LIÈGE

Les petits partis veulent y croire aussi: «Un élu aurait plus d’impact qu’un ixième député MR ou PS»

Les petits partis veulent y croire aussi: «Un élu aurait plus d’impact qu’un ixième député MR ou PS»

Le Collectif Citoyen se présente un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Il est une émanation de différents mouvements citoyens apparus dans le cadre de la campagne électorale de 2018. ÉdA Hermann

À côté des grosses écuries, les «petits partis» espèrent décrocher un sésame pour le parlement, même si les espoirs sont minces. Le Sérésien Didier Brissa emmène la liste du mouvement Demain aux régionales, à Liège. Il y a deux mois, il ne savait pas encore qu’il allait être tête de liste.

Certains semblent farfelus, d’autres apportent des propositions bien plus construites. Certains n’ont aucune chance de décrocher un siège, d’autres sont en mesure de créer la surprise. Lors de chaque scrutin, à l’ombre des formations bien installées, les «petits partis» font leur apparition dans la campagne et sur les bulletins de vote.

Demain a d’ores et déjà fait son apparition dans la sphère politique liégeoise. Intégré à la liste Vert Ardent à la Ville de Liège, il a obtenu un siège au conseil communal, en octobre 2018. Le mouvement, dont le nom est une référence au fameux film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, se présente désormais aux élections régionales dans l’arrondissement de Liège.

Les petits partis veulent y croire aussi: «Un élu aurait plus d’impact qu’un ixième député MR ou PS»
Didier Brissa D.R.
Didier Brissa, un habitant de Boncelles qui travaille dans l’éducation à destination des adultes, occupe la tête de liste. Il a déjà, par le passé, participé à différents scrutins dans des formations diverses: Vega, le Font de Gauche, le Parti communiste. C’est avec le mouvement Demain qu’il a trouvé chaussure à son pied, assure-t-il. Et il espère bien créer la surprise.

«Mais on sait qu’il faut entre 15 000 et 20 000 voix, dans l’arrondissement de Liège, pour obtenir un siège. En décrocher un, ce serait super, mais il y a peu de chances que cela arrive», analyse-t-il avec lucidité. Ce n’est pas pour autant, selon lui, que le combat ne mérite pas d’être mené. Il ne croit pas un seul instant à une dispersion des voix à gauche. «C’est une idée reçue. Dans la réalité, on constate qu’à chaque fois que quand un nouveau parti se présente à gauche, il ne divise pas l’électorat, mais l’élargit.» Et puis «un seul député Demain aurait beaucoup plus d’impact qu’un ixième député MR, PS ou que sais-je. Et ce qui compte, c’est d’amener nos idées dans le débat.»

De fait, Didier Brissa considère que «nous ne sommes pas détenteurs de nos idées. Si d’autres souhaitent s’emparer de nos propositions, tant mieux», l’essentiel étant que le projet de société défendu par Demain percole, petit à petit, dans la sphère politique et dans la société dans son ensemble.

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Décrocher un siège, ce serait super, mais il y a peu de chances que cela arrive.

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Ce projet se fonde sur trois valeurs cardinales: démocratie, socialisme et environnement. «Chacune de nos propositions intègre chacune de ces trois dimensions», explique Didier Brissa. Ce que le mouvement reproche au pouvoir politique, c’est précisément une gestion à la petite semaine et sans approche globale.

«En Wallonie, la politique autour des panneaux photovoltaïques est un bon exemple. L’isolation des habitations aussi, d’ailleurs. Aujourd’hui, il faut faire partie des classes moyennes supérieures pour pouvoir s’en offrir.» Selon le candidat, il s’avère nécessaire de mettre en place d’autres mécanismes de financement, pour qu’en plus de l’enjeu environnemental, les dimensions sociale et in fine démocratique soient rencontrées.

Quatre propositions principales

Quelques propositions fortes figurent à l’avant-plan du programme de Demain. «La première mesure, c’est l’instauration de zones zéro chômeur de longue durée, un peu comme en France.» L’idée consistant à engager des chômeurs volontaires, sur base de leurs compétences et en finançant le programme sur le modèle des titres services. En deuxième lieu, le mouvement prône une tarification progressive des «besoins de base, à savoir électricité, mobilité et eau. Les premiers mètres cubes seraient gratuits puis la tarification évoluerait en fonction de la situation du ménage. Un ménage de deux personnes qui remplit sa piscine paierait son mètre cube plus cher qu’une famille avec trois enfants», illustre-t-il par exemple.

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Il y a deux mois, je ne savais pas que j’allais être tête de liste.

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À l’instar de ce qui s’instaure en communauté germanophone, le mouvement veut instaurer une assemblée de citoyens tirés au sort, à côté du parlement wallon. Enfin, la quatrième mesure principale est la création de régies ensemblières, qui se chargent d’appréhender chaque dossier avec une vision d’ensemble et sur le long terme. Cette vision globale – «holistique», glisse le candidat – fait défaut, selon lui, dans des sphères politiques préoccupées par le court terme et les intérêts politiciens.

Lui-même, à vrai dire, n’avait pas spécialement envisagé de se retrouver à une place éligible. « Nous avons procédé à une élection sans candidats, pour établir les listes », un peu à l’image d’un conclave dans lequel un consensus final doit émerger. «Il y a deux mois, je ne savais pas que j’allais être tête de liste», sourit-il, à quelques heures du scrutin.

D’autres «petites listes» aux régionales

Collectif Citoyen

Le Collectif Citoyen présente une liste de huit effectifs et six suppléants aux régionales, dans la circonscription de Liège. La tête de liste est Abygail Lechanteur.

Il est né du rassemblement de différents mouvements citoyens nés sur le territoire, notamment dans le cadre des élections de 2018. Ses principaux objectifs consistent à «faire naître une union de tous les citoyens respectant les droits de l’Homme, mettre en place un nouveau modèle de gouvernance basé sur l’éthique et la participation citoyenne […], servir l’intérêt général et rechercher collectivement le bien‐être commun, offrir une alternative au système politique actuel […]».

Wallonie Insoumise

Wallonie Insoumise présente une liste de quatre effectifs et quatre suppléants aux régionales, dans la circonscription de Liège. La tête de liste est Francis Biesmans.

Inspiré du mouvement de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ce parti axe son programme autour de cinq propositions-clés: «(1) Se libérer du joug flamand, (2) une écologie populaire, garante du développement durable, (3) une révolution fiscale et du pouvoir d’achat, (4) une refondation de la démocratie et (5) une laïcité, gage d’égalité».

Listes Destexhe

Les Listes Destexhes présentent une liste complète (treize effectifs, treize suppléants) aux régionales, dans la circonscription de Liège. La tête de liste est André-Pierre Puget.

Fondé par l’ancien MR Alain Destexhe, ce parti base son programme en Wallonie sur une dizaine de priorités: simplifier la gestion publique, réduire les impôts, freiner l’immigration et réussir l’intégration, exécuter au moins la moitié des peines de prison, promouvoir l’agriculture familiale et les circuits courts, réparer les routes, revoir le système des allocations de chômage, augmenté le niveau des élèves, retarder la sortie du nucléaire et refédéraliser certaines compétences.

DierAnimal

DierAnimal présente une liste de cinq effectifs et cinq suppléants aux régionales, dans la circonscription de Liège. La tête de liste est Ryan Sabkhi.

DierAnimal se présente comme «le premier parti animaliste unifié, national et bilingue en Belgique», qui vise à former «ensemble le visage et la voix des animaux» et «construire une société plus équitable pour tous, dont l’humain n’est pas le centre d’intérêt unique».