TOURNAI

Le Tournai d’avant: demain, serions-nous aussi des évacués?

La Belgique est en guerre depuis le 10 mai 1940 et les hordes ennemies avancent irrésistiblement. Les Tournaisiens accueillent des milliers d’évacués venus prioritairement de l’Est; ils craignent le retour des exactions commises par ces mêmes troupes en 1914. Des estafettes de scouts les conduisent vers le «Service des évacués» de l’hôtel de ville qui les case un peu partout, tel le musée des Beaux-Arts ou le pensionnat de l’athénée royal.

Devant cet afflux, M. Lelubre, commissaire d’arrondissement, envoie un télégramme à diverses administrations leur signalant que «le ministre de la Santé Publique l’avise de la formation de quarante trains de réfugiés évacués vers la frontière franco-belge, passeports et visas non nécessaires, identité belge suffisant quels que soient le sexe ou âge; prenez toutes mesures pour assurer des vivres à ces réfugiés, gratuitement. Si nécessaire, demandez des crédits qui vous seront envoyés d’urgence».

10 mai:

Les ressortissants ennemis de 17 à 49 ans doivent se présenter aux autorités communales, plusieurs Allemands sont arrêtés.

Un Junker s’abat à Jollain, un autre appareil ennemi lâche sa bombe chée de Bruxelles, tuant les époux Duhaut et blessant grièvement leur fille. Des bombes encore dans la ville, un peu au hasard et sans but stratégique en tout cas comme à l’entrée du cimetière du Nord.

De l’aube jusqu’en après-midi passe une colonne britannique. Pas de blindés, plutôt des transports de troupe qui s’en vont sans trop d’appréhension, vers l’affrontement.

11 mai

Les écoles sont fermées par précaution car les avions ennemis sont omniprésents au-dessus de la ville. Observation?

12 mai:

Armes et munitions détenues par les privés doivent être remises à l’hôtel de ville; dès leur arrivée, les soldats ennemis les récupèrent, butin de guerre..

13 mai

Les indésirables, Allemands et membres présumés de la 5e colonne, en route pour leur détention, défilent sous les huées de la foule.

15 mai

La Hollande a capitulé, que peut faire la Belgique?

Les jeunes gens de 16 à 35 ans doivent rejoindre en France les «Centres de Recrutement de l’Armée Belge». Les CRAB vont vivre une drôle d’odyssée vers le midi de la France..

Les alertes ne cessent de sonner, les hordes d’avions allemands ne cessent de traverser le ciel depuis le 10; les cartes de ravitaillement sont en service. Une question taraude les esprits, serons-nous, demain, des évacués?