TOURNAI

VIDÉO | Tournai n’oublie pas le génocide rwandais, 25 ans après…

À l’initiative de l’ASBL Ibuka, on commémorait, ce samedi à Tournai, le génocide commis en 1994 au Rwanda. Pour ne pas oublier, mais aussi pour réclamer que Justice soit faite…

«Ibuka» signifie «Souviens-toi» en Kinyarwanda. C’est aussi le nom d’une ASBL fondée à Bruxelles en août 1994, regroupant les survivants du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda en 1994 (et qui coûta la vie à 800 000 personnes), les proches des victimes ainsi que toutes les personnes soucieuses de la mémoire des victimes et du sort des rescapés de ce génocide. L’ASBL a également pour objectif d’appuyer toute initiative visant à retrouver et à juger les responsables de ce génocide et à lutter constamment contre la banalisation et le négationnisme de ce type de massacre, au Rwanda et dans le monde.

VIDÉO | Tournai n’oublie pas le génocide rwandais, 25 ans après…
Des flambeaux ont été allumés avant le départ de la marche... EdA

Au fil du temps, l’association a ouvert des antennes un peu partout en Belgique, et notamment à Tournai, où se tenaient les commémorations de ce samedi. Celles-ci ont débuté par une marche qui partait du Palais de Justice pour rejoindre l’hôtel de ville de Tournai. Là où se tenait une cérémonie officielle en présence du bourgmestre, Paul-Olivier Delannois, du premier secrétaire de l’ambassade du Rwanda en Belgique, Gustave Ntwaramuheto, des représentants d’Ibuka, dont la responsable de l’antenne tournaisienne, Hamida Rwamuhama et plusieurs rescapés du génocide.

Le premier a notamment évoqué en ces termes la mémoire de Bruno Méaux, tué au Rwanda à cette période: «dans votre magnifique pays, l’horreur se produisit très rapidement grâce à la funeste planification mise en place par les extrémistes et proches d’Habyarimana, coûtant au passage la vie à dix paracommandos belges sous la bannière de l’ONU. Parmi eux, se trouvait l’infortuné Bruno Méaux, ce jeune caporal tournaisien qui était en mission de paix et perdit aussi la vie dans des conditions atroces. J’ai bien évidemment une pensée pour lui et pour sa famille…»

Il est important de se souvenir et, surtout, d’éduquer…

Et Paul-Olivier Delannois de rappeler qu’à l’heure où les agressions à caractère ethnique se multiplient dans certaines régions d’Europe: «notre monde devient de plus en plus intolérant et la violence envers les minorités en raison de ce qui touche à leur identité, que ce soit leur orientation philosophique, religieuse, sexuelle ou autre, se manifeste sur notre planète, y compris sur le continent européen… Plus que jamais, la mémoire des horreurs engendrées par des êtres humains doit être entretenue et l’éducation des plus jeunes générations est nécessaire.»

 

Personne n’a rien vu venir…

Les témoignages des rescapés - qui ont pour la plupart perdu toute leur famille dans le génocide - laissent sans voix. À bien des égards, leurs récits font penser à ceux relatés par les rares survivants du massacre d’Oradour sur Glane (Haute Vienne) commis par les nazis en juin 1944.

Au Rwanda aussi, des villages entiers ont été pillés avant d’être brûlés, des hommes, des femmes et des enfants ont été entassés par centaines, par milliers, dans des églises ou dans des stades. Au Rwanda aussi, des mitrailleuses ennemies ont craché le feu pendant parfois plus d’une demi-heure. Des blessés ont été achevés à coups de machette sans aucune forme de pitié.

Vingt-cinq ans après, les blessures sont toujours béantes, mais des criminels continuent à vivre dans l’impunité. Malgré cela, tous et toutes ont apporté un message d’espoir évoquant le Rwanda d’aujourd’hui, démontrant que la réconciliation n’est pas une vue de l’esprit et que si elle n’est pas toujours totale, l’on peut toutefois vivre ensemble, tout en étant différents, sans pour autant s’entre-tuer comme par le passé.

Nous conclurons sur cette mise en garde qui revenait dans la bouche de tous ceux et toutes celles que nous avons rencontré: «Ce qui s’est passé au Rwanda pourrait arriver ailleurs, peut-être même chez vous en Belgique. Tout s’est fait de manière insidieuse, personne n’a rien vu. On croyait vivre dans un petit paradis et puis cela a été l’enfer. Ce qui a mené à cela, ce sont les discriminations, le racisme et le négationnisme…»

À méditer.