LIÈGE

«Mouches, sang, rongeurs»: des riverains en justice pour dénoncer les nuisances de Kurth Viandes

«Mouches, sang, rongeurs»: des riverains en justice pour dénoncer les nuisances de Kurth Viandes

Le siège de la société Kurth Viandes est situé rue de l’Abattoir à Liège. Google Maps

Dépôt de pneus, odeurs nauséabondes, invasion de mouches, de rats et même de mouettes… Les nuisances dénoncées par les riverains de la société Kurth Viandes, dont le siège est situé rue de l’Abattoir à Liège, sont nombreuses.

Dépôt de pneus, odeurs nauséabondes, invasion de mouches, de rats et même de mouettes… Les nuisances dénoncées par les riverains de la société Kurth Viandes, dont le siège est situé rue de l’Abattoir à Liège, sont nombreuses. Plusieurs actions en justice ont été lancées pour y mettre fin, a indiqué mercredi Me Alain Lebrun, qui représente une cinquantaine d’habitants.

Jean-Marie de Sart, voisin de l’exploitation située rue de l’Abattoir mais qui s’étend jusqu’au quai Godefroid Kurth, alerte les autorités depuis 2005. A l’époque, dans un courrier adressé à l’administration du cadastre, il accusait la société de ne payer aucun précompte immobilier, en déclarant ses bâtiments «en ruine» alors qu’elle continue de les exploiter. Il se plaignait déjà «des mouches, du sang, des rongeurs, des oiseaux, des odeurs, des cuissons sous nos fenêtres…»

Kurth Viandes appartient à la famille Derwa, dont la firme éponyme a été reprise l’an dernier par un consortium d’investisseurs belges, «Belgian Meat Partners», qui a changé le nom du site liégeois en Viande de Liège.

Viande de Liège n’est cependant pas concerné ici: la famille Derwa reste derrière Kurth Viandes, expliquent Me Lebrun et M. de Sart. La situation reste toutefois floue. «Famille Derwa, Vieille Abbaye, Kurth Viandes… On s’y perd et on ne comprend pas le montage. On se demande pourquoi une société honnête a besoin de tant de masques pour son personnage», a lancé l’avocat. «Même Einstein ne s’y retrouverait pas», a abondé M. de Sart.

Plusieurs actions judiciaires ont été entamées. Une première victoire a été obtenue le 11 janvier dernier, le tribunal de première instance de Liège ayant ordonné à Kurth Viandes d’enlever les pneus déposés dans son bâtiment.

Au nom de la famille de Sart, Me Lebrun a également intenté une action en dommages et intérêts, qui est pendante.

Enfin, une action en cessation devant le président du tribunal de première instance de Liège a été enclenchée à l’encontre de Kurth Viandes car cette société n’a plus de permis d’environnement depuis sept ans. L’affaire sera plaidée le 6 août prochain.

Les riverains et leur avocat regrettent l’inaction des autorités face à cette situation. «Il est incroyable que ni la Région wallonne, ni la Ville n’aient un registre afin que lorsqu’un permis d’environnement s’achève, on puisse vérifier que l’exploitation est terminée», a déploré Me Lebrun. Surtout que dans ce cas-ci, les riverains ont maintes et maintes fois alerté les autorités, gênés par d’autres nuisances de la société.

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La boucherie est restée fermée dix jours. Selon nos sources, cinq tonnes de viande avariée ont dû être liquidées.

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Les choses commencent toutefois à bouger, se sont-ils réjouis, même s’ils n’attendent «pas monts et merveilles». Le 28 mai dernier, le bourgmestre Willy Demeyer a adressé un courrier à Kurth Viandes. Il y constate que la demande de permis d’environnement introduite par la société a été déclarée irrecevable le 11 mars 2019 mais que l’exploitation s’est poursuivie. Il intime dès lors la société de se mettre en ordre dans un délai d’un mois. À défaut, un PV d’infraction pourra être dressé. Il a également averti l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca).

Cette dernière, lors d’un contrôle effectué début mai, sans lien avec le conflit de voisinage, avait constaté des défauts de conformité avec la législation, indique sa porte-parole, Stéphanie Maquoi. «La boucherie est restée fermée dix jours. Selon nos sources, cinq tonnes de viande avariée ont dû être liquidées», a avancé Me Lebrun. Ce que dément l’Afsca: «il ne s’agissait pas de viande avariée», souligne la porte-parole. La boucherie et l’atelier de découpe de viandes ont bien dû fermer leurs portes. «La boucherie a pu rouvrir mais la procédure suit son cours pour l’atelier», qui a introduit une demande de réouverture, explique-t-elle.