MELLES

«Je ne vois là que des enfants»

«Je ne vois là que des enfants»

Marcel Decarpentrie, le Père Darblay, Léo Chevalier, un trio qui sauva bien des vies et auquel manque la figure d’Anne-Marie Rouneau. ÉdA

«Y a-t-il des enfants juifs parmi les hébergés de l’institut Saint-Paul?» Léo Chevalier disait ne voir que des enfants.

En France, la laïcisation de l’enseignement en 1905 crée l''exil des congrégations qui poursuivront leur mission dans les pays limitrophes C’est ainsi qu’en octobre 1908, des Pères Salésiens français, rachetant un château au cœur du village, ouvrent à Melles l’institut Saint-Paul.

Directeur, le P. Henri Crespel le structure rapidement, ouvre un orphelinat pour enfants de 7 à 13 ans, y ajoute l’Œuvre des Vocations tardives basée à Froyennes.

Interrompue par l’occupation allemande en 1914-18, la croissance de l’établissement reprend dès 1919. Parmi les 105 écoliers de primaires, les 35 vocations tardives, beaucoup de Français.

En 1927, s’achève la chapelle et huit ans après s’ouvre une section d’horticulture qui revêtira bientôt une extrême importance.

Voici juin 1942. L’institut avec les PP Dubocquet et Darblay en aumôniers se transforme et accueille l''œuvre des Enfants débiles, initiative de l’avocat Léo Chevalier (1887-1965) dont l’action sociale fut très intense dans les domaines médical et caritatif.

En 1941, l’œuvre privilégie d’abord des séjours chez les particuliers puis, l’an suivant, fonctionne en homes permanents à Rumillies, Froyennes, Wiers et Melles. Ici seront hébergés 901 gosses en 1942, 1 061 en 1943.

L’instruction des enfants est assurée par des institutrices; Anne-Marie Rouneau, venant des Ursulines, assure la délicate mission de directrice.

Délicate, car dès les premiers arrêtés allemands, de jeunes juifs, quatre-vingt environ, s’en viennent à Melles et se mêlent aux autres gosses; sécurité oblige, ils suivront les cours de religion, sans communier toutefois.

En septembre 1942, Marie-Thérèse Defonteny, assistante sociale, frappe à la porte de l’institut après un voyage éprouvant depuis Charleroi, en train, tram et à pied depuis Velaines.

Avec elle, deux ados qui seront promus aide-jardiniers, Isaïe Rotblat et Maurice Starkman.

En 1960, malgré 200 élèves, les P. Salésiens quittent Melles pour Bailleul (F). D’un élevage de faisans à un long abandon se trace le destin de l’institut Saint-Paul qui disparaît en mars 2000.