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Mort du traité nucléaire INF: les États-Unis et la Russie se rejettent la balle

Mort du traité nucléaire INF: les États-Unis et la Russie se rejettent la balle

Sans surprise, après six mois de dialogue de sourd et d’accusations mutuelles de violations, les deux puissances ont laissé expirer vendredi l’ultimatum lancé par l’administration de Donald Trump en février sans bouger sur leurs positions. Photo News

«Le monde va perdre un outil précieux contre la guerre nucléaire»: le retrait des États-Unis et de la Russie provoque la fin du traité de désarmement nucléaire INF. Les deux puissances se rejettent la faute.

La Russie a déclaré officiellement mort ce vendredi le traité de désarmement nucléaire INF, accusant les États-Unis d’en être responsables et renouvelant sa proposition de ne pas déployer des missiles prohibés par cet accord de la Guerre froide si Washington faisait de même.

De leur côté, les États-Unis ont confirmé leur sortie officielle du traité, en accusant à nouveau la Russie de violer ce texte et d’être «seule responsable» de son «échec».

Sans surprise, après six mois de dialogue de sourd et d’accusations mutuelles de violations, les deux puissances ont laissé expirer vendredi l’ultimatum lancé par l’administration de Donald Trump en février sans bouger sur leurs positions.

«Le 2 août 2019, à l’initiative américaine, cesse la validité du Traité signé le 8 décembre 1987 à Washington par l’Union soviétique et les États-Unis sur la liquidation des missiles de portée intermédiaire», a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le président russe Vladimir Poutine a ratifié le 3 juillet la suspension de la participation de la Russie et faute d’évolution, le retrait des deux pays provoque la fin du traité INF, qui, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 km, avait permis l’élimination des missiles balistiques SS20 russes et Pershing américains déployés en Europe.

«Le traité INF nous a été utile, mais il ne fonctionne que si les deux parties le respectent», avait indiqué récemment le nouveau chef du Pentagone Mark Esper.

«Le monde va perdre un outil précieux contre la guerre nucléaire»

«Le monde va perdre un outil précieux contre la guerre nucléaire», a regretté ce jeudi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. «Cela va probablement renforcer, et non affaiblir, la menace posée par les missiles balistiques».

Même si les Européens ont exprimé leurs inquiétudes sur le risque d’une nouvelle course aux armements en Europe, l’OTAN a approuvé officiellement la position américaine, invoquant le missile russe 9M729 qui selon les Occidentaux viole le traité INF. Moscou dément, insistant sur le fait que son nouveau missile a une portée maximale de «480 km».

Après la fin du traité INF, il ne restera en vigueur qu’un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington: le traité new START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà du niveau de la Guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021.

Questionné jeudi au sujet du traité INF, le président américain Donald Trump a répondu: «La Russie voudrait faire quelque chose au sujet d’un traité nucléaire. Je suis d’accord». «Ils voudraient faire quelque chose et moi aussi», a-t-il ajouté sans plus de précision.

De fait, la mort du traité INF arrange bien les États-Unis, permettant au Pentagone de moderniser son arsenal pour contrer la montée en puissance de la Chine, qui cherche à affirmer sa suprématie militaire en Asie.

Avant la fin officielle du traité, Moscou a renouvelé son offre aux États-Unis et ses alliés de l’OTAN d’appliquer un moratoire sur le déploiement des armes nucléaires prohibées par ce document de la Guerre froide, laissant aussitôt entendre qu’elle ne croyait pas aux promesses de Washington.

«Nous avons proposé aux États-Unis et à d’autres membres de l’OTAN de considérer la possibilité d’annoncer un moratoire sur le déploiement d’armes de portée intermédiaire», a affirmé le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, dans un entretien à l’agence russe TASS.

«Ce serait un moratoire comparable à celui annoncé par Vladimir Poutine affirmant que si les États-Unis ne déploient pas ces équipements dans certaines régions, alors la Russie s’abstiendra aussi de le faire», a poursuivi M. Riabkov, ajoutant que la signature d’un nouveau traité n’était pas à l’ordre du jour.

Selon le diplomate, il ne faut toutefois pas «croire» les déclarations de l’OTAN affirmant que l’Alliance ne déploiera pas de tels équipements. Washington a promis de ne pas déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe, mais n’a fait aucune promesse sur le déploiement d’armes conventionnelles.

Traité INF: un accord historique en 1987 de réduction des arsenaux nucléaires

Le traité INF sur les Forces nucléaires intermédiaires, dont les États-Unis et la Russie ont acté la mort vendredi en s’en rejetant mutuellement la responsabilité, était un des grands traités de désarmement précurseurs de la fin de la Guerre froide.

Au moment de sa signature à Washington le 8 décembre 1987 entre l’Américain Ronald Reagan et le Soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le traité avait été salué comme «historique», ouvrant la voie à une nouvelle ère dans les relations entre les blocs Est et Ouest.

Des accords avaient déjà été conclus, comme en 1972 (SALT I) et en 1979 (SALT II), pour limiter le nombre de nouveaux lanceurs de missiles balistiques, mais avec le traité INF les deux puissances s’engageaient pour la première fois à détruire une classe entière de missiles nucléaires.

Les missiles dont la portée se situait entre 500 et 5.500 km devaient ainsi être détruits dans les trois ans suivant l’entrée en vigueur du traité INF (»Intermediate Nuclear Forces» ou «Forces nucléaires intermédiaires»).

En tout, ce sont 2.692 missiles qui ont été détruits avant 1991, soit la quasi-totalité des missiles nucléaires de portée intermédiaire, et un peu plus de 4% de l’arsenal nucléaire total des deux pays en 1987.

L’une des innovations du traité INF constituait en la mise en place de procédures de vérification des destructions par des inspecteurs de l’autre pays concerné.

Parmi les missiles américains destinés à la destruction par le traité, figuraient les célèbres Pershing IA et Pershing II, au cœur de la crise des euromissiles pendant la décennie 1980.

Cette crise, consécutive au déploiement par l’Union soviétique de missiles nucléaires SS-20 tournés vers les capitales européennes, avait vu l’OTAN répliquer en déployant des missiles Pershing en Europe, tournés vers l’URSS.

En 1983, un an après son entrée en fonction, le président Reagan désignait l’URSS comme l’ «Empire du mal». Après une décennie 1970 plutôt tournée vers la détente entre les deux blocs, la Guerre froide atteignait ainsi un nouveau point d’orgue.

Mais l’arrivée au pouvoir à Moscou de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 avait vu s’ouvrir une nouvelle ère, marquée par la mise en place des politiques de «Perestroïka», ou «restructuration», signalant l’ouverture du bloc soviétique à la discussion avec les États-Unis.

Trois sommets entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan entre 1985 et 1987 avaient été nécessaires pour aboutir à la signature du traité INF.

Les États-Unis en sont sortis officiellement vendredi, accusant la Russie de violer le texte et d’être «seule responsable» de cet «échec».

De son côté, Moscou a imputé la fin de l’accord «à l’initiative» de Washington, renouvelant sa proposition de ne pas déployer des missiles prohibés par le traité si Washington faisait de même.