fin décembre à la Commission européenne, «doit comporter des mesures fortes pour mettre en place un système agricole durable, respectueux de la nature et de l’homme», demande jeudi l’organisation de préservation de la nature WWF dans la foulée de la publication du rapport spécial du Giec.

Un système plus durable? «Cela passe d’abord par la réduction du gaspillage alimentaire. 30% de la nourriture est jetée à la poubelle! Cela représente 8% des émissions mondiales de CO2. La Belgique a une carte à jouer», martèle la porte-parole de l’organisation au niveau belge, Jessica Nibelle, qui exige également des autorités une «réduction drastique des émissions des combustibles fossiles».

Le rapport spécial des experts de l’ONU sur le climat (Giec) «envoie un message clair: notre gestion de la terre contribue au changement climatique et n’est pas durable pour l’homme et la nature. Nous avons besoin d’une transformation urgente si nous voulons limiter la hausse des températures à 1,5°C, comme le prévoit l’Accord de Paris. Cela inclut un changement d’agriculture, de production et de consommation», a aussi réagi le Docteur Stephen Cornelius, conseiller principal du WWF sur le changement climatique.

L’Iddri met en garde contre la décarbonation de l’économie

La décarbonation de l’économie pourrait avoir des conséquences sociales néfastes importantes, avertit jeudi Pierre­-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative Agriculture européenne à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Le groupe d’experts de l’ONU pour le climat (Giec) avance en effet cette solution dans son rapport spécial grâce notamment à la reforestation à grande échelle.

«Ainsi, trois des quatre scénarios ‘archétypaux’proposés […], reposent sur un développement poussé des bioénergies, sur de la reforestation à grande échelle, ainsi que sur des projets de ‘Bioenergy Carbon Capture and Storage’(BECCS), projets technologiques actuellement non matures consistant à boiser de vastes espaces avec des essences forestières à croissance rapide, afin d’en exploiter la biomasse, de la brûler pour produire de l’énergie et de capter le CO2 émis au moment de la combustion pour le cristalliser sous forme stable», souligne l’Iddri.

La pression induite sur l’espace par de tels changements d’usages de terres aurait des conséquences «en termes d’accès au foncier, ainsi qu’environnementales, comme les risques liés à une intensification dramatique des pratiques agricoles et donc à un recours accru aux pesticides et fertilisants de synthèse, polluant en retour terre, air et atmosphère», estime M. Aubert.

Le rapport, établi par 107 scientifiques de 52 pays et approuvé par les délégations des 195 pays membres du Giec, avertit justement que les scénarios nécessitant d’importantes conversions de terres pour lutter contre le réchauffement pourraient avoir «des effets secondaires indésirables».

M. Aubert souligne encore l’extrême vulnérabilité des terres aux changements climatiques en cours et à venir, mettant particulièrement en péril les 40% de la population mondiale qui vivent sur des zones arides, où les effets attendus «sont les plus négatifs, notamment en termes de rendements agricoles et d’occurrence des événements extrêmes». Cette fraction de la population, en régions souvent peu développées, est «peu ou mal préparée à en subir les conséquences», insiste le coordinateur du think tank.

La Fugea appelle à maintenir les prairies permanentes et à consommer de la viande locale

Si l’agriculture industrielle est particulièrement pointée du doigt par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (Giec) dans son nouveau rapport, publié jeudi, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea) appelle à maintenir les praires permanentes et au raisonnement vers une consommation de viande locale.

Dans sa lettre de juillet 2019, la plate-forme wallonne pour le Giec - dont fait partie le climatologue et ancien vice-président de ce groupe Jean-Pascal van Ypersele - estime aussi qu’»il est essentiel de maintenir les écosystèmes agricoles qui stockent du carbone. En particulier, en Wallonie, il faut stopper la diminution des surfaces des prairies permanentes pâturées, qui constituent un puits significatif de CO2», expliquent les experts wallons.

La surface de prairies permanentes en Wallonie a baissé de plus de 11% en neuf ans, passant de 341.268 hectares en 2008 à 302.533 hectares en 2017.

«Un manque de soutien aux éleveurs locaux, liés au sol et en autonomie fourragère sur leur ferme se traduira inévitablement par une augmentation des pertes de prairies, effet inverse de celui recommandé par le Giec», souligne la Fugea.

Cette dernière et la plate-forme wallonne partagent également l’idée que des mesures doivent être prises au cas par cas.

Enfin, la fédération demande à «contextualiser les appels à diminuer notre consommation de viande. En Wallonie, du point de vue de la question climatique, la Fugea appelle avant tout au raisonnement vers une consommation de viande locale, liée à l’herbe et issue de fermes en autonomie fourragère».