PROVINCE DE NAMUR

Les résultats des élections fédérales 2019 en province de Namur: un siège pour le PTB au détriment du MR

Les résultats des élections fédérales 2019 en province de Namur: un siège pour le PTB au détriment du MR

Thierry Warmoes et les militants PTB namurois ÉdA – Florent Marot

MISE À JOUR À 23h50 | Résultats définitifs, noms des élus Thierry Warmoes, leader du PTB à Namur, siègera au parlement fédéral. Le dernier député communiste namurois avait été élu en 1946.

Les résultats

Les 209 bureaux de la circonscription namuroise ont été dépouillés à 23h44. Les résultats sont complets: PS 22,11% (-5,72% par rapport à 2014), MR 19,77% (-8,54%), cdH 17,05% (+0,98%), Écolo 15,19% (+5,45%), PTB 11,92% (+7,06%) et DéFI 4,86% (+2,06%). Le PTB envoie un élu au parlement fédéral. Une première depuis 1946 et ce, au détriment du MR.

Les élus namurois sont Éliane Tillieux et Jean-Marc Delizée (PS), David Clarinval (MR), Maxime Prévot (cdH), Georges Gilkinet (Écolo) et Thierry Warmoes (PTB).

Les réactions se sont succédé tout au long de la soirée:

- Pour analyser les résultats des socialistes, Jules Eerdekens (1er suppléant à la Chambre) la joue collectif. « C’est un casting qui a bien fonctionné. Et les ténors de notre liste ont répondu aux attentes, insiste le candidat PS. Grâce à ça, on redevient le premier parti de la province. Et ce n’est pas anodin. Cela nous permet aussi de garder notre deuxième siège. A l’inverse du MR, redevenu deuxième parti…» Jules Eerdekens a aussi un mot (dur) pour les vainqueurs de la soirée. «Le PTB a capté le vote des contestataires. Mais leur programme n’est pas réaliste. Ils proposent de raser gratis… des imberbes.» Et Écolo? «C’est le parti yo-yo. En 2014, ils sont tombés. Aujourd’hui, ils remontent. En 2024, ils chuteront à nouveau. Parce que tous les jeunes qui ont voté pour eux se rendront bien compte qu’Écolo ne peut pas sauver le monde…»

- Gauthier de Sauvage (cdH, 3e candidat suppléant au fédéral): «Namur se renforce au niveau fédéral. On a une légère érosion à la région. On gardera deux sièges à la région et un au fédéral. C’est la confirmation qu’on est avec les bonnes personnes. Les listes n’ont pas démérité dans le namurois. Ce n’est pas l’érosion annoncée.»

- Pierre-Yves Dupuis ne danse pas la carmagnole avant d’entrer dans les studios de Canal C pour le débriefing électoral. «Si la tendance se confirme, on peut quand même se réjouir d’avoir atteint notre objectif: dépasser la barre des 5%». La tête de liste namuroise à la Chambre rappelle que, pour son parti, les conditions ne sont pas toujours faciles. «Pour le financement, on peut estimer que l’on reçoit dix fois moins que les partis traditionnels. Tous les candidats ont un boulot: nous ne sommes pas des professionnels de la politique. C’est un avantage parce qu’on est bien ancré dans la réalité mais, par contre, on dispose de moins de temps et de moyens pour occuper l’espace.» Dans ce conteste, pour Pierre-Yves Depuis, ce score de 5% est donc un bon résultat. «Cela nous permet d’exister et de continuer à progresser. À notre rythme.»

- David Clarinval, chef de groupe MR sortant au parlement fédéral et premier candidat effectif sur la liste fédérale pour la cirsconcription de Namur, a fait un passage éclair au QG du MR, à Bouge, avant de se rendre auprès de médias pour des interviews. Avec prudence, vu les résultats partiels, il se réjouit que le MR enregistre un meilleur score que celui prédit par les sondages. «Il n’en demeure pas moins qu’il y a une diminution incontestable et qui est variable, signale-t-il. Pour la Région, on est à moins 3% dans le Nord et à moins 8% dans l’arrondissement de Dinant-Philippeville. Au niveau fédéral, on est également dans une diminution entre 7 et 8%. Cependant, nous restons quand même toujours le deuxième parti en Province de Namur.» David Clarinval se dit étonné et interpelé par la victoire des extrêmes. «Le PTB en Wallonie fait des scores incroyables, de même que le Vlaams Belang en Flandre. Donc on voit très bien que les électeurs votent de manière populiste, à l’extrême gauche ou à l’extrême droite, et c’est assez inquiétant. C’est un message simpliste et populiste qui a l’air de plaire et contre lequel il va falloir être pédagogique pour essayer de faire comprendre aux citoyens les enjeux»

- Thierry Warmoes (PTB, 1er candidat effectif à la Chambre, circonscription de Namur): «Selon les premières projections, on pourrait avoir un élu à la Chambre et un autre au Parlement wallon. Pour Namur, ce serait la première fois depuis 1946, souligne Thierry Warmoes. On fait aussi visiblement des bons scores dans des zones qui ne sont pas des bastions traditionnels. C’est le cas à Dinant où l’on parle de 13%. D’habitude, c’est sur Andenne, Namur ou Sambreville qu’on fait nos meilleurs résultats mais là, c’est un peu partout.» La tête de liste PTB de la chambre estime que son parti récolte là le fruit d’un vrai combat sur le terrain. «Nous n’avons pas les moyens financiers des grands partis. Les tracts, les affiches, on fait énormément nous-mêmes. Mais c’est au contact des gens qu’on a été le plus efficace. On a rencontré les travailleurs à la sortie des usines, des entreprises. Cette manière de faire est finalement efficace, insiste Thierry Warmoes. On espérait bien que Namur enverrait un élu au Parlement wallon. Si c’est aussi le cas à la Chambre, ce sera la cerise sur le gâteau. Et le combat est aussi important en Flandre. Sans avoir eu un accès suffisant à la VRT, on réalise apparemment de bons scores. Notamment sur Anvers.» Thierry Warmoes quitte le plateau télé de Canal C pour filer vers le QG du PTB: le site de Terra Nova. Avec l’espoir que le montée vers les hauteurs de Namur se confirmera aussi dans les scores électoraux, en fin de soirée.

