TOURNAI

Le Tournai d’avant: «Chez Nous», le dernier cercle d’accueil

Ce prochain week-end, le faubourg Saint-Martin sera en fête. Une fête conviviale, tournée vers la solidarité, le soutien aux plus pauvres, des objectifs qui n’ont pas changé depuis plus de cent ans.

Des pauvres, des laissés-pour-compte, c’est aussi vieux que le monde. Sans aller jusqu’aux calendes grecques, il suffit de baguenauder dans les rues pour découvrir, sur les façades de maisons anciennes, ces plaques commémoratives des «fondations», le moyen pour les gens aisés de secourir jeunes filles, veuves ou ménages démunis.

La pauvreté, la Ville aussi lutte pour l’éradiquer; parfois de façon inhumaine car, au XIXe, ceux qui étaient pris en flagrant délit de mendicité étaient, manu militari, envoyés en centres fermés, comme à Merxplas (Anvers).

Heureusement, il y a des initiatives louables telle la création des «Cercles paroissiaux» destinés à combattre un mal terrible dont souffre surtout la condition sociale la plus sensible. Les bistrots sont des centaines, quarante-quatre encore en 1935 entre rues des Clairisses et Sainte-Catherine.

Ces Cercles sont aussi étonnamment des cafés, pourvus largement de moyens de se distraire, jeu de fer et/ou de boules, cibles pour fléchettes, cartes. À la différence des autres, un règlement y est à respecter avec horaires, tenue correcte exigée, langage sans vulgarité et ivrognerie interdite. Ils sont une dizaine dans la ville, jusqu’à ce que la société change, que la clientèle se tourne vers d’autres loisirs enfin accessibles, la plupart ferment ou simplifient leur accueil dans les années 1960.

Sauf un, le Cercle du faubourg Saint-Martin, logé dans l’enceinte de l’école de la rue Doublet. Mais quand l’école en extension a besoin de locaux, la question se pose: que faire?

Les réunions des responsables s’enchaînent, la solution, soutenue par un curé très social, l’abbé Vandercammen: construire.

Dans l’euphorie de moment, le terrain étant disponible offert par la paroisse à la rue Général Piron, les plans sont grandioses: le «Chez Nous» comporterait salles à emploi divers, maison-conciergerie et un vaste hall sportif. Les devis, plus de quatre millions de francs en 1960, ramènent à la raison.

Il est gardé l’essentiel soit des salles, de fêtes ou/et de réunions, cuisine, annexes de service. La demeure du concierge sera bâtie, au fond du jardin, un peu plus tard. Quant au coût, il sera réduit car la construction est légère, sans fioritures avec au cœur une salle de 42 m de long sur 11 de large, modulable.

Que faut-il penser de cela aujourd’hui? Une évidence s’impose, à la pauvreté, qui n’est plus seulement matérielle amis aussi morale, psychologique, le «Chez Nous» s’impose par un accueil quasi au quotidien. Les isolés, défavorisés ont besoin de pain mais aussi de rencontres, d’échanges et le «Chez Nous» y répond grâce à beaucoup de bonnes volontés et la volonté de servir.