Comment les politiques réagissent à la situation aux Éditions de l’Avenir? «On ne peut pas laisser passer»

Comment les politiques réagissent à la situation aux Éditions de l’Avenir? «On ne peut pas laisser passer»

Alda Gréoli (cdH), Stéphane Hazée (Ecolo), Pierre-Yves Dermagne (PS) et Jean-Paul Wahl (MR) : sortir L’Avenir de là, passer à l’acte. -

Premier effet de l’action de mercredi: la sphère politique, qui se dit choquée à des degrés divers, réagit.

En novembre 2018, le Parlement wallon demandait unanimement au gouvernement wallon de mettre en œuvre « la sortie des Éditions de l’Avenir de Publifin/Nethys », via une reprise ou un portage régional temporaire. Rien n’a été fait.

Mercredi, peu après l’assemblée générale à L’Avenir, le cdH envoyait un communiqué: le parti dépose deux propositions de décret «pour forcer la sortie de Nethys du capital des Éditions de l’Avenir». De quoi s’agit-il? Et qu’en pense-t-on chez Écolo, au PS et au MR?

1.cdH: «Une réponse forte»

« La situation des Éditions de l’Avenir ne cesse de s’aggraver, mettant clairement et gravement en cause l’indépendance de la rédaction. Cette situation est intolérable. Le cdH exige que des gestes forts soient posés sans tarder.» Les chefs de groupe cdH François Desquesnes (Parlement wallon) et Alda Greoli (Fédération Wallonie-Bruxelles) veulent obliger Nethys à céder ses parts dans les Éditions de l’Avenir avant le 31 décembre 2019. Sans quoi, les parts « seront d’office confiées à la Sogepa», la Société de gestion et de participations de la Région. Le cdH veut plus largement interdire aux Communes, aux Provinces et aux intercommunales d’être présentes dans le capital d’un groupe de médias, par n’importe quel biais.

2.PS: «Une fuite en avant du cdH»

« Le cdH fait cette proposition pour fuir ses responsabilités. Il joue la politique de la chaise vide au CA de Nethys. Pour rappel, ce gouvernement wallon (MR-cdH, aujourd’hui en affaires courantes mais toujours aux manettes, NDLR) avait tous les leviers pour agir pendant 2 ans», renvoie le chef de groupe PS Pierre-Yves Dermagne. Il se dit prêt à s’engager. Il rappelle que la note Coquelicot rédigée avec Écolo il y a quelques jours prévoyait déjà ceci: sortir les Éditions de l’Avenir du groupe Enodia-Nethys, par les moyens dont dispose le gouvernement, soit une mise en demeure, la désignation d’un commissaire spécial, etc. Quant aux possibilités de reprises des ÉdA (portage régional temporaire, opérateur de presse, etc.), la note Coquelicot envisageait aussi d’associer une coopérative, piste esquissée déjà le 8 novembre par les délégués de L’Avenir lors des auditions au Parlement wallon.

3.Écolo: «Le gouvernement n’a rien fait»

« La liberté de la presse et l’indépendance rédactionnelle sont menacées au sein des Éditions de l’Avenir. Les attaques se répètent depuis plus d’un an. On ne peut pas laisser passer ça», répète le chef de groupe Écolo au Parlement wallon Stéphane Hazée. Il retrace lui aussi les éléments de la note Coquelicot concernant L’Avenir (lire ci-dessus). Alors, oui, il examinera toute proposition forte qui permettra d’assurer un avenir au journal. Mais il se souvient de cette autre motion déposée par lui au printemps dernier, après les licenciements ciblés à L’Avenir. Il remettait une couche sur la sortie du journal de Nethys, principe voté à l’unanimité en novembre. Et il réclamait l’envoi d’un commissaire spécial. «Le texte a été rejeté par le MR et le cdH », rappelle-t-il amèrement. « L’avenir du journal est gravement menacé. C’est insupportable. C’est parce que le gouvernement s’est assis sur les recommandations de la commission Publifin que les mêmes dirigeants sont toujours en place.»

4.MR: «Contradictoire»

Au MR, on se dit aussi très attaché à la liberté de la presse. Mais le chef de groupe wallon Jean-Paul Wahl reste perplexe face aux propositions du cdH. «C’est contradictoire de vouloir empêcher un pouvoir public de détenir des parts dans un média pour en imposer la reprise par la Sogepa qui est… un organisme public», dit-il. Et il se dit très sceptique sur la validité du texte. « Je ne vois pas comment, par voie décrétale, on peut imposer à une société commerciale de céder ses parts.» Quant à un portage wallon, ce serait vraiment du bout des lèvres et avec une limite stricte dans le temps. «C’est impératif: il faut trouver une solution. Le journal ne peut pas rester dans les mains d’Enodia/Nethys. Mais si c’est pour passer d’un pouvoir public à un autre, je ne vois pas comment on avance. Il faut un plan de reprise dans la durée. Et c’est ça qui est délicat », conclut le député MR.

RÉACTION

Targnion: une démarche «pas normale»

En vacances à l’étranger, Muriel Targnion, bourgmestre PS de Verviers, mais aussi présidente du conseil d’administration d’Enodia, l’ex-Publifin, estime «que ce n’est pas normal qu’un Parlement demande à une société privée de se séparer d’une de ses sociétés. Quand il y a des soucis dans un autre groupe de presse, le Parlement ne se permet pas cela!».

Pour rappel, le Parlement wallon unanime a voté en novembre une motion réclamant la sortie de Nethys des Éditions de l’Avenir.