Engis: ils ont privé leur fille de 3 ans de nourriture

Engis: ils ont privé leur fille de 3 ans de nourriture

Les parents ont refusé que l’enfant ait de la soupe à l’école. -

Sous prétexte d’allergies, le couple limitait la quantité de nourriture donnée à leur enfant. Elle pesait 8 kg à 3 ans.

Elle aurait eu du reflux et des régurgitations avec du lait. La petite Lola (prénom d’emprunt) a donc été très vite privée de produits contenant lactose. «Parce que mon ex était elle-même allergique au lactose, explique le papa. On en a conclu que...» Quand elle a commencé l’école, son institutrice s’est très vite inquiétée pour l’enfant qui se ruait sur la nourriture dès qu’on lui en donnait, et qui semblait particulièrement squelettique. L'affaire est donc arrivée devant le tribunal correctionnel de Huy. « L’institutrice a alors mis un mot dans la mallette de Lola pour qu’on lui mette des collations», explique le premier substitut Françoise Boxho. Mais les parents ont refusé et ont expliqué qu’elle n'avait droit à rien d’autre que ce qu’ils mettaient déjà dans sa mallette. Voyant que l’état de l’enfant ne s’améliorait pas, l’institutrice a alors proposé qu’on donne du potage à l’enfant, ce qui a été refusé aussi. «Les parents ont été interpellés à plusieurs reprises sur le sujet, sans qu’il n’y ait de changement. Le PMS les a incités à consulter un pédiatre en février 2016, mais ils ne sont allés en voir un que plusieurs mois plus tard, en juillet, une fois que le service d’aide à la jeunesse est intervenu», continue le parquet. En août 2016, Lola a été hospitalisée en urgence, elle avait une température corporelle de 27.7°, elle pesait 8.170kg. À trois ans. «Une fois qu’elle a été hospitalisée, elle a repris un quart de son poids, soit 2 à 3 kg en deux semaines. Et son régime comprenait du lactose.» Lola vit désormais chez ses grands-parents paternels et a récupéré son retard de croissance.

Une plainte déposée par la grand-mère

En parallèle de ces interpellations à l’école - Lola n’est plus allé qu’occasionnellement à l’école entre février et juillet 2016, juste après l’intervention du PMS - c’est sa grand-mère maternelle qui, en mars 2016, est allée porter plainte sur l’état de dénutrition de sa petite-fille. «La grand-mère s’est beaucoup occupée d’elle à sa naissance. Puis elle s’est brouillée avec sa fille et ne l’a plus vue qu’occasionnellement sauf le 7 mars 2016, où sa fille lui a demandé de garder Lola par hasard, explique encore Françoise Boxho. Elle s’est inquiétée de l’état de sa petite fille, très maigre, et a pris des photos. Elle constate que la jeune fille n’avait jamais de lait, était nourrie aux biscottes et à l’eau, et dormait dans une chambre qui n’était pas chauffée, sans couverture. Elle est allée porter plainte le lendemain.»

Un carnet de santé vide

De sa naissance à ses 3 ans, l’enfant n’est jamais allé voir un pédiatre. Outre un retard conséquent de croissance, elle était également en retard de vaccination. Et c’est seulement une fois que le SAJ est intervenu que l’enfant a vu un pédiatre. «Il y a, chez les parents, une obsession terrible sur le poids, ils ont toujours surveillé ce qu’elle mangeait, en suspectant des allergies qui n’ont jamais été objectivées par des examens médicaux.» Le parquet a requis une peine de prison dont le quantum sera à déterminer par le tribunal, mais ne s’opposait pas à un sursis mais partiel.

Du côté des prévenus, si on nie le caractère volontaire de la privation de nourriture, ils avouent tous deux la négligence qu’ils ont eue envers leur fille.

 

« Je n’ai pas été très présente pour elle »

Les parents nient la privation volontaire de nourriture. Mais avouent avoir été négligents envers leur fille...

Peut-être que les quantités qu’elle donnait à sa fille n’étaient pas suffisantes. Mais la maman de Lola jure en tout cas ne pas avoir eu l’intention de priver sa fille volontairement de manger. « Elle a eu beaucoup de reflux avec du lait et des problèmes d’allergie avec du kiwi », explique-t-elle. Alors, ils ont surveillé ce qu’elle mangeait. Et s’ils ont bel et bien consulté un médecin, en bout de course, c’était surtout pour déterminer si leur fille n’était pas autiste. « Pourtant, si vous avez bien parlé de kiwi et de chocolat, vous n’avez jamais marqué sur la fiche de l’école que votre fille était intolérante au lactose », note Françoise Boxho. La maman n’avait pas beaucoup de réponses aux questions posées par le tribunal mais l’avoue : elle n’a pas été beaucoup présente pour sa fille à ce moment-là.

Même son de cloche chez le papa, qui avoue avoir été négligent vis-à-vis de Lola. « Mais depuis qu’il s’est séparé de la maman, il a fait un vrai travail sur lui et a fréquenté le Service d’aide à la jeunesse pour se reconstruire et établir une meilleure relation avec sa fille qui vit pour le moment avec ses parents à lui », explique son conseil.

Le conseil de la mère explique qu’ils avaient agi en autodiagnostiquant l’enfant. Un autodiagnostic qui les avait poussés à consulter pour de l’autisme. « Concernant le témoignage de la maman de ma cliente, il faut toutefois tenir compte du fait qu’elles étaient en discorde à ce moment-là », l’avocat a d’ailleurs fourni une attestation de la grand-mère reprécisant quelque peu ses propos d’il y a trois ans. « Le premier rapport de la police, quand elle a commencé à enquêter sur la famille à la suite de la plainte de la grand-mère n’était pas négatif. Il parle du lien qui existe entre l’enfant et ses parents », continue l’avocat du papa. Mais force est de constater « que ça ne s’est pas passé comme ça aurait dû se passer. L’important, c’est que l’enfant soit protégée, et c’est le cas. Ils ont eu leur électrochoc, leur sanction en étant privée de leur fille. » Les deux avocats ont plaidé une suspension simple ou probatoire du prononcé pour le papa, avec des conditions éventuelles comme un suivi psychologique et continuer à être suivi par le Service de protection de la jeunesse (SPJ).