TOURNAI

Le Tournai d’avant: mais pourquoi brûler cette ville?

Chacun s’attend au pire; ce pire sera largement dépassé car l’Allemagne ne recule devant rien afin d’asseoir sa victoire, selon ce que veut sa tactique, la «blitzkrieg», la guerre éclair.

16 mai: l’apocalypse; la Grand-Place, bondée de véhicules et d’évacués, offrira un spectacle d’horreur.

16 h 30: alerte suivie très vite de la fin d’alerte.

16 h 40: Bombardement violent à l’aide surtout de bombes incendiaires. C’est tout le centre historique de la ville qui est visé avec extension vers Saint-Brice, le Château et la rue Royale. Mais pas la gare. Ce ne sont que préludes, les bombes pleuvront encore les jours suivants.

Est utilisé en général le type incendiaire. Pesant un kilo, 35cm de long, 5 de diamètre, en aluminium, combustible solide de thermite dégageant 2 500 degrés lors de la combustion sous l’action d’un détonateur, base plate qui fracasse tuiles et/ou ardoises et embrasent les demeures via les planchers de bois des greniers; certains de ces engins, tombés dans la rue, furent éteints à l’aide de sable ou de terre.

Les pompiers, courageusement, tentent de faire front mais devant les nouvelles pluies de bombes, le manque d’eau et l’ampleur des sinistres qui se propagent au fil de nouvelles attaques, ils doivent se retirer.

Se retirer, c’est ce que font bien des responsables tant publics – dont le bourgmestre – que religieux – l’évêque –. Quant aux habitants, invités par les Anglais dès le 19 à évacuer, ils se sont déjà rués sur les routes, troupeau échevelé, fonçant vers la mer, ils seront bientôt rattrapés, dépassés, par les hordes ennemies.

Pendant des jours flambe la ville où rien n’est épargné notamment sur le plan du patrimoine architectural ou muséal. Les pertes sont incommensurables, les rues sont jonchées de débris mais, bien pis, il y a de nombreux morts: 221 selon le Courrier de l’Escaut.

Mais pourquoi?

La question du pourquoi reste posée. Car si le bombardement US du 10 mai 1944 vise les infrastructures de la gare – bien que la méthode du Carpet bombing ne soit guère excusable –, le bombardement allemand a bien un objectif stratégique soit ralentir les transports de troupes et matériel vers la Normandie: quid de Tournai?

Au fil des études se dégagent deux hypothèses:

1. Incendier la ville afin de réduire au maximum ses défenses, anéantir les troupes anglaises sensées la défendre et ainsi faciliter l’avance des troupes au sol via les ponts qui ne sont pas touchés, mais que les Tommies font sauter le 19, ce qui obligera l’envahisseur à des combats en amont et aval de la ville.

2. Faire fuir habitants et évacués; tactique payante car les routes et chemins seront encombrés, les troupes alliées et belges se perdront dans ces agglomérats d’êtres humains, de carrioles, de voitures, de vélos et ne présenteront que difficilement un front cohérent face à l’ennemi.

Tournai n’est plus que ruines et portera pour toujours les stigmates de ces terribles jours de mai 1940.