- Rudy Delhaise (MR, 3e candidat effectif, Chambre, circonscription de Namur). «Je me présente au Fédéral pour la première fois.» C’est le parti qui est venu le chercher alors qu’il était fraîchement élu bourgmestre d’Éghezée . «Quand le parti vous le demande, vu l’importance cruciale de ces élections, c’était un devoir pour moi d’accepter. David Clarinval m’a fait confiance et j’en suis ravi.» C’est aussi le parti qui lui a suggéré de se présenter à la Chambre plutôt qu’au Parlement wallon. «Je vous avoue que si j’avais dû choisir, j’aurais choisi la Chambre car les enjeux au niveau fédéral me semblent d’autant plus cruciaux. Je suis un amoureux de la Belgique. Quand je vois ce qu’il se passe dans le nord du pays, je n’avais pas envie de rester au balcon. Le defi à la Chambre me correspond mieux.» Rudy Delhaise parle déjà d’un succès dans son fief, le canton d’Éghezée. «Les résultats à la moitié du dépouillement son encourageants. À 6 bureaux sur 12, on tourne autour des 25% alors que les autres partis tournent autour de 16-17%.»

Notons qu’à Beauraing, les sites ont saturé pendant plus d’une heure. Le bureau de dépouillement ne pouvait plus rien encoder entre 17h30 et 18h30. Le travail des dépouilleurs était pourtant quasi terminé.

À l’occasion des élections de ce 26 mai 2019, les citoyens «taient amenés à renouveler le parlement fédéral. Celui-ci comprend 150 sièges, qui se répartissent en fonction des circonscriptions électorales. Celles-ci correspondent aux provinces, et le nombre de sièges à pourvoir est proportionnel au nombre d’habitants.

 

 

Les enjeux

La circoncription de Namur doit envoyer 6 élus à Bruxelles. Lors des élections de 2014, elle avait envoyé 2 députés MR, 2 députés PS, 1 député cdH et 1 député Écolo.

Pas moins de 16 listes s’étaient alors disputaient les faveurs de l’électeur pour les six sièges de parlementaire fédéral à décrocher. Cinq ans plus tard, on n’en dénombre plus que 14. C’est au niveau des listes d’extrême droite ou régionalistes que l’écrémage s’est produit. Ceci dit, on reste quand même en conjoncture haute. On se rappellera qu’en 2010, on ne recensait que 13 listes.

Sans surprise, on retrouve les «big four», à savoir le MR, le PS, le cdH et Écolo. Le PTB devient aussi tout doucement un habitué du scrutin, même s’il s’est présenté sous plusieurs appellations dans le passé: PTB-Go en 2014, PTB + quatre ans plus tôt. Le Parti Populaire s’inscrit aussi dans la durée, en dépit de scores qui le condamnent jusqu’ici à de la simple figuration.

Les mystères de l’apparentement

C’est un mot mystérieux, qui n’apparaît qu’une fois tous les cinq ans, quand il s’agit de renouveler les parlements régionaux (et provinciaux). Qu’est-ce que l’apparentement?

Le Crisp y est allé de sa définition: il s’agit d’un «système de répartition des sièges lors d’une élection selon lequel les listes de candidats peuvent additionner les voix qu’elles ont recueillies dans les diverses circonscriptions d’une même province ou d’un même arrondissement électoral.» L’apparentement vise à s’approcher au plus près de la représentation proportionnelle. Pour la province de Namur, l’apparentement ne joue qu’entre les arrondissements de Namur et de Dinant-Philippeville pour les élections régionales. Le niveau fédéral y échappe.

Comment ça fonctionne?

1. Déclaration Il ne joue qu’entre les listes qui ont déclaré, au dépôt, qu’elles formaient un seul groupe dans les deux circonscriptions concernées. En pratique, ce sont des listes appartenant à un même parti politique qui s’apparente.

2. La mécanique Dans les faits, n’accèdent à la répartition de l’apparentement que les listes qui ont atteint le quorum de 0,66. En pratique, une première répartition des sièges a lieu au niveau de la circonscription électorale, soit Namur ou Dinant/Philippeville. Une répartition complémentaire est ensuite effectuée au niveau supérieur de la province, c’est là que joue l’apparentement. Pour être admissibles à la première répartition des sièges, les listes doivent obtenir au moins 5% des votes dans la circonscription électorale. Cette règle des 5%, c’est le seuil électoral.

Pour participer à la répartition complémentaire des sièges, le groupe de listes doit non seulement atteindre le seuil électoral de 5% au niveau de la province, mais aussi obtenir un chiffre électoral de 66% du diviseur électoral dans au moins une circonscription électorale. Ce diviseur électoral s’obtient en divisant le nombre de bulletins valables dans l’ensemble de la circonscription électorale par le nombre de sièges à conférer dans cette circonscription électorale. Les groupements de listes qui ne remplissent pas cette condition ne peuvent pas participer à la répartition complémentaire des sièges. Ce n’est qu’après ces deux répartitions de sièges que les candidats élus sont désignés.