FESTIVALS DE L’ÉTÉ

Pas un euro de la FWB au festival «Les Gens d’Ere»: les justifications consternent les organisateurs

Pas un euro de la FWB au festival «Les Gens d’Ere»: les justifications consternent les organisateurs

Dans une semaine aura lieu le festival Les Gens d’Ere: sont à l’affiche, notamment: Amir, Alice ont the roof, Kyo, Skip the use, Mustii, Typh Barrow, Tanaë, E3psylon, etc. ÉdA – 40495680584

Le festival «Les Gens d’Ere» déplore de n’avoir reçu aucun subside de la Fédération Wallonie-Bruxelles au contraire d’autres festivals en Wallonie. Les motivations laissent perplexes le comité. «Comme si la culture serait une notion à deux vitesses: celle qui mérite d’être subsidiée d’un côté, la culture grand public de l’autre, et qui bien évidemment peut se financer d’elle-même».

Depuis près de vingt ans, les Gens d’Ere organisent des festivités dans leur petit village près de Tournai. Depuis maintenant dix ans, ces festivités ont évolué vers l’organisation d’un festival musical rock&pop dont la notoriété croît au fur et à mesure des années. Pour l’édition 2019 qui se déroulera le dernier week-end de juillet, près de 15 000 festivaliers sont attendus sur le site.

Les organisateurs viennent d’apprendre qu’ils n’obtiendront pas un seul euro de la part de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB). «Zéro euro: ce sera le montant de la subvention octroyée au Festival Les Gens d’Ere par l’Administration générale de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)», déplore le comité au travers d’un communiqué envoyé ce mercredi. «En cause? Un avis de 12 lignes mettant en avant une programmation trop mainstream et un manque de prise de risque dans la programmation d’artistes issus de FWB. Des arguments peu cohérents au vu des festivals de musiques non-classiques soutenus par la FWB».

«Même pas le quart de la somme demandée»

Le Comité Les Gens d’Ere rappelle qu’il s’est toujours appuyé sur la richesse de l’investissement bénévole de ses membres afin de développer un concept convivial, attractif et surtout accessible financièrement. En prévente, il était possible d’acquérir un Pass de 3 jours pour 40 euros, le Pass pour les enfants de moins de 12 ans étant à 5€.

En 2019, pour la première fois, le comité Les Gens d’Ere a rentré un dossier à l’Administration générale de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. «L’objectif était d’obtenir une subvention permettant de poursuivre le développement du festival tout en continuant à pratiquer des tarifs accessibles. La subvention demandée devait permettre d’équilibrer les comptes, sachant que jusqu’à présent, l’ensemble du Festival est principalement financé sur fonds propres (90%) avec l’apport de quelques subsides communaux ou régionaux».

Le dossier a été examiné par le CMNC (Conseil des Musiques non-classiques) qui a communiqué ses avis motivés à la ministre de la Culture. Dans la grande majorité des cas, cet avis est suivi.

À Ere, on a appris le 25 juin par un courrier de la ministre qu’aucun subside ne serait accordé. «Pas la moitié de la somme demandée, pas le tiers ni même le quart… zéro euro!»

«La culture grand public doit se financer elle-même»

Les motivations de ce refus font réagir le comité Les Gens d’Ere, qui l’estime peu fondé.

Premièrement, le CMNC estime que la programmation du Festival Les Gens d’Ere est très mainstream et se pose la question sur l’objectif culturel et artistique du Festival.

Commentaire des organisateurs du festival Les Gens d’Ere:

«La Fédération Wallonie-Bruxelles subventionne des festivals comme Les Francofolies de Spa ou encore le Festival Les Ardentes à Liège, deux festivals de qualité dont les têtes d’affiches sont au moins tout aussi mainstream que celles proposées par notre festival. Ce type de considération laisse à penser que la Culture est considérée par le CMNC comme une notion à deux vitesses.

Il doit sans doute y avoir d’un côté la Culture avec un ‘C’ majuscule, élitiste, réservée à ‘ceux qui savent’ et qui mérite d’être subsidiée, et d’un autre côté, une culture grand public, qui bien évidemment peut se financer d’elle-même».

«Neuf artistes issus de la FWB»

Le CMNC pointe par ailleurs dans la programmation du festival tournaisien le manque de vison de développement des artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que le manque de prise de risque artistique.

Commentaire des Gens d’Ere:

«Sur les 14 artistes programmés sur les 3 jours de Festival, 9 sont originaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dont plusieurs groupes régionaux qui auront l’occasion de faire partager leur talent dans des conditions professionnelles et devant un public nombreux et avide de découvertes musicales… De quels risques artistiques parle-t-on? S’il s’agit des risques financiers liés à une programmation qui n’attirerait personne, ce sont bien les organisateurs qui les prennent sur fonds propres…»

«Où est la Wallonie picarde?»

Enfin, le CMNC ne voit pas en quoi cet événement apporte un plus dans le paysage culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Commentaire du comité «Les Gens d’Ere»:

«Si le CMNC avait pris le temps de rencontrer et de discuter avec les organisateurs, ceux-ci auraient pu lui expliquer, par exemple, que ce festival est le seul événement de ce type et de cette taille dans les 50 km à la ronde; qu’il permet à un public local de participer à ce type d’événement culturel sans devoir courir jusqu’à la capitale ou plus loin encore.

Mais visiblement, à voir la liste des festivals de musiques non-classiques soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles, il apparaît que les membres du CMNC connaissent assez peu la Wallonie Picarde…»

 

«Et l’investissement associatif?»

Le comité Les Gens d’Ere déplore une série d’arguments à géométrie très variable avancés par l’organe consultatif. «Ces arguments apparaissent plus comme un raisonnement visant à garder les faibles moyens octroyés dans un entre soi, histoire de ne pas devoir partager le gâteau…»

Le comité «Les Gens d’Ere» regrete encore que l’investissement associatif ne soit pas davantage pris en compte.

«Notre comité a fait le pari de maintenir et de développer le tissu social dans son village et sa région. Chaque année, l’organisation d’un tel événement est un défi relevé avec enthousiasme par une équipe de bénévoles motivés, dont le professionnalisme n’a rien à envier aux plus grosses productions».

L’organisation d’un tel événement est un risque financier conséquent, assurent les organisateurs du festival. «Le cachet des artistes explose, les normes de sécurité sont de plus en plus drastiques. Chaque année, faute de soutien, des événements de qualité doivent mettre la clé sous le paillasson. À ce rythme-là, d’ici une dizaine d’années, il ne restera que quelques (très) grosses organisations, dont la programmation sera certainement très mainstream…»