TOURNAI

Le Tournai d’avant: le beffroi, né de l’ambition d’un roi

Il est en fête en ce moment, concerts, conférences et visites se succèdent afin de louer l’un des piliers du triptyque majeur du patrimoine local. En cause, un anniversaire, c’est le 7 décembre 1999 que l’Unesco l’inscrit sur ses tablettes du Patrimoine Universel de l’Humanité.

Il en a vu d’autres, le vénérable ancêtre des beffrois belges, fière vigie de pierre dressée au haut bout du forum dès avant l’an 1200. Un moment-clé dans l’histoire de la ville.

Or donc, à cette époque règne sur la France le roi Philippe-Auguste (1165-1223). Il veut consolider le pouvoir royal, agrandir son pays par de nouvelles conquêtes et le fortifier comme il le fait de sa capitale, Paris.

L’indispensable clef

Pourquoi Tournai? Parce qu’elle est une ville forte, muraillée, riche, nœud routier depuis les romains et, mieux, cadenas sur l’Escaut et commandant ainsi l’approvisionnement de l’indocile comté de Flandres.

Ses atouts? Une facilité dérisoire pour reprendre la ville à son vassal, l’évêque; Evrard se soumet le 27 décembre 1187 «si vos rens, Sire, la Citet». Ainsi, l’Église se sépare, non des privilèges de lever taxes et impôts déjà revendus à la ville, mais des pouvoirs de justice et scabinaux.

Avec les bourgeois, caste puissante, organisée, aisée de par l’internationalisation du commerce, ce ne sera pas aussi simple. Venu sans fastes aucun, le roi mène de difficiles tractations, en «donnant – donnant» entre deux parties aussi tenaces l’une que l’autre. Philippe et le comte de Hainaut, Baudouin V s’en retournent vite, sans accords.

Y eut-il échanges de délégations, d’émissaires? Avant le 16 avril 1188 sort de la chancellerie française ce qui sera la charte communale de Tournai.

Tout le futur des Tournaisiens y est listé. Avec en sus du droit de commune «le droit de posséder une cloche qu’ils mettront dans un lieu idoine pour la sonner à leur bonne volonté».

Tout est dit; cette cloche c’est la Bancloque – du ban ou rassemblement –, le lieu, le beffroi où se suspendra dans une tour basse, surélevée en 1291.

Tous les besoins civils sont liés au son du campanaire, lequel s’agrandira au fur et à mesure des nouveaux besoins – deux cloches en 1217 –. Il est souvent parlé du beffroi comme signe tangible des libertés communales, ce qui est à nuancer car tout est prévu dans l’acte de 1188 y compris, si la ville y déroge, la suppression des privilèges, ce qui arrivera d’ailleurs.

Les ans se sont accumulés, d’incendie en restaurations, sans que l’amour des Tournaisiens pour leur beffroi ne s’effrite. Grimpez donc les 257 marches – et non 252 comme entendu à la TV –, parcourez les cellules, admirez le carillon et la Bancloque avant de parvenir à la galerie supérieure pour y découvrir la ville et, surtout, la plus belle vision possible de la cathédrale Notre-Dame. Bonne visite.