TOURNAI

Le Tournai d’avant: tué par le traité de Versailles

René Mercier, jeune tournaisien, est tué lors d’un attentat de nationalistes allemands en 1923 alors qu’il était de la Garde du Rhin

Le 28 juin 1919, les alliés, victorieux et l’Allemagne, vaincue, signent ce traité dans la galerie des glaces de Versailles. Les vainqueurs feront payer très cher le sang et les larmes versés par leurs compatriotes. L’Allemagne perd notamment son empire colonial, l’Alsace et la Lorraine, Eupen et Malmédy et est condamnée à payer la somme pharamineuse de 132 milliards de marks/or soit 47 312 tonnes d’or.

Exsangue, l’Allemagne retarde ses paiements. En 1923, les forces françaises et Belges envahissent la Rhur; c’est la fameuse Garde au Rhin.

En pays ennemi

Les nationalistes allemands, convaincus que leur pays fut trahi, réagissent avec une extrême vigueur et leur voix est écoutée dans un pays livré à l’instabilité politique et sociale, où l’inflation n’a plus de bornes.

Des groupes de résistance se constituent, leur violence croît et va coûter la vie à de jeunes belges.

Le samedi 3 février, la nouvelle court les rues: «Le fils Mercier a été tué, le vicaire de Saint-Brice vient d’en avertir les parents». C’est bien vrai, la nuit même, un télégramme le confirme: «René Mercier est décédé à l’hôpital de Crefeld des suites de ses blessures».

L’enquête menée par les polices belge et allemande expliquera le processus «deux hommes sont montés à Duisbourg porteurs de deux lourdes valises en osier et sont descendus à Hochfeld juste avant le départ du train; ils ont été vus s’enfuyant rapidement, l’un d’eux ayant encore, sortant de sa poche, un mince cordon allumé. Les deux hommes avaient placé la ou les bombes dans le WC, l’explosion a pulvérisé la voiture, arrachant même rails et traverses».

Un grand cœur

À Tournai, René Mercier est très favorablement connu; chrétien pratiquant, élève des Frères, membre des Jeunes Gens de Saint-Brice, son appel à la prêtrise est stoppé pour raison familiale, généreux et affectueux, vendeur à la Vierge Noire, il quitte sa demeure du 16, rue Royale où son père tient une droguerie pour son service militaire en 1921. Milicien, affecté au 23e de Ligne à Ostende, promu caporal, l’allongement de quatre mois pour les troupes d’occupation lui sera fatal.

Les funérailles des victimes ont lieu sur place le mardi 6 février avant leur transfert en Belgique. À Bruxelles-Nord, huit cercueils sont accueillis, deux d’entre eux embarquent dans un wagon spécial vers Tournai.

Deux, oui, car le caporal Senelle, qui sera enterré à Thieulain, est parmi les victimes.

Tournai s’est préparée ce deuil; dans les appels des sociétés, les mots sont durs, flétrissant «l’infamie, ce lâche attentat ne peut avoir pour rançon que les vies des auteurs».

Le jeudi 8, les autorités militaires et civiles, 63 groupements d’écoliers, de sociétés diverses et un public immense suivent le corps posé sur une prolonge d’artillerie qui monte vers le cimetière du Sud.

La ville est silencieuse, seules s’entendent les cloches des églises; tristesse et émotion pour cette jeune vie, éteinte avant ses 22 ans.