JUDICIAIRE

Affaire Pauwels: les troublantes relations du chef des enquêteurs

Affaire Pauwels: les troublantes relations du chef des enquêteurs

BELGA/LAURIE DIEFFEMBACQ

Me Frank Discepoli, avocat de Farid Hakimi, principal inculpé dans le cadre du dossier des home-jackings dans lequel est inculpé l’animateur Stéphane Pauwels, a demandé à la chambre des mises en accusation de la cour d’appel du Hainaut de prononcer l’irrecevabilité des poursuites, estimant que le chef d’enquête «a pollué ce dossier comme un cancer» en faisant des promesses à un autre inculpé.

Me Frank Discepoli a été imité par d’autres avocats scandalisés par la tournure que prend ce dossier.

La chambre des mises en accusation a procédé, mardi, à un examen de la procédure en cours concernant le vaste dossier des home-jacking instruit à Mons, appelé par certains médias «l’affaire Pauwels» en raison de la présence de l’ancien animateur de RTL, inculpé dans cette affaire. Celle-ci implique une trentaine de personnes dont plusieurs sont encore en détention préventive. Cette affaire concerne vingt-six agressions violentes commises à domicile, entre 2015 et 2017, dans le Brabant wallon et le Hainaut.

Des messages échangés entre le chef d’enquête et la compagne d’un inculpé

On a appris, mardi matin, que le procureur fédéral a demandé, sur base de l’article 235 bis du code d’instruction criminelle, de contrôler la régularité de la procédure suite à des pièces déposées par un autre avocat, à savoir des enregistrements, des photos et des messages WhatsApp échangés entre le chef d’enquête et la compagne d’un inculpé, Marwan Hammouda, devant la chambre du conseil. Comme celle-ci a refusé, un appel a été lancé devant la chambre des mises en accusation.

Le procureur fédéral compte demander la nullité de trois procès-verbaux entachés par un comportement incriminé du chef d’enquête mais la défense a plaidé l’irrecevabilité des poursuites car 95% des procès verbaux auraient été rédigés par le chef d’enquête.

«La cour nous a entendus car on est en face d’une situation grave. Nous avons été frappés dans le dos par un chef d’enquête qui a trahi tout le monde en faisant des promesses à un inculpé et en exerçant des pressions sur d’autres inculpés. Il y a des règles à respecter», a déclaré Me Discepoli.

 

«

Je demande que la cour ne statue pas. Une enquête est actuellement menée à Charleroi sur les agissements de ce chef d’enquête et il faut attendre les conclusions de cette enquête et voir de quelle manière elle a pollué ce dossier-ci.

»

 

Me Sven Mary, avocat de Stéphane Pauwels, s’est montré plus mesuré, bien que fâché d’avoir attendu plusieurs heures pour passer devant la cour. «Je demande que la cour ne statue pas. Une enquête est actuellement menée à Charleroi sur les agissements de ce chef d’enquête et il faut attendre les conclusions de cette enquête et voir de quelle manière elle a pollué ce dossier-ci».

Mardi, la juge d’instruction montoise Véronique Laloux a été auditionné par la cour. On ignore ce qu’elle a déclaré à la cour et si elle était au courant de la liaison entre le chef d’enquête et la compagne d’un inculpé.

Pour rappel, le chef d’enquête fait l’objet d’une enquête menée par la juge d’instruction Martine Michel, de Charleroi, car il a entretenu une relation avec la compagne de Marwan Hammouda, à qui il aurait fait certaines promesses lors de conversations téléphoniques ou numériques. Il n’aurait pas hésité aussi à charger d’autres inculpés, selon des avocats de la défense.

Pas une première dans le Hainaut

C’est la seconde fois que le comportement d’un chef d’enquête est remis en question devant une cour en Hainaut. Lors du procès des motards plaidé à Mons, en correctionnelle puis en appel, Me Michel Bouchat avait plaidé la nullité des poursuites en raison de la relation entre le chef d’enquête et l’ex-compagne de son client, membre des No Surrender. A l’époque, cette liaison avait été découverte bien après la clôture de l’instruction. Cette demande avait été écartée.