TOURNAI

S’organiser face aux violences conjugales

S’organiser face aux violences conjugales

Le témoignage de Julie Bodelot est réédité et augmenté chez Formbox (JF Delquignies). ÉdA – 401263755000

Comment accompagner plus efficacement les victimes de violences conjugales? On y réfléchissait hier matin à Tournai.

La jeune maison d’édition tournaisienne Formbox, tournée vers le travail social, vient de publier deux livres centrés sur les violences conjugales: «J’aimais le diable», de Julie Bodelot, et «C’est pas ça l’amour», d’Agathe Breton.

Le principe de la collection: un témoignage et un cahier pédagogique appuyé sur une solide bibliographie. «Formbox souhaite proposer une boîte à outils dans laquelle puiser des éléments concrets qui n’oublient jamais d’avoir du sens», disent les éditeurs Jean-François Delquignies et Delphine Planquelle. Une boîte à outils à destination des pros, mais aussi de l’entourage des victimes.

C’est d’ailleurs ce concept qui a convaincu Julie Bodelot de rééditer chez Formbox son livre paru pour la première fois en 2009.

Ce mardi, à la Maison de la laïcité, Formbox proposait aux professionnels du secteur (psychologues, éducateurs/trices, assistant.e.s sociaux/ales, juristes, etc.) une matinée de réflexion sur l’accompagnement des victimes de violences conjugales.

Quitter le bourreau…

Julie Bodelot, aujourd’hui formatrice indépendante, mariée et jeune maman, raconte ses années de détresse auprès d’un homme qui a pris possession d’elle. On devine le profil du pervers narcissique.

Mme Bodelot dissèque les mécanismes qui font que les responsabilités s’inversent (s’il est violent, c’est que c’est de ma faute) que la protection s’inverse (il est si malheureux de m’avoir frappée, il sait être si gentil…)

En dépit des mises en garde de son entourage, accepter l’idée qu’elle est une victime, qu’elle doit recourir à une aide extérieure pour s’en sortir, lui prendra un temps considérable.

Au final, si elle a pu se relever, combien sont-elles à refuser encore et toujours de se voir comme des victimes, d’admettre que l’autre, celui qu’elles aiment, est leur bourreau?

Et même, lorsqu’enfin elles ouvrent les yeux, combien sont-elles à ne pas avoir l’énergie de quitter ce bourreau? Il faut trouver la main secourable et surtout compétente. Car la survictimisation guette, ravalant la victime au statut de consentante (après tout, si elle ne le quitte pas… ou… elle n’a qu’à le quitter).

Cycles et allers-retours

Pour suivre, l’équipe de la maison d’accueil La Consoude (Ariane Laebens, Amélie Platteau, Coralie Dangreaux) propose la reconstitution d’un premier entretien entre une victime et le personnel social.

Ça sonne terriblement juste et ça fait écho au témoignage entendu. On reconnaît le cycle «tension, crise, justification, lune de miel» qui se répète. On comprend la moyenne de sept (!) aller-retour pour celles qui finissent par se libérer.

Former un réseau

Autre manière d’aborder la thématique: Delphine De Volder, criminologue et responsable du service d’aide aux victimes (police de Tournai) a ensuite exposé la nature de son travail.

Enfin, le CLPS-HO, centre local de promotion de la santé (responsable René Dejonckheere), s’est proposé d’apporter l’appui nécessaire à un groupe de travail qui œuvrerait à davantage de mise en réseau des compétences sur ce thème.

«J’aimais le diable», Julie Bodelot, Formbox, 22€. ISBN 978-2-930997-00-1