FRANCE

Journaliste convoquée par les services secrets: «On ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent»

Journaliste convoquée par les services secrets: «On ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent»

AFP

«On ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent qui appartient aux forces spéciales», a affirmé jeudi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye pour justifier la convocation par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) d’une grand reporter du Monde.

Après les convocations d’autres journalistes ayant enquêté sur l’exportation d’armes françaises utilisées au Yémen, Le Monde a indiqué mercredi qu’Ariane Chemin, qui a révélé l’affaire Benalla, était, elle, convoquée le 29 mai par la DGSI.

«Il y a en France un certain nombre d’obligations qui pèsent sur tous les citoyens, et on ne peut pas dévoiler l’identité d’un agent qui appartient aux forces spéciales», a déclaré Mme Ndiaye sur Europe 1, en défendant la protection par l’État d’«un certain nombre de données qui sont nécessaires à des activités, notamment des activités de défense extérieure et des activités militaires».

Notant que le contenu d’un article de la journaliste «a conduit à une plainte d’une personne, manifestement un agent des services extérieurs», elle a jugé que dans ce cadre «il est normal qu’en tant que justiciable Mme Chemin soit entendue dans cette affaire-là».

L’enquête «vise (...) notamment nos informations sur le profil d’un sous-officier de l’armée de l’air, Chokri Wakrim, compagnon de l’ex-cheffe de la sécurité de Matignon, Marie-Élodie Poitout», a expliqué le directeur de la rédaction du Monde Luc Bronner dans un éditorial mercredi. Chokri Wakrim était lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe, qui a conduit à l’ouverture d’une enquête pour «corruption», a-t-il rappelé.

De source judiciaire, Ariane Chemin est convoquée dans le cadre d’une enquête ouverte pour «révélation de l’identité d’un membre des unités des forces spéciales». Selon des sources concordantes, cette enquête intervient à la suite d’une plainte déposée mi-avril par Chokri Wakrim.

Ces convocations de journalistes ont provoqué nombre de protestations de journalistes et responsables politiques.